The Dark Hour, d’Elio Quiroga


Une petite communauté composée de quelques survivants d’une guerre bactériologique vit dans un immeuble en plein délabrement. Dehors, la population est devenue une menace pour ces survivants : transformée en zombies (que les protagonistes nomment les « Etrangers » – quelle délicatesse), un simple contact avec eux et une mort lente est assurée. Mais il y a aussi les « Invisibles » , qui se baladent à l’intérieur de l’immeuble, et dont le seul moyen de les repérer est une subite baisse de température appelée « l’heure froide » …

Deuxième long-métrage de l’espagnol Elio Quiroga, qui a avait réalisé Fotos en 1996 et, depuis, a fait Les Témoins du mal (présenté au festival de Gérardmer en 2010), The Dark Hour se veut comme un film d’anticipation et d’horreur. Le film possède tous les ingrédients pour faire une œuvre intéressante ou simplement divertissante : des personnages éloignés des stéréotypes du genre (ici ce sont des femmes qui établissent l’ordre au sein de la communauté et qui prennent les initiatives) dont un jeune garçon d’environ dix ans et une ado de dix-sept, des relations humaines parfois complexes, un lieu inquiétant, des prédateurs qui pourraient effrayer et un mystère total planant sur ce qui se passe à l’extérieur de cet immeuble. Et il est raconté de deux façons différentes : de façon « traditionnelle » et au travers du caméscope du jeune garçon, nommé Jésus, qui lui a été confié par un vieux type vivant en retrait de la communauté et qui s’appelle… Judas.

« S’il se la joue Dante 01 avec ses références bibliques à deux kopecks, je m’égorge avec mon Paris Match. »

Le film possède des ingrédients attrayants, mais les exploite mal : sa lenteur, qui a l’ambition de donner un aspect observateur autour du quotidien de la communauté, handicape malheureusement le film tant sa réalisation est parfois trop proche du film télévisé. The Dark Hour est plan-plan (excepté pour la séquence finale) et l’utilisation du caméscope témoigne d’une forme de facilité. Le rôle de celui-ci n’étant pas vraiment défini : Jésus lui raconte très superficiellement sa vie et filme de temps à autre les autres membres de la communauté comme en guise de présentation. Seulement, la méthode « traditionnelle » s’en était déjà chargée, ce qui donne trop de temps au film pour démarrer.

Et lorsque l’action commence, la frustration ne reste pas à désirer : quelques jump scares inutiles (sans pour autant en abuser), des monstres invisibles qui gèlent les murs et remuent les portes, des zombies à la Romero très peu mis en valeur et pas vraiment convaincants. De plus, la transmission du virus est pour le moins ridicule : si un zomblard te touche, t’es contaminé ; c’est comme jouer à chat perché. C’est original, certes, mais le résultat est mou comme une cérémonie des Césars. Les effets spéciaux, quant à eux, ne sont pas trop dégueulasses, mais les ajouts numériques se repèrent parfois trop facilement malgré quelques bonnes idées.

Les personnages sauvent plus ou moins le film parce qu’ils ont chacun une personnalité et un rôle assez bien défini au sein de la communauté. Tous les personnages adultes cachent aux enfants le véritable secret de cette guerre, excepté Judas, qui tente de leur fournir une explication malgré la volonté de la communauté. Les relations demeurent souvent problématiques, l’instinct sexuel de l’adolescente commence à faire (gentiment) éruption, et les personnages essayent de reproduire dans cet immeuble ce qui faisait leur vie d’autrefois (regarder la télévision ou un film, donner des cours aux enfants, filmer ses ébats amoureux…). A la question de Jésus « Pourquoi on doit aller en cours ?« , l’une des dirigeantes de la communauté répond « Parce que vous êtes des enfants et que c’est comme ça » ; même le manque de remise en question est reproduit.

« Putain, j’aurais dû attendre qu’elle ait ses dix-huit ans… »

Elio Quiroga semble lancer un regard assez critique sur le quotidien de sa communauté, mais son discours ne parvient pas à aller jusqu’au bout et se trouve être flou jusqu’à la fin du film. Comme la référence à Jésus et Judas qui reste très superflue, la dernière séquence a beau y donner un certain sens, elle ne demeure pas nécessaire. Il en est de même pour le personnage de l’enfant qui vit dans l’ignorance totale de la communauté : d’où sort-il ? à quoi sert-il ? En effet, The Dark Hour est plutôt généreux en termes de zones floues, même la provenance des munitions des armes reste mystérieuse.

Cependant, il y a la séquence finale qui expose un twist surprenant d’un pessimisme assez lucide. Le seul regret de cette fin est de nous laisser avec beaucoup trop de points d’interrogations sur ce qui s’est vraiment passé.

Dommage, car The Dark Hour est un DTV avec de belles opportunités, mais qui demeurent inexploitées, et qui a le mérite de prendre certains risques, mais il ne parvient jamais à faire comprendre clairement son propos étant donné que le film n’est pas un prétexte à l’action.

Le dvd édité par M6 Vidéo n’est pas non plus très bandant : l’unique bonus autour du film est une vidéo muette de 7 minutes peu intéressante comparant les plans originaux et les plans modifiés sur ordinateur. Les autres bonus sont simplement trois bande annonces de films  sortant chez le même éditeur (nous n’avons même pas droit à une bande annonce de Dark Hour).

Oui bon…

A propos de Rock

même si son nom évoque la boxe ou le catch, il y a une grande sensibilité chez Rock. Enfant spirituel d’Harmony Korine, il se plait à explorer les mêmes errances que le réalisateur américain. Même si ses goûts sont larges, il s’intéresse au cinéma mal branlé, et éprouve une compassion pour les réalisateurs fauchés. Ceux qui n’ont pas le budget mais qui font leur métier en y mettant tout leur coeur. Grand mélomane (Ernest Ping, Nipple boy), il s’essaie à la réalisation de clips et de courts-métrages. Domicilé à Strasbourg

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