Pieces, chez Uncut Movies

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Plus connu sous le titre racoleur, mais ô combien attractif, du Sadique à la tronçonneuse (le film est sorti aussi sous le titre débile et hors-sujet Cri du cobra), Pieces est construit sur le modèle classique du psycho killer mâtiné de giallo, production européenne oblige. On y retrouve les ingrédients les plus usités du genre : trauma initial, intrigue accumulant les fausses pistes, meurtres sanglants et ritualisés, flots d’hémoglobine, actrices légèrement vêtues. Bref, rien de neuf sous le soleil du petit film d’horreur de consommation courante.

Juan Piquer Simon, déjà coupable d’un surréaliste Supersonic man et du rigolo Slugs, connaît ses classiques et distille adroitement ses références dans son univers archi-codifié. Le prologue s’inspire ouvertement d’Halloween en modifiant quelque peu la donne. Une mère surprend son fils en train de réaliser un puzzle d’une femme nue. Furax devant la perversité d’un tel acte, elle disjoncte, se met l’insulter. Le rejeton, étrangement calme et impassible, s’empare d’une hache et s’acharne sur sa pauvre mère. Plus tard la police arrive sur les lieux et découvre un cadavre en mille morceaux. Dans la penderie se cache l’enfant qui joue les victimes. Contrairement à Michael Myers, le  tueur en série en herbe ne sera pas interné mais plutôt materné. D’emblée, Juan Piquer Simon nous invite à penser que son croquemitaine est intelligent, méthodique et machiavélique.

40 ans plus tard, sur un paisible campus d’une université américaine, une jeune étudiante est décimée à coup de tronçonneuse. Les meurtres s’enchaînent tandis que la police piétine. Comme dans tout whodunit classique, Pieces est une sorte de Cluedo pour adultes, ponctué de meurtres très saignants sur des jouvencelles (pas vraiment en fait !) aux charmes variables. Cependant, l’intrigue est cousue de fil blanc. L’action ne progresse pas tandis que les crimes s’accumulent. Rapidement le spectateur, même le plus indulgent, va vite faire le tour des suspects potentiels. Ils sont au nombre de trois ; Willard, le jardinier à la tronçonneuse, le professeur Brown, vieux garçon qui vit avec sa mère (clin d’œil explicite à Hitchcock) et enfin le doyen, personnage énigmatique et austère. Le coupable devant être un homme d’environ 50, le choix est assez restreint. Les plus perspicaces élucideront sans trop se triturer les neurones l’identité du fameux sadique.

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Loin d’égaler ses illustres modèles (Halloween, les giallos de Dario Argento et de Lucio Fulci), Pieces bénéficie néanmoins d’un rythme soutenu, d’une réalisation fonctionnelle mais soignée qui l’éloigne tout de même de sa réputation d’affreux nanar. Les effets spéciaux sont rudimentaires mais efficaces (des mannequins sectionnés en deux, noyés dans des effluves de sang), la musique possède un ton lancinant propice au genre. Le chef op tente de retrouver la saveur esthétique des films de Mario Bava lors des séquences chocs mais semble avoir la tête ailleurs le reste du temps. Quelques fulgurances visuelles (jeux d’ombres, filtres rougeâtres obsédants) ne parviennent pas à sauver des images délavées dignes des pires séries télé.

Côté casting, l’amateur de bis retrouve avec plaisir des comédiens venus cachetonner. Paul Smith, le maton pervers dans Midnight express et sosie réussi de Bud Spencer, dans de faux Trinita, surjoue le type louche et pervers. Jack Taylor, acteur fétiche de Jess Franco a l’air de s’ennuyer ferme. Tout comme Edmund Purdom. Seul Christopher George (Frayeurs, Le droit de tuer) semble un minimum impliqué dans cette entreprise aussi idiote que jouissive. Les autres acteurs se disputent aisément la palme de l’inexpressivité. Mais on s’en fout ! Pourvu qu’on ait l’ivresse !

Fauché, entaché de séquences d’une débilité hallucinante (la partie de tennis jouée par des débutantes s’improvisant pro, le prof de Kung Fu rétamé par une fliquette), Pieces comblera les amateurs de bis crapoteux et déviants. L’hallucinant final, aussi absurde que jouissif, questionne la santé mentale de son réalisateur et de ses scénaristes (parmi lesquels on reconnaîtra Joe D’amato dissimulé sous un pseudo et le mystérieux Dick Randall, producteur émérite d’une flopée de nanars italiens, espagnols, américains et thaïlandais.).

(ESP/PORTO RICO /USA-1982) de Juan Piquer Simon avec Christopher George, Edmund Purdon, Paul Smith, Linda Day, Jack Taylor

DVD édité par Uncut Movies. Format : 1.66 (16/9). Audio : Français, Anglais, Espagnol.Sous-titres : Français. Durée : 82 minutes. Bandes annonces UNCUT MOVIES. Galerie de photos

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