EF Strasbourg 2009 : day one

1h45. Il se fait tard, c’est pourtant l’heure d’ouvrir !
(*tambourins, clochettes, vocalises en falsetto*)

Pour la quinzième année consécutive, les zozos de l’Etrange ont monté leur chapiteau bizarre à Strasbourg. Cinq jours, plus de films que je n’ai de doigts (et d’orteils pour compter les courts), des invités à ne savoir où loger, des bêtises comestibles, des textiles hypoallergéniques… et des fans transis, s’en-fout-l’affiche, qui reviennent année après année grossir l’armée de l’E.F., parce qu’ils savent, qu’ils ont vu, qu’ils ont la foi.
Tandis que Guy Maddin triomphe au Festival d’Automne et déballe ses insanités incestueuses dans toutes les radios (« ma mère fait mille mètres de haut, c’est un Mont Everest, ma mère »), je me souviens que c’est dans un fauteuil rapé de l’estrange teuf que j’ai découvert ce garçon. Que c’est là, également, que j’ai vu le pire film de tous les temps, que j’ai perdu deux degrés de vision de près, failli virer épileptique et assisté à un porno ultrakitsch en compagnie de deux cent barbus dans un silence d’abbaye.
Aussi, chaque année, quand les marrons refleurissent et que le givre point à la porte d’orient, je guette ma boîte aux lettres et rescrute l’horizon gris de l’internet en attendant la bonne nouvelle. L’Etrange Festival est de retour, grand bien nous fasse, merci à eux. Car il n’y a que là que l’on peut voir, par exemple,

LA FEMME AUX SEINS PERCES de Schôgorô Nishimura (Japon, 1983)

Mon premier « roman porno » du studio Nikkatsu (les cinéphiles le disent mythique, je les crois sans mal). Cochonnerie nipponne relativement soft, dans laquelle une secrétaire médicale un peu nunuche éprouve le grand frisson dans les bras d’un salary man à grosse voiture. Roses rouges, vins fins, cuisine raffinée. Puis menottes, noeuds, humiliations. Le spectateur était prévenu que ça risquait de virer boudin, pour autant la progression narrative n’est pas entièrement devinable et il y a de jolies surprises.
Fable de l’aliénation volontaire, ça dure le temps qu’il faut pour ne pas s’en lasser (une heure et quelques), ça montre de la fesse sans donner dans la planche anatomique, et ça transgresse sans méchanceté, à l’une ou l’autre reprise, la frontière du sexuellement correct. Mais le plus étonnant dans ce film n’est pas tant le porno-glabre (encore que, c’est rigolo au cinoche, quand les fauteuils claquent, quand les rires gênés fusent) que la classe de la réalisation.

femme

Tout y est très beau, tenu en équilibre entre un réalisme un peu froid et une poésie de l’évocation, entre des objets, des corps montrés, des mécaniques, et une signification implicite des images. Au final, un chouette mélange de symboles freudiens, de chairs lisse et de musique d’ascenseur eighties, qui climaxe dans une séquence hallucinante éclairée au stroboscope où des femmes nues-maquillées-vernies supplient un geôlier ricanant de les garder emprisonnées dans le clapier géant où elles croupissent.
« C’est ici le centre de l’univers », dit-il à l’attention du spectateur hypnotisé, « c’est Neptune, le dieu du vin. » (WAS ?)

Un court : Naïade de Nadia Micault et Lorenzo Nanni. Pure bêtise de plasticiens. Mélange de stop motion et de pelloche gribouillée pour univers visuel plutôt rigolo. Script indigent. Clichés. Bon : j’aime pas Burton non plus.

1 commentaires sur “EF Strasbourg 2009 : day one”
  1. Beaucoup moins malsain et pervers que ce à quoi je m’attendais (tant mieux), ce petit film était très intéressant à voir, un peu fun et surtout en effet assez beau.
    J’étais aussi content de voir beaucoup de jeunes, de nanas, et de couples dans la salle^^

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