Splatterhouse


 

Rick Taylor et sa fiancée Jennifer, deux étudiants en parapsychologie (crédibilité toute relative), se rendent dans le manoir du docteur West… et soudain, c’est le drame surnaturel. Pourtant à leurs âges, une tripotée de séries B au drive-in du coin leur aurait démontré que c’était bien la dernière chose à faire. Jennifer est enlevée tandis que Rick est laissé pour mort. Il revient à la vie grâce à  un masque aztèque maudit qui le tient sous son emprise mais lui permet en retour de déployer une force décuplée. À la recherche de sa tendre et chère, Rick traverse le manoir en démastiquant sur sept niveaux tous les rejetons infernaux qui le peuplent.

 

Voilà ce qui  s’appelle un scénario de beat them all ! Personne n’est là pour se triturer les méninges après tout, le but étant d’aller en ligne droite du point A au point B en fracassant les sprites qui obstruent le passage à grands coups de poings et de pieds vengeurs. Petit coup de pouce, des outils pratiques sont ponctuellement mis à notre disposition (feuille de boucher, harpons, hache, fusil à pompe,…). Rustique et carré. Ce qui ne l’empêche pas d’être inventif, souvent. Comme cette galerie des glaces où les propres reflets de Rick surgissent des miroirs pour venir l’attaquer. Ou cette pièce qui s’avère être un Boss, hantée par un poltergeist. Et ce moment de calme entre deux niveaux, où l’anti-héros se fige en un profond recueillement devant un autel ;  un temps de suspension entre les combats.

 

Splatterhouse est historiquement considéré comme le premier jeu axé sur l’horreur pure et dure. Le titre est une profession de foi, le splatter pouvant être défini par une grande projection de liquide rouge. Ce n’est pas par hasard qu’il soit sortit en 1988, une sorte d’année internationale de la fiesta gore (Bad Taste pour l’un des exemples les plus célèbres). Des jeux comportant des éléments horrifiques existaient déjà, pour preuve Infernal Runner (1985 – Loriciels) mais ce fut celui qui joua ouvertement cette carte, ouvrant la brèche à des tueries comme Doom, cinq ans plus tard. D’après les bruits de couloirs, ce serait par dépit de ne pouvoir exploiter la licence de Vendredi 13 que Namco aurait conçu sa propre version pirate. Le « Terror Mask » tient plus du masque de hockey d’une ligue canadienne qu’à un artefact honorant Quetzalcoalt. L’apparence de Rick ne laisse pas de place au doute, nous sommes bien en présence d’un cosplay de Jason Whorees.

 

L’ensemble est pour l’époque, il faut le dire, dégoûtant. Des glaires dégoulinent, les matières organiques explosent en grosses flaques gélatineuses. Très multicolore et très gluant. Les ennemis sont souvent inhabituels, certains monstres, hideux et repoussants, de même que certaines scènes ne dépareilleraient pas dans les meilleurs films d’horreurs des années quatre-vingt. Rick y affronte un mastard avec un sac de toile sur la tête, moulinant des tronçonneuses, bien avant Resident Evil 4. Un Boss en particulier change de forme entre la jolie silhouette de Jennifer et un corps putride. Répugnant. Tellement que le jeu fut interdit aux moins de seize ans aux Etats-Unis. Il semblerait que le Boss  représenté par un crucifix inversé ne leur ai guère plu. Quand on sait qu’en 2008, la version américaine de No More Heroes sur la Wii est plus sanglante que la version japonaise, il y a de quoi penser que le monde tourne dans un autre sens giratoire depuis. Vingt ans plus tôt en tout cas, Nintendo n’aurait jamais accepté que la cartouche de Splatterhouse jouxte celle de Super Mario Bros 2 dans son catalogue. Trop sale…

 

C’est un succès sur Arcade de toute façon (porté sur PC Engine en 1990) et il sera prolongé par deux épisodes sur Megadrive en 1992 et 1994. Splatterhouse, c’est de l’action, toujours de l’action. Le scrolling est horizontal et ne permet pas de revenir en arrière. De plus, une sorte de champ magnétique vous pousse aux fesses si vous lanternez. Le parcours est court et pliable en moins de vingt minutes si le joueur maîtrise le tank qui lui sert d’avatar, mais c’est d’un challenge très relevé. La difficulté est typique de 1988, alors autant dire que la peur réside surtout à ne pas perdre tout contrôle en encastrant sa manette dans un mur plutôt que dans le débordement graphique du jeu.

Au moment même où ce papier s’achève, j’apprends la nouvelle d’une adaptation de Splatterhouse sur les consoles de nouvelle génération. Les grands esprits se rencontrent…

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