Eel girl (la fille-anguille) de Paul Campion 3


Paul Campion est un réalisateur britannique tout à fait prometteur. Dans des genres bien différents, ses deux premiers courts-métrages posent immédiatement une ambiance. Du délire dans le premier, intitulé Night of the hell hamsters, et de l’angoisse pour le second, Eel girl. Mais pour chaque univers, le réalisateur cultive un humour noir typiquement anglais. Il ne faudra donc pas s’étonner de voir un des personnages se faire gnognoter les parties génitales par un hamster enragé. Jusqu’à présent, le travail principal de Paul Campion consistait à participer aux effets visuels de films tels que Le Seigneur des anneaux, 30 jours de nuit ou les Chroniques de Narnia, pour le compte de Weta Digital notamment.

Eel girl est très court, trop court (5 mn). Malgré tout, l’univers visuel est très riche, à la manière d’un film Caro & Jeunet, dont il partage également les couleurs (vert sale pour faire bref). Dans un site militaire secret, un scientifique un peu trop curieux libère la femme-anguille de sa chambre forte. Celle-ci prend un bain d’hormones, attire le cinquantenaire et le gobe littéralement. Eel girl étonne avec ses décors crasseux (la femme s’immerge dans une baignoire remplie d’une espèce de goudron) dignes d’une science-fiction underground. Le look de la créature est également très soigné, et celle-ci ressemble à une effrayante sirène. Apparaissant nue, elle intrigue et séduit, mais surtout elle angoisse à cause de sa dentition particulièrement pointue. Eel Girl a reçu le Grand Prix au festival Court Métrange 2008.

Night of the hell hamsters, son premier court, divertit avec bonheur et se complait dans des « scènes d’action ». Une jeune baby-sitter et son petit ami plaisantent avec les forces de l’occulte. C’est alors que la foudre s’abat sur la maison et en particulier sur la cage des hamsters… Le jeune couple doit alors faire face à une horde de hamsters mutants particulièrement belliqueux (ils ont des yeux rouges qui brillent dans la nuit).

On décèle dans la réalisation un hommage à tous films d’épouvante et le réalisateur ne lésine pas sur le gore coloré. En plus de cela, la fin est très poilante ! D’abord les hamsters, ensuite les anguilles. Paul Campion semble particulièrement attiré par les « agressions animales », dont le site www.animalattack.info s’est fait une spécialité.

Entretien avec Paul Campion

D’abord les hamsters, ensuite les anguilles. Quel est votre problème avec les animaux ?
Les hamsters, c’est le mal incarné. Il suffit de regarder ces petits yeux noirs et la taille de leurs dents. Ce sont les créatures de Satan, c’est certain. Les anguilles sont plus sympa. Elles sont très bonnes en sushi.

Avez-vous étudié les comportements de l’anguille avant de tourner ?
Nous avons étudié plutôt la baudroie abyssale, qui avale sa proie en une bouchée. Nous avons pris aussi pour référence les serpents qui mangent des oeufs et régurgitent la coquille (ici la coquille est remplacée par les vêtements).

La principale difficulté du tournage ?
Gérer les 200 litres de methocyl noir qui remplissent la baignoire. Ce produit est en fait du lubrifiant. C’est très glissant et difficile à nettoyer.

Comment avez-vous trouvé l’actrice qui joue la fille-anguille ?
Nous avons passé beaucoup de temps à pêcher en mer et nous avons choisi le plus beau spécimen.

Le maquillage était-il contraignant ?
Nous n’avons pas utilisé de maquillage. Elle ressemble à cela en réalité. Ses vraies dents sont pires en vrai alors on a dû les rendre un peu plus jolies.

Pourquoi la photographie d’Eel Girl a l’air plus soignée que celle de Night of the hell hamsters?
Hell Hamsters a été tourné avec une caméra « digibeta », qui est généralement utilisée pour la télé. Tandis qu’Eel Girl a été tourné sur pellicule 35 mm. Du coup, on peut capturer une bien meilleure image avec un tel équipement et globalement le 35 mm, c’est le top question qualité.

Le look du film me fait penser à Caro & Jeunet. Etes-vous d’accord ?
Je suis flatté par cette comparaison mais je crois que leur travail sur la couleur est plus stylisé. Mais j’étais bien attentif aux couleurs d’Eel Girl, partciulièrement sa « chambre » qui est « dérangeante », visuellement parlant. J’ai essayé d’utiliser les décors pour créer l’aspect horrifique du film.

Pouvez-vous nous parler de vos travaux précédents ?
J’ai toujours voulu travailler dans les effets spéciaux pour l’industrie cinématographique. J’ai d’abord été illustrateur et j’ai fait des couvertures de livres. Je pratiquais l’aérographe mais avec Photoshop et la 3D, tout cela a bien changé. J’en ai profité pour retourner étudier l’animation assistée par ordinateur à l’université. J’ai ensuite travaillé en Nouvelle-Zélande sur la trilogie du Seigneur des Anneaux. Là-bas, je me suis intéressé à la réalisation et j’ai fini par faire Night of the hell hamsters.

Pour vous, quel est le but d’un court-métrage ?
Tout d’abord, c’est raconter du mieux possible une bonne histoire, qui divertit le public. Après, ça permet d’apprendre le métier de réalisateur et de montrer que vous êtes prêt à prendre la responsabilité d’un long-métrage.

Les producteurs anglais ne sont-ils pas frileux quand il s’agit de film de genre ?
Je ne connais qu’Elisabeth Pinto, la productrice de mes deux courts-métrages et des deux longs que nous préparons. Nous aimons tous les deux les films de genre.

Un film récent que vous avez trouvé génial ?
King of kong, un documentaire sur le jeu d’arcade Donkey Kong. Il y a des intrigues, des trahisons, des méchants, un héro et une fin incroyablement enthousiasmante (quand je l’ai vu, le public a applaudi à la fin). Pourtant, il s’agit simplement d’une histoire réelle.

Vos projets ?
Nous travaillons sur deux films. Le premier s’appelle Lore of the Jungle et c’est un film d’horreur délirant où un groupe de criminels combattent des cadavres ambulants à Londres. Pour l’instant, on en est au casting et on espère tourner l’été prochain. Nous travaillons aussi sur l’adaptation de Terminal, un roman de l’auteur américain Brian Keene. Le scénario est terminé et nous recherchons des partenaires financiers américains.

Site : www.paulcampion.com


A propos de Jérôme

toute-puissance mégalomaniaque, oeil de Sauron, assoiffé de pouvoir et d’argent, Jérôme est le father de big brother, unique et multiple à la fois, indivisible et multitude, doué d’ubiquité. Il contrôle Cinétrange, en manipulant l’âme des rédacteurs comme des marionnettes de chiffons. Passionné de guerre, il collectionne les fusils mitrailleurs. Le famas français occupe une place d’exception dans son coeur. C’est aussi un père aimant et un scientifique spécialisé dans les nouvelles technologies de l’information. Pour faire tout cela, il a huit doppel gangers, dont deux maléfiques. Il habite au centre du monde, c’est-à-dire près de Colmar.


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

3 commentaires sur “Eel girl (la fille-anguille) de Paul Campion