Paris je t’aime

On se souvient de l’idée : faire tourner par une vingtaine de réalisateurs des courts de quelques minutes, sur Paris, à Paris, et sur l’amour. Il y a plutôt du beau linge, le générique namedrope pas mal. Bien sûr, en tant qu’unité, le film n’a aucune cohérence. Les plans de la ville, insérés en manière de liens, n’ont aucun intérêt – et la minuscule postface zéro fonction. On s’en fout, il s’agit bien là d’une anthologie, l’occasion de faire le malin pour certains, de raconter quelque chose pour d’autres, voire de gâcher un budget en faisant portnawak, comme ça, pour rien, parce que c’est cadeau.Alors pour aborder ce film qui n’est pas un film, je me pose la contrainte suivante : au lieu de causer de tous les segments, j’élis deux succès attendus, deux daubes sans surprises, un bon truc qui m’a pris en traître et un ratage a priori évitable. Enfin, et en bref, je vous cause de deux trucs purement inclassables qui cognent un peu le crâne. C’est parti.

Preums sur ma liste : le Cuaron. C’est sans doute le plus bref de tous, et la démonstration de combien ce type a un cinéma cohérent. Il y a absolument tout son art en trois minutes, l’intelligence dans l’écriture, la sensibilité dans l’approche des personnages, la réalisation brillante qui n’en fout pas plein la gueule (un plan séquence, natürlisch) et son fameux Miracle de Noël, toujours à la frontière (inférieure) du vraiment abusé. Sur moi ça marche à tous coups. Nick Nolte cause avec la voix de Tom Waits, Ludivine est parfaite en parisienne légère-dramatique. Nota diez.

En deuze, la romance épileptique du teuton Tom Twyker. Le mec de Cours, Lola, cours fait de l’esbrouffe sympa, sur une histoire d’amour de djeuns (on distingue vite les amours de djeuns des amours de vieilles fardées dans Paris je t’aime). Tout n’est pas parfait, mais le récit est dense et enlevé, et il y a une séquence mentale complètement clipesque qui sonne foutrement juste. La construction en nouvelle, avec chute, est bien troussée. Ca m’a donné envie de voir les longs du bonhomme.

De l’autre côté du spectre (ha ha), le pire du pire est atteint par Monsieur Cube, Vincenzo Natali. Elijah Wood le backpacker s’égare dans une version dévé de The Crow pendant de trop trop longues minutes. Il y a une vampire dont même Anne Rice aurait honte, tout est joué avec les pieds, c’est mal filmé, c’est débile et, plus pénible encore, c’est HIDEUX. On ne peut cependant pas dire que ce soit une surprise.

Autre ratage programmé, celui de Gurinder Chadha, qui signe l’inévitable histoire sur les minorités visibles et l’amour sachant briser les barrières. Presque aussi bêtement démonstratif que mal interprété, avec une telle volonté de passer ce message à la con qu’on en a presque honte pour les acteurs. C’est horrible ce genre de trucs, on a beau être d’accord avec le propos tenu (comment ne pas l’être, bordel), c’est si lamentablement présenté qu’on en viendrait à détester la terre entière. Sur le même principe, Gatlif donne envie de tabasser des gitans. Arrêtez, s’il vous plaît.

Au rayon bonne surprise (ex aequo, allez, je m’en offre deux) : Wes Craven et Depardieu.
Le Craven, quoi que tourné au Père Lachaise, ressemble franchement à un petit Woody Allen. Emily Mortimer n’y est sans doute pas pour rien (je l’avais découverte dans Match Point) mais c’est surtout un segment bavard, un peu intello, un peu méchant, très bien écrit et très juste. Autant dire à peu près rien de ce que j’attendais de Wes.
Quand au Depardieu, à part la présence discrète du gros Gérard en barman, c’est surtout le film de Gena Rowland, qui signe le scénar. La blonde fanée de Cassavetes y donne la réplique à son partenaire de toujours, Ben Gazzara. Là on est clairement dans la romance de vieilles peaux, amère et chic, désabusée. Pour la première fois j’ai eu l’impression de comprendre la fonction de ce genre de bistro parisien, toujours trop cher et jamais accueillant : être le décor des drames de ces vieux migrants que l’argent n’a pas su préserver du naufrage.

La pure déception vient de Walter Salles, qui foire complètement son coup, sur l’habituelle corde sensible et sociale (ça n’est pas tout à fait la première fois, cela dit, ses longs oscillant souvent au-dessus du gouffre du niais pur sucre). Là il nous raconte l’histoire d’une nounou latino qui abandonne son gamin dans une crèche de pauvre pour s’occuper du chiard d’une bourge à Passy. Pour ce faire, elle prend le métro. Voilà, je pense que vous pouvez vous projeter le film tout seul dans votre tête, en accéléré si vous voulez. Vous aurez gagné cinq minutes sur la mort qui vous guette.

Enfin, pour boucler en faisant allégrement l’impasse sur le reste, deux ultrabizareries pseudo-orientales.
La première est le court psychédélique fantastique de Nobuhiro Suwa, complètement à l’ouest et hors sujet, avec un cow-boy dans le 2è arrondissement, Juliette Binoche atone et le merveilleux ‘pouvoir de Dieu’. Je sais pas à quoi ce mec tourne, mais ça a l’air bon, et c’est rien de dire que ça surprend (plutôt en bien en ce qui me concerne).
L’autre, commise par Christopher Doyle, chef’op de In the mood for love, est aux frontières du regardable, mais toute aussi dingotte. On ne comprend rien à ce qui se passe : Barbet Schroeder, chauve, joue un coiffeur sinophile. Ensuite, très rapidement, une fille lui casse la gueule, un bonze met son portable à la poubelle, il part faire un bowling et une militaire en mini-short lui envoie des bisous. Je me demande encore si c’était sensé être drôle. Je me encore demande si c’est sensé être (tout court).

Tout ça fait quand même de Paris je t’aime un bon nuancier de style et d’histoires. Ca permet de découvrir quelques réalisateurs sans trop se mouiller. Et si vous êtes prêts à basculer du pire au meilleur, sans transition, pendant deux heures, ça vaut le voyage.

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