Sex Addict (Bad Biology)


sexaddict1Le retour improbable de quelques francs tireurs du cinéma de genre semble réellement se confirmer. Après les come back réussis de Jeff Lieberman et Don Coscarelli, et dans une moindre mesure (car ils n’ont jamais vraiment arrêté) le retour en forme de George A Romero et Tobe Hooper (l’excellent Toolbox murder et le sympathique Mortuary), c’est au tour du plus radical des cinéastes de revenir, non pas au devant de la scène, mais par la petite porte (hélas pas de sortie en salles prévu mais une distribution directe en dvd). Après 15 ans d’absence, Frank Henenlotter, qui approche la soixantaine, plus enragé que jamais, nous gratifie d’une œuvre hors-norme, déjantée et extrême, un véritable brûlot qui ne peut sortir que d’un cerveau passablement dérangé.

Après son calamiteux Basket Case 3, Henenlotter a jeté l’éponge et s’est orienté du côté de la distribution en DVD (le label Something Weird Video). Non pas par manque d’inspiration mais par franchise. Les producteurs ne souhaitaient plus investir un sou dans des projets aussi radicaux que Brain damage ou Basket Case.

Sex addict (retitrage anglais stupide de Bad biology) confirme la vitalité du cinéaste new-yorkais, qui n’a rien perdu de sa verve anar, de sa sensibilité d’écorché vif et de son (mauvais) goût pour les situations les plus nauséabondes.

Le pitch a de quoi faire saliver le plus récalcitrant des amateurs du genre ou à contrario mettre définitivement en rogne les biens pensants. Jennifer a l’air normal. Comme toute jeune femme de son âge, elle cherche la perle rare qui la fera monter au septième ciel. Jusque là rien que de très banal. Sauf qu’elle possède 7 clitoris différents. Même David Cronenberg n’a pas osé raconter un truc pareil. Attendez, ce n’est pas fini ! Les orgasmes très violents de ses partenaires leurs sont fatals. De plus, autre inconvénient de taille, elle accouche d’un bébé monstre dans l’heure qui suit. Pour ne pas s’encombrer d’une tripotée de mioches, elle les largue dans les poubelles, les abandonne en pleine rue ou les laisse dans la baignoire de ses pauvres amants éphémères. Effets chocs garantis !

Jennifer va néanmoins croiser ce qui pourrait être une chance pour elle, un homme qui possède un sexe démesuré et autonome, c’est-à-dire un organe qui pense, enfin qui est surtout tributaire d’une libido ingérable. La rencontre entre ses deux êtres « monstrueux » va être explosive. Stop; j’en ai trop dit !

Sex addict a le mérite d’aller jusqu’au bout, d’assumer son postulat grotesque et provoc sans verser dans un second degré facile. Un humour très noir traverse néanmoins cette aberration filmique qui n’aurait jamais existé sans l’aide de quelques producteurs passionnés ou inconscients (ou les deux !!!). Henenlotter continue d’explorer les tréfonds malsains de sa propre conscience en ressassant les mêmes thèmesobsessionnels : sexe, drogue, violence, mutations, corps difformes…

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L’addiction à la sexualité, pris dans ses retranchements les plus extrêmes, a évidemment des conséquences tragiques. Cette fable cochonne aurait pu accoucher d’un pamphlet moralisateur. Que nenni ! Le regard d’Henenlotter est à la fois ironique et désespéré, iconoclaste et nihiliste. Il n’appuie aucune thèse, ne manipule pas le spectateur vers une évidence trop facile.  Il montre juste la détresse de deux individus dépendants des pulsions vitales de leur anomalie physique. Anomalie qui altère et contamine leur psychisme respectif.

bb2Sex addict se situe bien dans la continuité d’Elmer et Frankenhooker, c’est-à-dire à l’épicentre d’un cinéma frondeur, jusqu’au boutiste, sans compromis, ne devant rien à personne, n’appartenant pas aux modes actuelles. Car si les effets spéciaux signés Gabe Barlatos sont franchement médiocres, la mise en scène souvent maladroite (cadrages approximatifs, lumière dtv sans éclat) et l’interprétation laborieuse, la sincérité de l’entreprise rafle tout sur son passage. Comme si le geste importait davantage que la forme. Sex addict ne retrouve pas l’ambiance poisseuse et urbaine de Basket Case mais se déguste comme un bad trip gore et cul particulièrement jouissif. La fin, très cartoonesque, atteint des sommets de mauvais goût incontrôlé rabaissant le récent Pervert ! de Jonathan Yudis au rang d’aimable plaisanterie.

Henenlotter est le pape du bis underground, une figure atypique du 7ème art, adepte du grand écart entre aspirations auteurisantes et bricolage Z.  Son retour derrière la caméra est vraiment une bénédiction. Pourvu qu’il ne s’arrête pas là !!!

(USA-2008) de Frank Henenlotter avec Charlee Danielson, Anthony Sneed, Krista Ayne

Editeur : Swift. Format : 1. 85  16/9 compatible 4/3. Audio : Anglais Français 2.0. Sous-titres : Français. Bonus : Filmographie de Frank Henenlotter


A propos de Manu

Docteur ès cinéma bis, Manu est un cinévore. Il a tout vu. Sorte d'Alain Petit mais en plus jeune, son savoir encyclopédique parle aux connaisseurs de films méconnus. Il habite près de Montpellier où il peut observer la faune locale : le collectif School’s out, l’éditeur le chat qui fume et l’éditeur Artus Films. Avec son air d’Udo Kier, il n’est pas exclu qu’on le retrouve dans une production de genre.

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