Burke Roberts

Handicap City

Année : 2002
Durée : 15’

Le film est une oeuvre de Burke Roberts qui s’écoute comme de la musique. Il y a beaucoup d’informations visuelles et sonores et l’on peut regarder plusieurs fois pour tenter de saisir quelque chose. Il n’y a pas beaucoup d’action et pourtant les plans les plus longs ne sont pas suffisants pour admirer pleinement les peintures sur les corps et sur les murs, ainsi que tous les détails qui fourmillent.

Handicap City s’ouvre sur une sorte de rocher, qui se révèle être une ville. La caméra plonge dans un monde fractal. Plus on plonge dans les entrailles de la cité, plus les détails apparaissent. D’emblée, l’atmosphère est sombre, fascinante et mystique.

Une fois de plus, Burke Roberts use de métaphores pour montrer l’oppression de la société qui nous conduit à faire des clivages et à élever des murs entre nous à tous les niveaux. Le film est aussi une critique contre ceux qui ne font rien. Personne ne veut cette situation, mais en même temps, personne ne réagit contre.

Il n’y a pas de dialogues mais le narrateur parle d’un bout à l’autre du film sans s’arrêter. De même que pour les images, il est difficile de tout comprendre avec une seule vision. Artistiquement, Handicap City est une réussite. Il suffit d’écouter la musique, le poète narrateur ou regarder les décors. Les symboles tribaux peints sur les corps révèlent similarités et disparités sur les différentes castes.

Une première vision de ce film vous jettera certainement un sort et vous serez obligé d’y revenir un jour ou l’autre.

Le film fourmille de détails : le livre, les maquillages.
Oui, j’adore inclure de nombreux détails. Il y a 35 personnes dans le film et toutes possèdent un maquillage sur tout le corps. Nous avons filmé en 35 mm couleur et nous avons tout peint en tons de gris, les décors, les costumes, les corps, tout. C’est quand on essaye de cacher la couleur qu’on se rend compte la quantité qu’il y a !

Pourquoi avez-vous fait cela ?
Je ne voulais pas tourner en noir et blanc. Et je ne voulais pas tourner en couleurs. Alors j’ai inventé autre chose.

C’est drôle car cela me rappelle le réalisateur canadien Guy Maddin. Il tourne également en noir et blanc ET en couleurs.
On a beaucoup de libertés aujourd’hui avec les nouvelles technologies. On peut corriger la couleur en post production mais ça coûte très cher. Alors nous avons pensé à quelque chose de plus pragmatique. J’aime bien les effets spéciaux simples, réalisés pendant le tournage, devant la caméra. Ce genre d’effets est en voie de disparition…

Le film a un look plutôt futuriste et les gens un look très primitif. Est-ce que cela signifie quelque chose ?
Il y a un néologisme qui s’appelle « futurchaïque » et qui est un hommage à différentes sous-cultures. J’ai utilisé ce terme avec le directeur photo et les acteurs en expliquant que l’on était dans un pays du tiers-monde en crise. Il y fait très chaud et humide et les pauvres, les oppressés, sont pratiquement nus. Les oppresseurs eux, sont habillés comme en hiver.

Le narrateur dit « ils ne peuvent pas descendre ». Qui sont « ils » ? Ce moment m’a rappelé Matrix avec les tubes venant du haut…
Matrix, c’est pour les gamins ! J’ai fait Handicap City il y a 6 ans. Ce design « vert et noir » est devenu très branché avec Matrix. C’est pour cela qu’Insult to injury expérimente de nouvelles couleurs. Pour Handicap City, je ne voulais pas simplement faire un film mais plutôt quelque chose qui soit « sensuel ». C’est une sorte d’hypnotisme. On peut écouter le monologue, la musique, regarder simplement les images. Les spectateurs se sentent souvent perdus. Ils ne comprennent pas ce qui se passe. Le truc, c’est de regarder le film plusieurs fois et de voir qu’il provoque des sentiments différents à chaque fois. On l’aime une fois, puis on le hait.

Le narrateur parle énormément et ses paroles sont denses. Est-on censé comprendre tout ce qu’il dit ou est-ce un truc pour nous faire voir le film une deuxième fois ?
C’est fait pour le revoir. J’aime voir un film comme une chanson ou une peinture. Ce sont des choses que l’on regarde plusieurs fois sans problème. Je préfère voir le cinéma comme un album que l’on écoute de temps en temps. Je crois qu’il est temps que l’on permette aux réalisateurs d’être plus abstraits. Les films d’aujourd’hui sont si limpides. Il y a beaucoup de chansons dont on ne connaît pas les paroles et pourtant on l’apprécie quand même. Parfois on chante et on ne comprend même pas ce qui est dit.

Pouvez-vous nous parler du maquillage ?
Franchement, l’inspiration vient d’un trip sous acide. Mais c’est aussi une référence au fait que tous les humains sont des statistiques, des numéros. La métaphore se poursuit avec la couleur des haches, la hache blanche sur la peau noire et inversement. Sur la poitrine, il s’agit d’un hommage à l’histoire du pop-rock et de la culture « fetish » et new wave.

Quels sont vos rapports avec Jennifer et David Lynch ?
David Lynch nous donne un coup de main avec les équipements pour les caméras de temps en temps. Jennifer est comme ma soeur. On se connaît depuis 10 ans. Nous travaillons ensemble sur de nombreux projets. Et finalement elle va produire deux longs-métrages à elle. On s’est rencontré en backstage à un concert de Bad Religion, il y a 10 ans !

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