Les enfants de la pluie


Rescussitant l’animation des années 80 de René Laloux, Philippe Leclerc nous livre tout simplement un petit bijou de SF et d’émotions. Grâce aux enfants de la pluie, nous allons pouvoir voyager vers un autre monde tout en restant sous la couette !

Les Pyross sont un peuple dont l’énergie vitale est le feu. Ce qu’ils craignent avant tout est l’eau et la moindre goutte sur leur peau rouge laisse une cicatrice pareille à une brûlure d’acide. Les Pyross sont belliqueux et leur empereur est un tyran qui envoie les hommes les plus jeunes à la guerre afin de servir ses intérêts personnels.

De l’autre côté, les Hydross sont un peuple pacifiques. Ils ne savent que s’amuser et chanter lors de fêtes, ce qui les désavantagent face aux attaques de Pyross. Si se baigner dans des sources ne leur fait rien, ils ne peuvent toucher ni le feu ni les Pyross.

Skän, un jeune écuyer, va désobéir à son chevalier afin de découvrir ce que cache véritablement la guerre contre les Hydross.

Bien qu’il ne soit pas fait dans ce but, le scénario a des échos dans l’actualité mondiale. Razza, le chef des Pyross fabrique des ennemis à son peuple pour mieux les manipuler à sa guise. Et au final, on découvre que les menaces qui pesaient ne sont pas en fait pas du tout avérées.

La structure du film est assez particulière. On nous présente en détails le monde des Pyross et l’enfance de Skän pendant vingt minutes puis on fait un bond en avant de quelques années. L’histoire ne nous laisse donc aucun répit, à tort parfois car certaines choses auraient mérité à être développées (l’histoire d’amour entre Skän et Kallisto notamment). En même temps, cela donne au film une consistance importante. Quasiment à chaque scène, nous en apprenons un peu plus sur l’histoire des deux peuples et leur obscure relation. Le scénario brode avec brio autour de cet antagonisme eau/feu. Ainsi chez les Pyross, on se lave les mains sur un feu de braise. Chez les Hydross, la pluie est synonyme de vie et de joie. On les voit alors faire la fête sous une pluie battante tandis que les Pyross doivent rivaliser d’ingéniosité pour se préserver d’être mouillés.

Contrairement à Disney et sa cible marketing bien précise (les enfants et leurs parents par obligation), Les enfants de la pluie s’adressent aux adolescents et aux adultes. Ici, on ne fait pas de politiquement correct et on appelle un chat un chat. Par exemple, dans Nemo, la mort de la mère n’est que signifiée au début par une ellipse. Ici, les gens se font avaler par des dragons, d’autres se font décapiter ou se prennent une flèche en pleine tête. Bien entendu, il ne s’agit pas non plus de montrer des choses gore mais la violence est juste bien dosée pour bien montrer que les Pyross sont mus par une réelle haine et barbarie.

La poésie fait partie intégrante du film. Le fonctionnement de chaque univers est chargé de symboles. Parfois, le rythme ralentit et donne lieu à des passages d’une beauté formelle qui se passe de commentaires. On citera la scène magnifique où Skän dépose délicatement Kallisto dans la source pour qu’elle reprenne vie telle une sirène.

Philippe Caza et Laurent Turner ont librement adapté un roman de Serge Brussolo intitulé à l’image du dragon. Le roman n’est pas récent puisqu’il date de 1982 et son adaptation ciné fut commencée par René Laloux à l’époque. Le réalisateur Philippe Leclerc gravite dans le monde de l’animation française depuis 1980 où il fut animateur sur le célèbre Roi et l’Oiseau de Paul Grimault. En 1992, il fonde le studio Praxinos à Montpellier dans lequel il produit des séries pour la télévision. Le design des personnages, conçu par Caza, est un défi aux films d’animation contemporains qui utilisent de plus en plus le numérique pour rendre personnages et décors plus réalistes. Le réalisme n’est donc pas l’intérêt principal ni ce que les auteurs ont voulu mettre en avant. Evidemment, il faut adhérer au « style Caza », un univers aux formes imaginaires, entre naïveté de l’enfance et violence adulte.

Cela fait du bien de voir un film rafraîchissant, qui sort des sentiers battus. Il nous permet aussi de nous replonger avec un brin de nostalgie dans un esprit d’enfant où l’on s’exalte de grandes fresques pleine d’aventures, de monstres et de science-fiction.

Les enfants de la pluie n’est pas un film révolutionnaire. Sa narration, ses dessins sont après tout très classiques. Sa seule ambition est de raconter une belle histoire, et de dépeindre un univers original dans lequel évoluent des personnages attachants.

A PROPOS DU DVD

Disponible chez l’éditeur MK2, cette édition se présente sous forme de deux dvd. Le premier contient le film avec pas moins de quatre bandes sonores, an en DTS et en Dolby Digital. Techniquement, le dvd est parfait. L’image et le son sont reproduits avec fidélité. Il n’y a rien à redire. Par ailleurs, les menus et la navigation ont bénéficié d’un soin tout particulier.

A ce propos, la bande son est efficace sans être trop démonstrative. Les effets sont distillés avec parcimonie et la place est surtout laissé à la musique magistrale de Didier Lockwood.

Le dvd du film propose aussi un jeu de mémoire : Memoss.

Quelques bandes-annonces : les Charlies Chaplin (ces quelques extraits donnent d’ailleurs envie de redécouvrir son œuvre) et la bande-annonce de Le cheval venu de la mer.

Une partie dvd-rom permet aux utilisateurs de PC de récupérer des dessins, des fonds d’écran et un économiseur d’écran, le tout signé Philippe Caza.

Un documentaire nous propose un portrait du dessinateur Caza et nous entraîne en Languedoc Roussillon dans la paisible demeure de l’artiste. Il nous montre l’avancement de son travail sur une couverture de magazine.

En même temps qu’il travaille ses acryliques, on lui pose quelques questions. Quelles sont les différentes méthodes pour dessiner, les différents supports (BD, couvertures,

Le processus artistique est détaillé et fait surtout place aux illustrations de l’auteur notamment pour les romans et les magazines.

Caza part également en pleine nature pour dessiner s’inspirer de la forêt et d’une rivière. Vraisemblablement, il aime beaucoup sa région qui l’inspire souvent pour ses travaux. Il nous parle aussi des thèmes qu’il affectionne tout particulièrement : les dinosaures et autres créatures à écailles. Cela nous fait glisser vers la BD qu’il a conçu en tant que dessinateur et scénariste : Arkadi. Il passe en revue ses travaux de différentes natures : un jeu de société, son site Internet.

Le making-of débute par un entretien où Philippe Leclerc et Philippe Caza se présentent brièvement. Les deux compères évoquent quelques processus d’animation : la création d’un décor détaillé pour le choix des points de vue, le problème du montage spécifique à l’animation, le travail des layouts, la conception de modèles sculptés pour les personnages.

Le document nous invite aussi dans les coulisses du bruitage, où le technicien dispose d’un arsenal d’accessoires, un immense bric-à-brac de trucs pour produire toutes sortes de sons : les pas, les combats à l’épée,

Quelques brefs entretiens avec Didier Lockwood, le compositeur musical, complètent ce making-of.

Story board est une scène vue sous différents angles : le story-board, la séquence du film et le comparatif. Le comparatif peut être intéressant mais les deux autres sont dispensables. Un petit quizz facile complète cette édition.


A propos de Jérôme

toute-puissance mégalomaniaque, oeil de Sauron, assoiffé de pouvoir et d’argent, Jérôme est le father de big brother, unique et multiple à la fois, indivisible et multitude, doué d’ubiquité. Il contrôle Cinétrange, en manipulant l’âme des rédacteurs comme des marionnettes de chiffons. Passionné de guerre, il collectionne les fusils mitrailleurs. Le famas français occupe une place d’exception dans son coeur. C’est aussi un père aimant et un scientifique spécialisé dans les nouvelles technologies de l’information. Pour faire tout cela, il a huit doppel gangers, dont deux maléfiques. Il habite au centre du monde, c’est-à-dire près de Colmar.

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