Des zombies et des hommes 2


Pas évident de réussir à renouveler une thématique aussi rebattue que celle des zombies en 2010. Les sorties ciné et DVD dans le registre ont beau s’accumuler mois après mois, les différents supports se décliner sans fin (jeux vidéos, livres, bandes dessinées, séries télé…), difficile de trouver grand chose de consistant à se mettre sous la dent… Faut-il pour autant sombrer dans les abîmes de la bit-lit et ses fadasses déclinaisons filmiques ? Non. En s’acharnant un peu, et en dépit du nombre non négligeable de fausses-bonnes surprises qui pullulent à droite à gauche, on réussit quand même à trouver quelques œuvres qui redonnent foi au genre. La preuve par trois.

Bienvenue à Zombieland, de Ruben Fleischer

Là ou tant de films se content d’exploiter un twist à la con jusqu’à plus soif (zombies sous la neige, zombies teenagers, zombies strip-teaseuses, zombies nazis, à quand les zombies ninja ?), Ruben Fleisher, jeune réalisateur ayant fait ses armes à la télé, a vu les choses en grand. Mélange de film d’action, d’horreur, de buddy movie et de comédie sentimentale, Bienvenue à Zombieland, sorti en salles l’automne dernier et depuis peu disponible en DVD, joue en effet le tout pour le tout, mais réussit à emballer ces différentes facettes au sein d’un univers cohérent, original et respectueux du genre. Que demander de plus ? Un duo d’acteurs doués et charismatiques (le trop rare Woody Harrelson et l’excellent Jesse Eisenberg, déjà repéré dans Adventureland) ? Check. Un rythme échevelé enchainant sans répit, scènes d’humour, d’action, d’émotion, et d’horreur pure ? Check. Un générique au ralenti sur le For Whom The Bell Tolls de Metallica ? Check. Un climax final au sein d’un parc d’attraction rempli à craquer de zombies ? Check.

On pourrait continuer encore longtemps comme ça (une apparition du génial Bill Murray dans son propre rôle ? Ch… ), mais ce serait passer à côté du principal. Ce qui fait tout le sel de Bienvenue à Zombieland, c’est avant tout son postulat de départ, selon lequel, en cas d’invasion de zombies généralisée, les individus les plus aptes à la survie seraient les plus inadaptés à la vie quotidienne en société. En l’occurrence, un jeune geek sensible et solitaire, et un redneck misanthrope accro aux Twinkies et aux armes à feu, rapidement rejoints par deux jeunes et belles arnaqueuses… En transformant progressivement son armada de freaks asociaux en communauté soudée et solidaire, Ruben Fleisher réussit à introduire avec succès humour, tendresse et émotion dans l’univers a priori hardcore du zombie flick, sans renier ses fondamentaux pour autant (univers glauque, quête désespérée, gore à outrance…). Un pari pas forcément gagné d’avance, mais dont le réalisateur s’acquitte ici brillamment, comme avait déjà su le faire Edgar Wright avec son Shaun of The Dead il y a bientôt 6 ans. Ce qui, mine de rien, n’est pas une mince référence…

DVD édité par Sony Pictures Home Entertainement.
Bande-annonce disponible ici

World War Z, de Max Brooks

Déjà auteur d’un remarqué Guide de survie en territoire zombie, et accessoirement fils du réalisateur Mel Brooks, le romancier Max Brooks signe avec World War Z. Une histoire orale de la guerre des zombies, un haletant récit d’anticipation, digne des meilleurs films du genre. Présenté comme la version non expurgée d’un rapport de l’ONU réalisé 12 après la Guerre des Zombies, World War Z est ainsi constitué d’une succession d’entretiens fictifs avec des survivants du cataclysme mondial, qu’ils y aient joué un rôle majeur, ou qu’ils en aient été de simples et anonymes témoins. Regroupés en différents chapitres classés par ordre chronologique (Premiers Symptômes, La Faute, La Grande Panique…), ces différents témoignages permettent au lecteur de reconstituer progressivement les évènements en filigrane, et à l’auteur de varier les registres de récit (angoisse, horreur, action, suspens) ainsi que les profils sociologiques abordés (militaires, scientifiques, politiques, gens du peuple…). Un dispositif narratif astucieux, qui permet par ailleurs à Max Brooks de développer le deuxième point fort du roman : son angle d’approche. En abandonnant le principe du petit groupe de survivants assaillis et la description de leur évolution psychologique progressive, il a en effet tout loisir de développer une trame globale complexe à souhait, où les rapports  géopolitiques entre pays pauvres et pays riches jouent un rôle clé dans la propagation de l’infection zombie. Alors certes, World War Z reste au final plus proche du divertissement intelligent que du véritable pamphlet politique sans concession, il n’en reste pas moins que le livre devrait s’imposer sans mal comme un des futurs maitres-étalons de la littérature zombiesque. C’est dit !

Livre édité par les éditions Calmann Lévy


Crossed, de Garth Ennis & Jacen Burrows

Encore assez marginale dans la bande dessinée européenne, la figure du zombie occupe à l’inverse un part non négligeable du marché du comics américain. Si quelques titres phares du genre comme Walking Dead ou l’iconoclaste  Marvel Zombies sont déjà disponibles en version française (respectivement aux éditions Delcourt et Panini Comics), l’une des œuvres les plus abouties du genre, Crossed, de Garth Ennis et Jacen Burrows (édité aux Etats-Unis chez Avatar) reste à ce jour scandaleusement inédite en France. Bien connu des amateurs de comics hardcore et sans concession, Garth Ennis est un scénariste irlandais à l’origine de fleurons comme la série culte Preacher chez Vertigo , et l’auteur d’un des runs les plus haletants de la série Punisher (dans la collection Marvel Max). Sa marque de fabrique : un dégout affiché pour le politiquement correct, une attraction sans limite pour les univers sombres et les facettes les plus noires de l’être humain, et enfin une propension innée à imaginer les scènes de violence et de sexe les plus outrancières possibles. Ce contexte posé, on comprendra rapidement, que Crossed, décrit par son auteur comme « le récit le plus extrême et le plus dérangeant qu’il ait jamais écrit » (sic), n’est pas un comics comme les autres. Et ce bien au-delà de la simple dimension « choc » de l’œuvre. Si massacres, viols collectifs, tortures et mutilations diverses sont en effet bien présents tout au court du récit, ce dernier s’apparente paradoxalement plus à une errance désespérée dans la ligne du roman La Route de Cormac McCarthy qu’à un stupide torture porn version comics. Dans Crossed, les zombies ne sont pas morts, ce sont simplement des humains dont une curieuse épidémie n’a laissé intacte que la part la plus sombre de leur psyché. Traqués sans relâche à travers les Etats-Unis, quelques survivants vont néanmoins tenter de rester envie, tout en conservant un semblant de santé mentale. Une quête évidemment vouée à l’échec… Sobre, sèche, froide et intelligente, la série impressionne surtout par sa capacité à instaurer un climat de tension permanente, réduisant à quelques cases seulement les déferlements d’ultra-violence pour mieux en renforcer l’impact. Si lire un comics en anglais ne vous rebute pas trop, l’achat de l’intégrale de la série sur le net (240 pages, 20 € environ) est vivement recommandée.

Plus d’infos ici


A propos de Damien

vivant à Grrrr noble, il est le seul vrai authentique journaliste de la bande. Au courant de tout avant tout le monde, notamment en ce qui concerne les modes musicales électro-low tech d’Afrique subsaharienne, nous lui sommes éternellement redevables de nous avoir fait découvrir Die Antwoord. Damien est aussi l’inventeur du lolcat.


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

2 commentaires sur “Des zombies et des hommes