Martyrs, de Pascal Laugier 3


Grosse claque dans la gueule pour certains, coup d’épée dans l’eau pour d’autres (toute la team Devildead), j’attendais avec impatience la sortie officielle du film pour savoir dans quel camp j’allais me ranger. Le premier sans hésiter.

Martyrs est un film extrême dans tous les sens du terme. Non seulement dans sa violence (du gore, il y en a) mais également dans sa narration, ses idées et son propos. Pour apprécier le film, mieux vaut ne rien connaître de l’histoire au préalable car le film est découpé en plusieurs actes et se déroule comme une fuite. On ne sait guère où le réalisateur veut nous mener. Le premier acte ressemble à un de ces revenge-movies des années 70 avec toute l’iconographie qui va avec (cf photo ci-dessus). On se dirige ensuite vers le slasher gore en effleurant le fantastique. Mais Martyrs ne revendique aucune étiquette et se permet de sublimer tous ces genres avec son propos très ambitieux qui nous incite à envisager la souffrance sous un aspect différent.

A travers toute son imagerie sanglante, le film dérange car il touche à tout ce qui est tabou dans notre pays. Meurtres d’enfants, dégradation totale de la femme, séquestration à long terme, tout cela fait appel à notre mémoire collective et remue la merde qu’on tente de cacher. On pense à des faits divers parfois récents. Les scènes de torture, très éloigné de la brutalité fun des Saw et consorts, nous rappelle les atrocités des camps de concentration ou les actes de torture organisée et autorisée lors de la guerre d’Algérie.

Voilà pourquoi le film a eu tant de soucis avec la censure. Pascal Laugier se démarque clairement de ses copains de genre (A l’intérieur, Frontière(s)) et propose du gore sérieux et une violence extrême mais crédible car ancrée dans une certaine réalité. Le film n’est pas agréable à regarder mais il remue les viscères et propose pour une fois, un authentique renouveau du cinéma français.

Sortie dans les salles le 3 septembre 2008.


A propos de Jérôme

toute-puissance mégalomaniaque, oeil de Sauron, assoiffé de pouvoir et d’argent, Jérôme est le father de big brother, unique et multiple à la fois, indivisible et multitude, doué d’ubiquité. Il contrôle Cinétrange, en manipulant l’âme des rédacteurs comme des marionnettes de chiffons. Passionné de guerre, il collectionne les fusils mitrailleurs. Le famas français occupe une place d’exception dans son coeur. C’est aussi un père aimant et un scientifique spécialisé dans les nouvelles technologies de l’information. Pour faire tout cela, il a huit doppel gangers, dont deux maléfiques. Il habite au centre du monde, c’est-à-dire près de Colmar.


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3 commentaires sur “Martyrs, de Pascal Laugier

  • manu

    impression mitigé en ce qui me concerne. J’ai regardé le film avec un certain détachement. Certes le film est hyper violent, malsain mais je n’ai éprouvé aucune empathie envers les personnages de victimes. Le film manque paradoxalement de chair. Pascal Laugier a du talent. Sa mise en scène est brillante, elle évoque même parfois l’univers d’un Kubrick. Je me sens peu en phase avec ce type de cinéma, clinique, virtuose mais vain, ambitieux dans le propos mais limite poseur.
    A voir tout de même. Parce que c’est déjà plus intéressant que le récent Frontières, rigolo mais ultra Z en fin de compte.

  • Jerome

    J’ai ressenti la même chose lors de la première partie du film qui fait plus « choc » que réaliste. J’ai pensé à Thriller a cruel picture et quelques giallos pour les armes blanches et la musique.

    Les deux filles sont totalement hystériques (surtout une) et bonnes à enfermer. C’est pour ça qu’on a du mal à en avoir quelque chose à faire. Leur folie ne prend son sens que progressivement, d’où la perplexité que l’on peut éprouver au début.
    Mais c’est ce que j’ai bien aimé aussi. Etre malmené au début. J’ai donc été très méfiant dans un premier temps. Je me suis dit : ouhla, il va faire dans l’extrême pendant 90 minutes. Dans tous les torture movies tu es aussi malmené mais c’est gratuit. Ici, il y a un sens, une raison à tout, une idée derrière la violence. C’est pour ma part ce qui le différencie des autres films über violents.

    Et une fois dans le sous-sol, j’ai été beaucoup plus touché.

  • rico

    Vu hier. Interessant et assez insupportable dans sa deuxième partie. Bien dans l’air de la course au « moins je suggère, mieux c’est… » cf les shot gun et les coups de poings dans la gueule à répétition, le film reste assez inclassable et c’est un peu ça qui le sauve. La pénibilité du final m’a en même temps remué et en même temps donné l’impression d’un total hors-sujet, ou d’un scénar tiré par les cheveux pour expliquer la finalité tortionnaire-like du film.