Carlos Atanes, réalisateur underground



faqDire que Carlos Atanes est un réalisateur singulier est un doux euphémisme. L’auteur espagnol dépeint des univers si étranges qu’il est difficile d’y comprendre quoi que ce soit pour le commun des spectateurs. Mêlant philosophie, poésie et réflexions sociologiques, ses films se parent d’une esthétique surréaliste, qui rappelle parfois les délires colorés d’Alejandro Jodorowsky.

FAQ (Frequently Asked Questions) nous plonge dans un monde futuriste où les femmes ont pris le pouvoir. Animaux mutants, expériences biologiques et espionnage masculin, les éléments nous sont donnés au compte-goutte et il devient très difficile de saisir les enjeux. On comprend que cette société moderne interdit tout contact physique, ce qui pose d’énormes problèmes à un réalisateur de film porno !

Angéline est une jeune femme qui vit avec Nono, un jeune homme preneur de son muet. Ce dernier est au service d’Angéline et doit lui servir des verres de lait sur demande. Angéline veut entrer dans la confrérie, ironiquement nommée car il s’agit d’une organisation exclusivement féminine. Même si l’on comprend globalement ce qui se passe, il reste difficile de savoir où l’on va, et on se retrouve souvent perdu par les logorrhées d’Angéline qui disserte sur beaucoup de sujets.

Le choix des décors est particulièrement soigné et l’on voyage successivement dans un Paris aux ruelle sordides, dans les Pyrénées à l’automne et dans un désert aride et rougeoyant.

Metaminds & Metabodies se déroule dans un bar un peu sordide, antichambre de l’enfer. Une pièce de théâtre se joue sur la scène. Une femme est attachée par les cheveux à des barbelés. Une espèce de diable la domine et la torture, sous couvert d’un mystérieux contrat. Mais la femme se libère et abat le diable au pistolet. Du côté de l’assistance, une autre femme, hystérique, s’en prend à tous les clients. Le drame qui se joue sur la scène se mêle aux altercations du bar jusqu’à ce que l’on ne comprenne plus ce qui est vrai ou joué.

Comme dans FAQ, Atanes accumule les niveaux de réalité jusqu’à perdre le spectateur. Une nouvelle fois, on ne comprend pas ce qui se passe, si ce n’est qu’il y a des conflits violents entre les personnages, tous atteints d’hystérie, un peu à la manière des films d’Andrzej Zulawski.

Avec Morfing, Atanes se met lui-même en scène et réalise un travail sur le métier de réalisateur, avec au programme, une introspection sur ses obsessions. Et comme il est quand même un peu dérangé dans sa tête, cela donne un maëlstrom d’images et d’idées où se succèdent les difficultés du cinéma indépendant (trouver un financement, convaincre les actrices). Il fait d’ailleurs intervenir ses actrices, qui le critique fortement dans les loges. Elles disent que c’est un pervers qui ne pense qu’à les filmer en train de se déshabiller. Dans un élan masochiste, le réalisateur se filme en train d’essayer de se suicider. Mais une brochette de réalisateurs (dont Nacho Cerda et Jaume Balaguero!) tentent de l’en dissuader. Morfing est très bavard. Les personnages parlent sans discontinuer avec un débit de paroles très élevé. Cela donne une vélocité au film, on est soit aspirés, soit débordés par ces innombrables propos.

codex01Mais son film le plus fou est certainement Welcome to Spain, une sorte d’anti-carte postale touristique. Un jeune homme retrouve son père à l’aéroport mais les deux ne s’entendent pas. Le film vaut surtout pour sa scène dite de l’escalier où le personnage principal tente d’arriver en haut tandis que d’autres personnages essaient de l’en empêcher au péril de leur vie. Cette scène dure dix minutes et il y a du sang, du sexe et de la bouffe, tout cela toujours dans l’escalier. Une nouvelle fois, on croit voir une métaphore des difficultés que rencontrent Atanes pour boucler un film.

Les dvd sont disponibles. Plus d’infos sur le site officiel www.carlosatanes.com

Welcome to Spain sera présent sur le Cinétrange dvd n°3.


A propos de Jérôme

toute-puissance mégalomaniaque, oeil de Sauron, assoiffé de pouvoir et d’argent, Jérôme est le father de big brother, unique et multiple à la fois, indivisible et multitude, doué d’ubiquité. Il contrôle Cinétrange, en manipulant l’âme des rédacteurs comme des marionnettes de chiffons. Passionné de guerre, il collectionne les fusils mitrailleurs. Le famas français occupe une place d’exception dans son coeur. C’est aussi un père aimant et un scientifique spécialisé dans les nouvelles technologies de l’information. Pour faire tout cela, il a huit doppel gangers, dont deux maléfiques. Il habite au centre du monde, c’est-à-dire près de Colmar.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *