5150, Rue des Ormes, d’Eric Tessier + Les 7 jours du talion, de PodZ


Les québécois 5150, Rue des Ormes et 7 jours du talion viennent de sortir directement en dvd sans avoir eu la chance de passer par les salles françaises. Le cinéma de genre n’a pas non plus connu des jours faciles au Québec, mais il commence peu à peu à émerger et créer d’agréables petites pépites. Patrick Sénécal, romancier à la base, est l’un des noms qui développent ce cinéma au sein de la fameuse province : il écrit lui-même les scénarios des adaptations cinématographique de ses romans et participe activement aux tournages des films. Vu comme le « Stephen King québécois », cette comparaison demeure un peu trop facile tant l’univers de Sénécal est davantage torturé et réaliste. Les deux films en question, écrits par Sénécal, abordent des thèmes très peu originaux comme la vengeance, la culpabilité ou encore le combat interminable entre le bien et le mal, mais ils s’expriment de manières très différentes.

5150, Rue des Ormes choisit une réalisation « traditionnelle », tandis que Les 7 jours du talion se la joue Michael Haneke. Soignant au possible ses plans et livrant une atmosphère très inquiétante et glauque au sein de la famille chtarbée habitant au 5150, Rue des Ormes, le film d’Eric Tessier se dévoile aisément comme une œuvre accrocheuse et prenante durant laquelle un jeune étudiant en cinéma se retrouve prisonnier d’un père de famille persuader de tuer au nom du bien. Sans jamais trop intellectualiser son sujet, 5150, Rue des Ormes se veut comme un thriller efficace, alors que Les 7 jours du talion mise sur une réalisation froide pour créer un film qui se veut intelligent et peu artificiel ; ce qu’il n’est pas.

5150, Rue des Ormes – « Commandes des chaussures de golf, autrement on ne sortira pas d’ici vivants. »

La force du film d’Eric Tessier est justement la distance qu’il maintient et la fascination évidente qu’il a à l’égard de ses protagonistes torturés et de leur situation atypique. Et pourtant il aurait été très facile de tomber dans certains clichés étant donné que le film aborde presque le même personnage que celui de Bill Paxton dans Emprise, mais il se révèle comme un tour de force admirable lorsqu’il décide de faire comprendre que même la notion de « bien » de la victime est dénuée de valeur. Sombrant peu à peu dans une folie obsessionnelle, le personnage joué par le très bon Marc-André Grondin demeure tout aussi complexe que le père psychopathe.

En cela, Les 7 jours du talion est aussi intéressant parce qu’il transforme en bourreau un père en pleine soif de vengeance traumatisé par la perte de sa fille qui a été violée et assassinée. Le film ne se confond jamais avec Death Sentence ou un Death Wish et malgré quelques séquences captivantes le film de PodZ ne parvient jamais à transcender la notion d’œil pour œil pour arriver à une réflexion quelconque. Tout bête, le scénario des 7 jours du talion se trouve dans son titre : nous suivons sept jours de torture vengeresse. PodZ ne cherche jamais à changer le coupable de la souffrance de ce père en personnage appréciable, mais il ne cherche pas non plus à lui donner une quelconque substance. Au contraire, au final le coupable n’est rien d’autre que le coupable de toute la violence exprimé au sein du film. 5150, Rue des Ormes choisit de s’intéresser à chaque personnage en donnant des indices très subtils ou en faisant partager des informations jamais inutiles pour renforcer la confrontation qu’il observe, tandis que Les 7 jours du talion oublie très vite ses personnages les plus passionnants (comme celui du flic menant l’enquête principale du film, obsédé par la mort de sa femme et détruit par la violence dont il est contraint d’être un témoin actif pour vivre) et passe complètement à côté de sa réflexion. Le père vengeur mérite-t-il d’être traité comme un psychopathe ou une simple victime ? Les personnes ayant connu la même souffrance que lui sans jamais agir sont-elles lâches ou raisonnables ? Les questions sont posées, mais le film ne parvient même pas à y réfléchir.

Les 7 jours du talion – Être ou ne pas être..?

Les deux œuvres se trouvent être très voisines dans les sujets qu’elles abordent, chacune examine un duel entre le bien et le mal. 5150, Rue des Ormes gagne son pari et demeure un thriller intelligent et efficace à découvrir absolument, tandis que Les 7 jours du talion reste une œuvre malheureusement transparente. Malgré ce dernier échec, il ne serait pas du tout inintéressant de découvrir les prochaines adaptions de Patrick Sénécal qui se présente effectivement comme un auteur enthousiasmant n’ayant pas peur de prendre certains risques.

Le dvd édité par E1 Entertainment pour Les 7 jours du talion n’offre rien côté bonus, mais il a la bonté de donner des sous-titres français, ce que le dvd de BAC Films pour 5150, Rue des Ormes ne fait pas. A moins d’être habitué à l’accent québécois, le film d’Eric Tessier aura le malheur d’être visionné dans une version française pas trop insupportable, mais regrettable pour ses excellents acteurs. Côté bonus, la galette de 5150, Rue des Ormes propose des entretiens avec les acteurs au cours du tournage et des bandes-annonces, rien de plus.


A propos de Rock

même si son nom évoque la boxe ou le catch, il y a une grande sensibilité chez Rock. Enfant spirituel d’Harmony Korine, il se plait à explorer les mêmes errances que le réalisateur américain. Même si ses goûts sont larges, il s’intéresse au cinéma mal branlé, et éprouve une compassion pour les réalisateurs fauchés. Ceux qui n’ont pas le budget mais qui font leur métier en y mettant tout leur coeur. Grand mélomane (Ernest Ping, Nipple boy), il s’essaie à la réalisation de clips et de courts-métrages. Domicilé à Strasbourg

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