Dead Bones, entretien avec Olivier Beguin


Se lancer en Suisse dans le cinéma de genre, à vocation horrifique qui plus est, j’imagine que cela doit être le parcours du combattant. Comment y parviens-tu ?
On y parvient en refusant d’abandonner et en se disant qu’on va bien réussir à vaincre tous les obstacles. Il est vrai que c’est pas facile, le cinéma de genre n’étant pas forcément toujours apprécié par les instances vers qui on va chercher de l’argent. On a un peu l’impression d’être les vilains petits canards dont il ne faut pas trop parler. C’est clair qu’on ne fait pas Dead Bones pour aller à Cannes, Berlin ou Venise. Donc on se débrouille par nous-mêmes. Heureusement j’ai beaucoup de soutien dans ma ville, Neuchâtel, de la part du Fonds Cinéma et de la Loterie notamment. Mais au final on est bien obligé d’y mettre des sous de sa poche.

Tu as été un élève de de la London Film School et le réalisateur Adam Mason était ton camarade de classe. Son film The Devil’s Chair vient juste d’avoir une sortie DVD en France. L’aurais-tu vu ?
On a même été collocs pendant six mois ou plus avec Adam. Je me souviens de dimanches après-midi passés avec lui à disserter sur Se7en. J’avais aussi fait assistant sur un de ses courts, un truc de SF. L’année passée, en revenant du festival de Palm Springs, j’étais passé le voir à Los Angeles et il m’avait montré une version quasi terminée de Devil’s Chair. Je l’ai acheté l’autre jour et revu. Je suis pas totalement convaincu je dois dire. Le film me semble un peu paradoxal avec cette, disons, mise en abîme. Mais difficile d’en parler plus sans spoiler le film. Par contre, l’acteur Andrew Howard est vraiment bien. Et le chef op du film, Ole Birkeland, avait éclairé mon film de diplôme à la London Film School en fait.

Après l’expérience acquise sur Dead Bones, comment évalues-tu, avec le recul, ton court-métrage précédent (Naufrage) ?
On ne voit en général que les défauts de nos films, donc c’est toujours un peu difficile de les revoir des années après. Mais c’est sans doute le plus personnel de mes quatre courts.

À ses prémices, le projet de Dead Bones devait avoir l’air d’un pari un peu fou. Pourtant, tu envisageais déjà de filmer à Almeria (à Tabernas très exactement) avant même le premier traitement.
Oui et non. Le projet s’est muté en pari fou au fur et à mesure. Au départ, il y avait une idée de tourner en Espagne, suite à des discussions avec Adan Martin, le co-producteur espagnol. Tabernas s’est imposé dès le début comme lieu de tournage pour un western. Après on a visité les trois studios du coin afin de faire notre choix. Et Fort Bravo était le plus délabré, donc celui qui avait le plus de gueule.

Tu as commencé à écrire le premier jet en avril 2007 sous le titre de travail de « The Western Project ». Pourrais-tu nous dévoiler des détails sur sa conception ?
Difficilement en fait. J’avoue que ça remonte à loin pour moi. Il faudrait que je relise le premier draft pour répondre à ta question précisément. Le premier draft était intitulé Alive et il y avait tout un truc qui tournait autour du personnage de Fred et le fait qu’il soit « dead or alive », etc… Mais ça a finit par gicler du shooting script. Et Dead Bones ça sonne quand même bien plus cool, non ?

Pendant l’écriture, qu’elles étaient tes références concernant le western ?
J’essayais de ne pas en avoir de trop précises. Le but n’était pas de faire dans la parodie évidemment. J’ai montré des westerns par la suite à ma costumière, à mon chef op et autres pour avoir des références immédiates pour nos discussions, mais pendant l’écriture j’essayais de pas trop y penser. Non, si il y a un film qui me trottait un peu dans la tête à l’écriture c’était Bring me the Head of Alfredo Garcia (Ndlr : de Sam Peckinpah).

Et celles concernant le film d’horreur ?
C’est un peu pareil. Bon là, forcément tu fais un film de grottes, tu penses tout de suite à The Descent, mais au final tu tentes juste de pas trop penser à ces films, sinon ça finira par te bloquer.

Tu as bénéficié de l’apport d’acteurs confirmés : Arie Verveen (Sin City), Frédéric Landenberg et Ken Foree (Dawn of the Dead). Comment les as-tu fait adhérer au film ?
Pour Fred, j’avais déjà eu un projet d’adaptation de comics avec lui. Projet qui était tombé à l’eau. Ca n’a pas été compliqué de le motiver pour le projet: il est fan de western et d’horreur et voulait depuis longtemps jouer un « méchant ». Pour le barman, je dois avouer que ma première idée était Franco Nero. Il nous a répondu qu’il était prêt à faire notre court mais…. si il avait le rôle principal. Donc bon, le rôle était écrit pour quelqu’un dans les 35 ans, mon idée c’était pas vraiment de faire Unforgiven 2. Bref, on lui a dit que ça jouait pas. Annick Mahnert, la co-productrice avait fait connaissance avec Ken au festival de Sitges et me demande ce que je penserais de l’avoir dans le film. Ma réponse était évidente, Annick lui a filé le script et il a tout de suite accepté. Pour Arie, on s’est dit qu’on n’avait rien à perdre à essayer. Il m’avait marqué dans The Thin Red Line. Annick lui a envoyé le script, il a tout de suite voulu faire partie du projet, et après on a fait des propositions financières dérisoires à son agent et au final ça a marché !

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