Burke Roberts

Pénétrez l’univers bizarre du réalisateur américain Burke Roberts, un artisan de la pellicule, qui a autant de verve qu’un Michael Moore et autant de talent graphique qu’un David Lynch. Ses courts-métrages tiennent plus de l’expérience sensorielle à laquelle il faudra que l’on donne un sens. Roberts a le don de savoir s’entourer d’une équipe talentueuse sans pour autant faire financer ses oeuvres par les grands studios hollywoodiens. Défenseur militant du cinéma indépendant sans le sous mais débrouillard, il n’accorde pas moins d’attention à la finition technique de chacun de ses films.

Pouvez-vous nous parler de la Bizzurke Army ? Est-ce une sorte de communauté ?
En un sens, oui. Quand je fais un film, ce n’est pas un film indépendant mais « dépendant », car beaucoup de monde entre en jeu. Parfois il y a 100 ou 150 personnes qui travaillent dessus. 99% travaillent gratuitement. Et parfois ce sont des professionnels renommés.
Je reste cependant celui qui dirige les opérations. Mais je ne pourrais rien faire du tout sans eux. J’ai du talent pour certaines choses, mais je crois avoir un don particulier pour travailler avec d’autres artistes.
Bizzurke Army est un moyen de montrer que ce n’est pas MES films, tout en évitant de mettre 120 personnes au générique. C’est aussi ma façon de les remercier, car chacun se reconnaît dans la Bizzurke Army.

Le terme vient aussi de ma jeunesse, quand j’étais un peu plus rebelle et que je pensais à tout révolutionner. Je pensais pouvoir renverser la dictature hollywoodienne et je me rends compte aujourd’hui, qu’elle va s’autodétruire. En Europe, il y a des communautés underground, des gens comme vous, qui s’intéressent à ce que nous faisons. En Amérique, cela n’existe pas. Il y a très très peu de films underground. Mais pire que cela, personne ne s’y intéresse. Nous essayons donc de perpétuer cela. En Amérique, la plupart des gens essaient de s’intégrer car la production d’un film est très difficile à boucler. Ils ne voient pas d’autre façon de faire. Donc rien d’original ne ressort vraiment sauf exceptions.
Si je résume, nous essayons de montrer aux gens qu’ils peuvent faire quelque chose sans les personnes qui disent que c’est impossible ! Une fois le travail créatif accompli, l’étape suivante est d’avoir un circuit de distribution. Les festivals sont parfois politiques, les cinémas et les dvd sont aux mains des grands studios et sur Internet, à peu près tout le monde peut mettre n’importe quoi. Nous essayons donc de créer un circuit. Il y a quelques villes comme San Francisco, Los Angeles, New York, Austin où il y a des projections de films underground. Mais il faudrait comme en Europe qu’il y ait des endroits disponibles, des gens avec qui on pourrait s’arranger et organiser quelque chose.

Comment faites-vous pour faire travailler ces personnes sans les payer ?
J’y ai beaucoup réfléchi et je ne suis pas sûr de la réponse. Je crois que c’est le fait d’être honnête (c’est une chose rare à Hollywood où il s’agit presque d’un péché), donc je pense que les gens aiment ça. Los Angeles est vraiment un endroit à part. Les gens qui vont là-bas ont une passion pour le cinéma. Ils exercent leur métier, ils sont grassement payés mais au final, très peu accomplissent leur passion à travers leur métier. Lorsque je fais un film, les gens se rassemblent et chacun d’entre eux a un intérêt particulier et authentique, c’est ce qui est motivant.

Je vais dire à quelqu’un « voilà ce que j’aime dans ton travail et pourquoi j’aimerais que tu t’impliques dans mon film, voilà ce que je te demande ». La personne peut répondre non et puis ça en reste là. Je ne dis pas non plus que ce sera drôle, parfois c’est franchement difficile, car on peut bosser 30 heures par jour. Je pense que mes films rappellent aux gens pourquoi ils ont choisi ce métier à l’origine. Le résultat est finalement secondaire et c’est le processus de création qui est le plus important.

Mais n’ont-ils pas besoin d’argent pour vivre ?
Bien sûr, mais nous travaillons selon les disponibilités. Voilà pourquoi les films prennent plus de temps à faire. Parfois j’attends un mois avant qu’un « sound designer » m’accorde trois heures de son temps. Je suis obligé d’attendre. Je suis prêt à attendre car ils m’offrent leur talent. Parfois ça ne marche pas et je dois trouver quelqu’un d’autre.

Un autre truc à propos de Los Angeles, est que l’on peut trouver beaucoup de personnes pour un métier donné. Si mon spécialiste du maquillage n’est pas disponible car largement bien payé ailleurs, j’ai toute une liste d’autres artistes avec qui travailler. Evidemment, cela nécessitera quelques mises au point. Il faut savoir improviser.

C’est un peu comme un groupe alter-mondialiste, une société parallèle.
Exactement..

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