Guy Maddin a des trous dans la tête


  

Le film est autobiographique, le personnage principal porte votre nom. C’est bizarre que ce soit le premier de vos films à ne pas être tourné à Winnipeg (la ville natale de Guy Maddin). Et cette histoire est-elle vraiment autobiographique ?

C’est vrai. En fait, George Toles est sorti de nulle part et m’a dit, on aimerait faire un film avec toi mais il faut le faire le mois prochain, tu dois te dépêcher d’écrire le script et tu devras travailler avec une équipe à Seattle.

Je savais qu’il me fallait écrire le script en une semaine pour laisser une chance aux techniciens de construire mes décors à temps. Donc je me suis dit que je ferais mieux d’écrire une histoire autobiographique.

Il y avait beaucoup de choses que je voulais faire depuis longtemps, alors j’ai voulu essayer de toutes les combiner dans un film. Je voulais des éléments de Grand Guignol, de Fantômas, et je voulais un film pour enfants – mon film préféré est probablement Zéro De Conduite de Vigo. Ca fait trois références françaises.

En fait, ma propre enfance a des éléments de toutes ces références.
Donc j’ai pensé à cet épisode de ma jeunesse, quand ma mère et ma sœur se sont lancées dans une bataille épique à propos de la sexualité. Ma mère ne voulait tout simplement pas que ma sœur atteigne sa puberté. Quand c’est arrivé, elle a essayé de repousser sa poitrine dans son thorax, elle a essayé de repousser ses poils pubères dans son pelvis. Et ma sœur s’est battue. Et en gros, ça s’est passé comme dans le film.
Sauf que je n’ai jamais vécu dans un orphelinat, mais j’avais beaucoup d’amis autour de moi qui semblait atteindre différents niveaux de maturité sexuelle à un même moment. Donc j’ai utilisé le cadre de l’orphelinat pour pouvoir mettre plusieurs jeunes garçons et filles dans le film. Et là, j’ai juste laissé le vrai mélodrame familial se jouer. Focus sur la bataille entre ma mère et ma sœur et son ou sa drôle de petit(e) ami(e).

Oui c’est bizarre, ce jeune détective qui se fait passer pour un inspecteur de phare et qui reste si longtemps, et sort avec la fille des propriétaires. Et tout le monde trouve ça normal.

Si tu étais un garçon de 12 ans, tu tomberais amoureux d’une célébrité, quel que soit son sexe, tu as juste cette sorte de coup de foudre charismatique. Ca s’est vraiment passé dans ma famille, sauf qu’il ne s’agissait pas d’une célébrité. Ce jeune garçon vraiment cool est arrivé un jour, et il s’est trouvé être une fille un peu plus tard. C’était une comédie Shakespearienne en grandeur nature. Ma sœur a commencé à sortir avec ce qu’elle pensait être un garçon et qui finalement était une fille. Ma mère a vraiment pété un plomb !

Mais c’est beaucoup plus autobiographique que ce que je ne pensais alors !

C’est complètement autobiographique (rires), sauf pour le phare. Donc c’est vrai à 97%. D’ailleurs Criterion Production vient de sortir le film en DVD aux Etats-Unis et ils ont fait un petit documentaire sur le film, qu’ils ont appelé « 97% true » (« vrai à 97% »).

Vous avez réalisé un film qui ressemble à un film des années 20, qui est muet, et avec de la musique live. Ca fait beaucoup de choses inhabituelles en comparaison des films actuels. Comment faites-vous pour travailler sur des projets pareils avec des équipes du monde actuel ? N’est-ce pas difficile ?

Il semble qu’ils se sont mis à aimer ça. Quand on jouait le film en live, avec la musique live, les effets sonores live, le chant castrat live, la narration live – avec toutes sortes de narrateurs comme Lou Reed, Crispin Glover, Laurie Anderson, Elie Wollik (il est nonagénaire maintenant) de Misfits, un film incroyable, un de mes préférés de tous les temps, et Barbara Steele, la reine du cri des films d’horreurs britanniques des années 60, elle a une voix fantastique, très claire. Et bien sûr Isabella Rossellini ; sur le DVD elle narre aussi la version française.
C’est quelque chose que les films muets font tout simplement mieux, ils se rapprochent le plus des contes de fées. Je crois que nous avons tous des souvenirs déformés de notre jeunesse, on s’en rappelle par bouts et dans des formes empruntées aux contes.
Et puis je n’avais qu’une semaine pour écrire le script, donc je n’avais pas le temps d’écrire des dialogues… 

Je savais que c’était certainement le meilleur film à ce jour à traiter mon enfance, ou plutôt l’enfance de ma sexualité. Car il est important de reconnaître que les enfants ont une sexualité, bien qu’elle soit surtout imaginée et qu’elle puisse manquer de forme. Par exemple, je me souviens avoir été bizarrement excité dans ma jeunesse, alors que je ne connaissais pas les choses de la vie. Je me souviens avoir uriné dans un volant de badminton. J’ai mis mon pénis dedans et j’ai uriné au-dessus de la baignoire et il semble que ça ait créé un plaisir intense en moi. Donc j’avais dans ma tête un modèle complètement incorrect de l’univers.

Tout enfant a un modèle incorrect de l’univers, on ne comprend pas vraiment les choses qui nous entourent, on développe une sorte de superstition bizarre, et plus tard on comprend finalement comment fonctionne le monde. Mais votre premier modèle reste toujours comme une fondation ; pas comme une fondation solide, mais c’est là (rires). C’est ce que j’essaie de créer, une conception bizarrement erronée du monde. Bon je pense que mon père ne récupérait pas du nectar de nos cerveaux, mais il faisait quelque chose, je ne sais pas quoi ! Donc ça c’est la meilleure théorie que j’ai trouvée.

C’est étrange tout ça !

Oui, j’espère que ça ira pour vos lecteurs !

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