The Rebel, de Truc ‘Charlie’ Nguyen


Après les canons cinématographiques qu’ont offert le Japon, la Corée, La Thaïlande et l’éternel Hong-Kong, l’Asie introduit une nouvelle balle dans son chargeur : le Vietnam, qui sort un film d’action et d’arts martiaux titré The Rebel, la production la plus chère de l’histoire du cinéma de son pays d’origine (ne vous émoustillez pas trop, il s’agit d’un budget d’1.5 millions $US).

The Rebel se déroule dans les années 1920, des rébellions éclatent au Vietnam pour empêcher la domination française, mais la puissance coloniale met en place des groupes d’autochtones. Lo Ven Cuong est censé assassiner un leader de la résistance, mais la rencontre avec la fille de celui-ci, une experte en arts martiaux, va chambouler ses plans, ses sentiments, ses idées…

Réalisé par Truc ‘Charlie’ Nguyen (oui, c’est bien son nom) qui a débuté en réalisant quelques clips musicaux, des documentaires et une comédie romantique (Chances are), il fera appel à son frère, Johnny Tri Nguyen, pour écrire avec lui le scénario de The Rebel et en tenir le rôle principal. Pour Johnny Tri Nguyen, étant cascadeur professionnel (il a participé à Spiderman 1 & 2, Jarhead ou encore Collateral) et spécialiste en arts martiaux, cette opportunité ne pouvait être qu’intéressante : tourner sous la caméra de son frère dans son pays natal sur un projet ambitieux, avoir la possibilité de toucher un mot sur le scénario et la réalisation du film, avoir la chance de tenir son premier grand rôle au cinéma en tant qu’acteur, exploiter ses talents en arts martiaux et toucher le public vietnamien en abordant un sujet sensible.

« Vous auriez vraiment mieux fait de rendre mon peigne. »

Tenté d’être plein d’espoir envers cette découverte, il serait bien plus raisonnable de visionner The Rebel en n’attendant rien de plus qu’un simple essai. L’ enthousiasme s’atténuant peu à peu au fil des séquences, le film veut être à la fois un film d’action et un film historique, mais il perd malheureusement l’équilibre. Le côté historique est laissé de côté pour privilégier l’action, ce qui n’est pas pour nous déplaire, mais c’est la réalisation qui trébuche. Les gunfights sont sanglants au minimum et les combats ont beau être parfois impressionnants et bien filmés, ils sont aussi parfois brouillons : on peut passer d’un superbe kick à un coup de tête qui ne ressemble à rien et qui n’aura même pas, très visiblement, touché sa cible (mais parviendra à l’assommer miraculeusement).  Sans oublier que ces séquences demeurent parfois tellement bouffés par un montage mal branlé façon Banlieue 13 (en moins pire, quand même) qu’on finit par ne plus pouvoir profiter pleinement des prestations physiques de ses acteurs. Lorsque le film surprend agréablement, il déçoit aussitôt, comme si nous passions d’un réalisateur à un autre (ce qui ne serait pas impossible puisqu’il parait que certaines séquences ont été réalisées par Johnny Tri Nguyen lui-même).

The Rebel agace aussi à cause de son lyrisme beaucoup trop appuyé : quelques violons viennent nous casser les oreilles sur une séquence d’amour loin d’être surprenante et des scènes dramatiques bien trop soft pour être vraiment percutantes. La morale du film, qui dénonce les dangers de la corruption et se trouve être contre la perte de certaines valeurs, aurait pu être intéressante, mais elle est amenée par des ficelles bien trop superficielles pour être vraiment entendue.

A ressortir en cas d’infanticide.

Mais il serait bête de cracher méchamment sur cet essai pour la simple raison  qu’il reste un projet sincère et pourrait ainsi donner suite à une vague cinématographique intéressante pour le Vietnam qui tente de devenir de plus en plus engagé malgré le joug d’une censure attachée aux idéologies de son gouvernement qui empêche cet art de s’exprimer sur des thèmes éloignés de ceux imposés par la ligne politique. Bien qu’en soi le film ne soit pas très bandant, il gagne un pari rassurant : faire entrer le public vietnamien dans les salles de cinéma pour voir un film vietnamien – la population vietnamienne s’étant détournée des productions de son propre pays pour privilégier les productions américaines et hongkongaises. La popularité de The Rebel au sein de son pays d’origine permet de percevoir une petite lueur d’espoir sur le cinéma de celui-ci à condition, bien sûr, que d’autres réalisateurs veuillent bien prendre les mêmes risques que les frères Nguyen.

En France, The Rebel n’aura pas connu de sortie en salles, M6 Vidéo s’étant chargé de le sortir directement en dvd avec de (trop) courts bonus : une interview de Johnny Tri Nguyen qui retrace son parcours sans trop aborder The Rebel (avec un sous-titrage pas du tout synchronisé), une scène coupée qui mérite bien son destin et une démonstration d’arts martiaux présentée et exécutée par Johnny Tri Nguyen.  Dernière vidéo intéressante, mais non sous-titrée (!), et parfois plus impressionnante que la plupart des séquences d’action de The Rebel (l’absence de montage n’y est pas pour rien).

2Be3 nouvelle génération.

A propos de Rock

même si son nom évoque la boxe ou le catch, il y a une grande sensibilité chez Rock. Enfant spirituel d’Harmony Korine, il se plait à explorer les mêmes errances que le réalisateur américain. Même si ses goûts sont larges, il s’intéresse au cinéma mal branlé, et éprouve une compassion pour les réalisateurs fauchés. Ceux qui n’ont pas le budget mais qui font leur métier en y mettant tout leur coeur. Grand mélomane (Ernest Ping, Nipple boy), il s’essaie à la réalisation de clips et de courts-métrages. Domicilé à Strasbourg

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