No Morirè Sola (I’ll never die alone) 1


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Ces derniers temps, presque tous les genres des années 70 ont été remis au goût du jour par le biais de remakes ou de reprises d’idées mises au goût du jour. Il reste cependant un genre auquel personne n’a touché : le rape and revenge. Sans doute à cause du côté « rape ». Car si aujourd’hui la torture ne semble plus du tout être un tabou, il en est tout autre de la sexualité. On sait que dans une fiction, le viol est très dérangeant car il place souvent le spectateur en tant que voyeur, et induit une certaine connivence avec l’agresseur. C’est tout à fait le cas avec No Morirè Sola, du réalisateur Adrian Bogliano.

Quatre étudiantes partent en voyage. Sur le chemin, elles trouvent une jeune fille ensanglantée au bord de la route. Celle-ci a été blessée par balle par des chasseurs imprudents. Elles décident de sauver la fille qui meurt en court de route. Arrivées à Trinidad, village paumé le plus proche, elles signalent l’incident à la police. Les jeunes filles se rendent compte, un peu tardivement, que ce sont les chasseurs qui font la loi dans les environs. Ils kidnappent les filles afin de leur faire subir les pires outrages au fin fond d’une forêt.

Adrian Garcia Bogliano est un jeune réalisateur (même pas trentenaire) argentin qui se propose donc de revisiter un genre bien connu des années 70. Les influences ne sont pas masquées et elles sont même affichées dans le générique. On retrouve entre autres La Dernière maison sur la gauche, Les chiens de paille, Thriller : a cruel picture. Rien que des grosses pointures dont on se demande comment le film pourra rivaliser. Au final, Bogliano réussit son pari car il n’hésite pas à nous balancer à la tête quelques scènes aussi crues que cruelles, brisant les tabous que n’abordent aucunement les films d’horreur actuels et notamment les survival. Il respecte la structure en trois actes : insouciance, viol, vengeance. Le début est assez classique mais présente tout de même un décor original composé de forêts, de routes pleines de sable et de patelins paumés en Argentine. L’image est brute de décoffrage et laisse entrevoir un traitement premier degré et hardcore du récit. La longue scène de viol est très marquante car elle va loin dans la description graphique des comportements barbares du groupe d’homme. Suite à ce moment intense, les survivantes rassemblent leurs esprits lors de très belles scènes où elles déambulent dans la nature, et le film devient alors presque muet.

enganche-apaisadas_0002_p1010839Plutôt que de reprendre les ingrédients et d’appliquer la recette à la lettre, Bogliano se permet de digresser pour son propre plaisir. Même si la bande-annonce laisse penser le contraire, le montage du film n’est pas absolument pas hystérique, bien au contraire. Il laisse souvent tourner la caméra lors de scènes à priori inutiles; par exemple lorsqu’après le viol, les filles errent longuement dans les bois, totalement hébétées. Le réalisateur semble particulièrement attiré par la nature environnante, magnifiée par des bruitages d’insecte omniprésents. L’ambiance sonore est très bien conçue et alterne des bruits internes (respiration, battements de coeur) avec des bruits externes (insectes, cris d’animaux, le vent dans les arbres). Plus qu’un simple divertissement, No Morirè Sola prend du recul par rapport à son propos et nous dit que finalement c’est la loi de la jungle qui s’applique, celle du plus fort et que les jolies rivières, les petits oiseaux et les insectes zézayants ne changent absolument rien à l’affaire. Le réalisateur préfère la contemplation d’une nature indifférente à la violence, plutôt que d’insister sur les actes déviants des sales types.

Le réalisme parfois presque documentaire, s’efface un peu lors des scènes gores dont les effets sont parfois un peu trop « explosifs » pour être crédibles. De même, le sourire complice de la part des filles à la caméra permet de s’astreindre d’un réalisme trop pesant qui aurait rendu l’expérience vraiment glauque (pour cela on regardera Eden Lake). Si Adrian Bogliano n’innove pas fondamentalement, il livre ici un film original à la mise en scène très personnelle qui fait de lui un auteur et non un simple faiseur de film d’exploitation. Si l’on considère la maigreur du budget, on sera encore plus surpris de la réussite de ce film. Malheureusement No Morirè Sola n’est disponible en dvd qu’en Allemagne et au Japon. Les droits pour la France sont disponibles. Avis aux éditeurs…


A propos de Jérôme

toute-puissance mégalomaniaque, oeil de Sauron, assoiffé de pouvoir et d’argent, Jérôme est le father de big brother, unique et multiple à la fois, indivisible et multitude, doué d’ubiquité. Il contrôle Cinétrange, en manipulant l’âme des rédacteurs comme des marionnettes de chiffons. Passionné de guerre, il collectionne les fusils mitrailleurs. Le famas français occupe une place d’exception dans son coeur. C’est aussi un père aimant et un scientifique spécialisé dans les nouvelles technologies de l’information. Pour faire tout cela, il a huit doppel gangers, dont deux maléfiques. Il habite au centre du monde, c’est-à-dire près de Colmar.


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Commentaire sur “No Morirè Sola (I’ll never die alone)

  • ottorivers

    Le DVD est disponible depuis peu chez Oh My Gore disribution en VO st Fr. Merci de votre critique. Avis que je partage, avec peu de moyens un rape revenge bien dans l’esprit outrancier du genre.