Ladyblood, de Jean-Marc Vincent


ladyblood

Evoquer Ladyblood m’est quelque peu embarrassant. Objectivement, c’est un navet. Même si tout n’est pas à jeter (quelques plans et ellipses audacieux), on y trouve une compilation de défauts inhérents aux nanars. Le montage est répétitif par moment avec notamment cette scène récurrente dans un commissariat au décor minimaliste, où le chef distribue les missions. Les acteurs semblent parfois peu concernés ou sont sous-exploités. Philippe Nahon, qui n’a en général qu’à apparaître pour composer un rôle, est ici transparent. L’économie de moyens est flagrante. Si les effets gores sont réussis, il aurait fallu dix fois le budget pour qu’ils paraissent plus nombreux et plus impressionnants. On ne voit même pas la créature. En guise de monstre, vous n’aurez droit qu’à Bruno Solo errant de nuit, l’air constipé, avec des lunettes noires et un béret à carreaux sur la tête (notre photo) ! On se demande comment un tel film peut sortir en 2009.

Car aujourd’hui, si on veut faire un fim d’horreur rentable, il faut servir la soupe aux ados. Et même si on y montre des tripes, il faut que la soupe soit belle comme sur l’emballage Knorr. Les acteurs seront donc tous de jeunes apollons et les actrices des bombasses au minois angélique (avec poitrine et cul dodus). La photographie sera léchée et quand la husqvarna tranche la chair, il faudra que ce soit « esthétique ». La violence « classe », cadrée de manière chirurgicale et rythmée à la Michael Bay, est devenue une règle dans le slasher américain. Le sang sera vermillon, brillant façon gloss, parce qu’après tout, c’est de l’horreur pour de faux. Il ne faudrait surtout pas qu’un arrachage de membre paraisse dérangeant. On vise les 16-20 ans quand même.

Tout cela pour dire que Ladyblood est à l’exact opposé de ce cahier des charges, et c’est ce qui le rend tout de même sympathique à mes yeux. Il constitue l’antithèse ultime à tous les films (d’horreur ou pas) sortis récemment. Avec sa photographie terne et parfois incohérente, le film semble avoir été tourné dans la foulée de Baby Blood. Malgré un tournage à La Rochelle, l’ambiance est crasseuse au possible et fleure bon les années 80. Ceux qui se souviennent d’Alain Chabat, mal rasé et mourrant dans d’hilarants spasmes, retrouveront ici la même galerie de personnages louches et particulièrement mal habillés. Costumes défraichis et démodés, cols roulés grisâtres, gilets déprimants, la garde-robe semble avoir été achetée dans une friperie de troisième main.

Les personnages principaux ne sont pas un couple de jolis jeunes gens bien propres sur eux. Il y a d’abord Yanka, devenue flic et mère de famille. Elle est mariée à un psychologue qui passe son temps à bouquiner au lit. Emmanuelle Escourrou, qui interprète Yanka, a d’ailleurs conservé son inesthétique trou entre les deux dents de devant. On a vu plus sexy comme couple.  Les motivations des uns et des autres sont peu claires. Yanka n’aime pas son travail, c’est une certitude. Le jeune flic avec qui elle entretient une relation d’amitié peine à montrer plus d’ambition. On nage constamment dans une sorte de nihilisme où les personnages ne cherchent rien et n’obtiennent rien.

Entre deux scènes mal fagottées, Jean-Marc Vincent nous prouve quand même qu’il peut faire des choses. Il semble bien à l’aise avec toutes les scènes intimistes (dialogues sur l’oreiller ou autour d’un verre), ce qui permet de donner aux personnages une profondeur psychologique. Il est aussi très à l’aise quand sa caméra visite une boîte de cul underground, s’attardant sur le corps des jeunes femmes au déhanchement languissant.

Ladyblood est finalement digne de son grand-frère Baby Blood, film de potes fauché, fait à l’arrache et doté d’un humour potache insaisissable à la première vision. Certains amateurs de genre attendaient peut-être une nouvelle fois LE film qui va enfin rendre les français fiers et chauvins. Ils seront déçus. Le cinéma bis ne devient culte qu’avec le temps. Au moment de la sortie du film, on considère cela comme du sous-cinéma; d’où le terme de bis. Alors qui sait, dans vingt ans, ce que deviendra cet anachronique Ladyblood.

Après s’être longuement fait attendre, Ladyblood est sorti finalement sur les écrans le 19 août 2009. Cette semaine, il est encore à l’affiche de 4 salles en France !


A propos de Jérôme

toute-puissance mégalomaniaque, oeil de Sauron, assoiffé de pouvoir et d’argent, Jérôme est le father de big brother, unique et multiple à la fois, indivisible et multitude, doué d’ubiquité. Il contrôle Cinétrange, en manipulant l’âme des rédacteurs comme des marionnettes de chiffons. Passionné de guerre, il collectionne les fusils mitrailleurs. Le famas français occupe une place d’exception dans son coeur. C’est aussi un père aimant et un scientifique spécialisé dans les nouvelles technologies de l’information. Pour faire tout cela, il a huit doppel gangers, dont deux maléfiques. Il habite au centre du monde, c’est-à-dire près de Colmar.

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