La montagne sacrée, d’Alejandro Jodorowsky

Après une série de procès et de tribulations, un voleur vagabond rencontre un maître spirituel qui lui présente sept personnages riches et puissants, représentant chacun une planète du système solaire. Ensemble, ils entreprennent un périple vers la Montagne Sacrée, afin d’en déloger les dieux qui y demeurent et atteindre ainsi l’immortalité.

La première partie du film a de quoi décontenancer et grâce à elle seule, le film se taille une belle place au panthéon des films « Cinétrange ». Nous sommes projetés dans un monde parallèle, des rues fourmillantes de monde où à chaque coin de rue sont données des représentations délirantes. Nous y découvronr notamment un spectacle pyrotechnique avec des lézards et des crapauds qui rejouent la prise de Mexico par les conquistadors ! Nous suivons ensuite les tribulations d’un sosie du Christ qui cherche désespérément un sens à tout cela.

Jodorowsky cultive l’art du blasphème à de maintes reprises. Mais c’est bien entendu pour critiquer ceux qui se sont emparés de la religion. Ainsi le monde qu’il nous présente adore, non pas Jésus, mais simplement l’image de Jésus, réduit à un symbole, un logo, une marque, que l’on exploite commercialement. Le réalisateur utilise donc avec abus l’image du christ crucifié, de son chemin de croix, et propose une relecture de certains passages de la bible à sa façon. Difficile de décrire en quelques mots le monde dépeint par Jodorowsky tant il accumule les détails et les saynètes surréalistes qui finissent par composer un tableau pointilliste d’une société sur le déclin.

A travers cette orgie d’images, Jodorowsky enchaîne les allégories pour nous servir une vive critique des années 70, encore valable aujourd’hui. Le réalisateur y exprime violemment son ras-le-bol pour tous les vendeurs de rêves qui réduisent la spiritualité à quelques breloques. A travers une scène géniale, il fait la démonstration – littérale – que ces puissants (vendeurs d’armes, de cosmétiques, etc.) transforment les excréments en or grâce à l’alchimie. Tous ces vendeurs de « merde » sont alors invités à découvrir un niveau de spiritualité supérieur. Le film prend l’aspect d’un voyage initiatique où la quête de soi commence par l’abandon de ses possessions, de l’argent, de son corps physique. Puis il continue par la recherche de l’effort, du dépassement car l’équipe doit aller où personne n’est allé, là où des sages ont découvert le secret de l’immortalité. Que découvreront-ils au sommet de la montagne ?

La montagne sacrée est un opéra coloré, un arc-en-ciel aux couleurs vives que l’on retrouvent dans le film sous différentes formes. Les symboles sont nombreux mais le film s’adresse plus aux sens qu’ à l’esprit. Avec sa narration explosée, son accumulation de scènes outrancières, le film ne s’approche de près ou de loin d’aucune autre oeuvre. Et si l’on est parfois tenté par décrypter chaque scène de façon cartésienne, mieux vaut se laisser porter par la douce et poétique folie de l’auteur, qui montre à travers son génie visuel à quel point il apprécie la vie. C’est sans doute cet enthousiasme et cette énergie qui marquent plus que les images choquantes et violentes qui ne sont ici que le véhicule des idées d’Alejandro Jodorowsky.

Bonus :

Entretien avec Alejandro Jodorowsky. Scènes coupées commentées. Le tarot. Bande-annonce et galerie photos.

Langues : Anglais mono. Sous-titres français. Commentaire du réalisateur.

Ce dvd fait partie du coffret Jodorowsky édité par Wild Side Vidéo.

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