L’Etrange Festival de Strasbourg, épisode 3

Four Lions – La qualité essentielle d’un kamikaze pour accomplir un attentat : la discrétion.

Léo a choisit d’esquiver Evil Aliens de Jake West lors de la soirée d’ouverture du festival, mais en tant que rédacteur d’un professionnalisme sans équivalent, je me devais d’assister à cette projection de minuit. Projection dont j’éviterais d’entrer dans les détails. Sachant que le film est toujours inédit en France depuis près de cinq ans, si un pote vous propose de mater Evil Aliens par n’importe quel moyen détourné, prévoyez l’alcool et les drogues dures sinon vous serez assommé par un festival de mauvais goûts mal branlé mené par des amateurs qui se sont dits « Hey, on va faire un film avec des E.T. trop bizarres, des gonzesses à poil (mais pas trop), des hommages à Braindead, Predator et Total Recall avec un gros geek qui sauvera le monde ! Trop classe Pedro fais péter ta mini DV ! »

Mais avant de se faire cuire le cerveau, nous avions eu droit à Four Lions de Chris Morris, pour lequel Léo avait déjà donné son avis, mais je ne pouvais ne pas profiter de cette occasion pour écrire qu’il s’agit peut-être de la comédie la plus courageuse de l’année. Un peu à la même manière que South Park ou les spectacles de Bill Hicks, Four Lions aborde un sujet des plus graves pour nous faire exploser de rire. Le cinéma britannique avait déjà livré quelques perles en ce domaine : The Full Monty pour le chômage, Twin Town pour le désir de vengeance, Human Traffic pour la consommation de drogues et bien d’autres. Bien que le rire jaune n’est jamais très loin (on parle tout de même d’une bande de kamikazes) et que la réalisation ne soit pas toujours convaincante, le premier long-métrage de Chris Morris gagne tout de même sa place auprès des meilleures comédies britanniques de ces vingt dernières années !

L’INFERNALE POURSUITE de Ricou Browning

Pour sa deuxième soirée, l’Etrange Festival a proposé un film américain méconnu des 70’s. Vendu comme un nanar inestimable, il était évident que la salle devait être vide. Les gens ont mieux à faire un samedi soir à 22h, comme aller découvrir Saw 3D en avant-première ou plonger sa tête dans les seins d’une amazone ou aller au concert d’un groupe trop hype ou faire du repassage ; il ne pouvait y avoir que des rédacteurs de Cinétrange pour répondre présents. Mais la réalité était bien différente : plus de 70 clampins sont venus assister à cette nanardise de luxe dans une ambiance de salon. Les spectateurs se sont donné le droit de parler à voix haute durant la projection, ce qui était largement de rigueur pour apprécier ce festival de débilités improbables.

Inutile de résumer le scénario du film, L’Infernale poursuite (The Amazing Mr. No Legs) se vit comme une vidéo de Nanarland étalée sur 1h30. Il s’agit tout simplement d’un des rares films où l’on peut voir un cul-de-jatte se battre à en faire ressusciter Bruce Lee, une course-poursuite aussi dynamique qu’une convention de Solex, un montage inexplicable, des raccords tous plus foirés les uns que les autres et un doublage français qui ferait passer n’importe quelle version québecquoise pour une réussite insurpassable.

L’Infernale poursuite est l’exemple parfait du film que l’on refuserait de voir tout seul chez soi, mais demeure tellement mal foutu et d’une crétinerie olympique et involontaire qu’il en devient génial.

SOUND OF NOISE d’Ola Simonsson & Johannes Stjarne Nilsson

Dans les minutes qui vont suivre, ce patient sera transformé en djembé.

Après avoir connu un succès conséquent avec leur court-métrage Music for One Apartment and Six Drummers, la même bande de potes musiciens suédois (dont la particularité est de prendre n’importe quel objet du quotidien pour le transformer en outil musical) atteignent cette fois-ci le grand écran avec un long-métrage qui se veut comme un film policier croisé avec de la comédie musicale. Le mariage des deux genres peut faire très peur, mais le scénario de Sound of Noise, bien qu’il ne soit pas d’une grande originalité, parvient à rendre le tout pour le moins intéressant et même fun : un officier de police né dans une famille de talentueux musiciens se trouve être « allergique » à la musique. Sa vie bascule le jour où une bande de musiciens décide d’utiliser la ville comme instrument de musique ; il se met à leur trousse…

Sound of Noise ne déçoit pas les fans du groupe suédois en le présentant dans des situations timbrées lui permettant d’user des instruments les plus improbables dans le but de créer une œuvre musicale originale. Bien que la réalisation de Simonsson et Nilsson reste plus ou moins conventionnelle, le talent des musiciens et l’intrigue permet au film de gagner l’attention du spectateur en détournant certains codes du film policier. Ce qui fait aussi la force du film est le fait que tous les passages musicaux demeurent justifiés, chose plutôt rare dans ce qui est censé être une comédie musicale. Non seulement justifiés, ils sont presque jouissifs tant les morceaux créés pour le film (démunis de toute parole pour une grande partie) sont d’une qualité éclatante dont il est difficile de trouver un quelconque équivalent par cette forme.

Petit ovni cinématographique et surtout musical, Sound of Noise est une drôle et considérablement sympathique expérience s’adressant à un public très vaste.

SCOTT PILGRIM vs. THE WORLD d’Edgar Wright

Tu veux jouer à Tetris avec moi..?

Attendu depuis un certain temps (toujours attendu, en fait), Scott Pilgrim vs. The World réalisé par le très cher papa de Shaun of the Dead et Hot Fuzz devait sortir en France il y a plus de deux mois. Mais, le film ayant fait un bide regrettable aux Etats-Unis cet été, les distributeurs français ont préféré repousser sa date de sortie au mois de décembre ne savant pas comment vendre le film (comme s’il n’y avait aucun public pour un film pareil, voyons, s’il y a un public pour un film comme La Vie au Ranch…). Adaptation du second volume de la bande dessinée éponyme créée par Bryan Lee O’Malley, le film possède un casting pour le moins trippant : nous retrouvons Michael Cera qui a gagné l’affection de n’importe quelle personne sensible à Superbad, Mary Elizabeth Winstead qui nous aura pas marqué pour son talent d’actrice dans des films comme Die Hard 4 ou Death Proof, Kieran Culkin (le frère de Macaulay) devenu bien trop rare depuis le très bon Igby Goes Down, Jason Schwartzman membre illustre du groupe Coconut Records et acteur remarqué dans entre autres Funny People et Spun, Marc Webber et Alison Pill qui se retrouvent après l’intéressant Dear Wendy, et d’autres… Non seulement le film est attendu par une horde de geeks fans de la BD et des précédents films d’Edgar Wright, mais en plus il touche à la nouvelle génération de comédies américaines, ce qui ne laisse pas insensible un grand nombre de cinéphiles et cinéphages.

Pour résumer, le film s’intéresse à un jeune type vivant à Toronto, Canada qui n’arrive toujours pas à entrer pleinement dans la vie adulte. Il a un groupe de rock appelé Sex Bob-Omb qui a du mal à percer, une petite amie très collante et trop jeune et un colocataire gay vissé à son téléphone portable. Un jour, il rencontre Ramona Flowers, jolie fille au look tout droit sorti d’un manga avec qui il cherche maladroitement à établir un contact. Ramona tombe finalement sous le charme de Scott, mais avant d’espérer vivre de bons moments avec elle, il va devoir affronter ses sept ex-petits amis tous dotés de pouvoirs surhumains.

D’innombrables onomatopées giclent sur l’écran dans le but de livrer une puissance semblable au 10ème art, la réalisation d’Edgar Wright fait preuve d’un rythme remarquable à l’image du groupe de rock de Scott Pilgrim et ne recule jamais devant le délire que peut inspirer son scénario. Les principaux protagonistes misent sur un jeu quasi naturaliste et suscitent toujours le sourire, voire l’éclat de rire, tant ils semblent « être » leur personnage. La bande originale du film gâte les oreilles du spectateur en lui offrant des morceaux de groupes cultes tels que T-Rex, The Rolling Stones, Beck, Frank Black ou Broken Social Scene. Les qualités du film fusent, l’enthousiasme est à son paroxysme jusqu’à ce qu’on se rende compte que le sujet du film n’est peut-être pas tant passionnant.

Au final, on parle juste d’un gars qui n’arrive pas à faire face à lui-même et doit combattre les ex de sa petite amie. D’accord, la deuxième partie de la précédente phrase peur éveiller quelques curiosités, mais cette succession de duels à beau faire sourire dans un premier temps, elle finit tout de même par lasser au bout de la troisième confrontation. Heureusement, Edgar Wright sait toujours rendre son sujet extrêmement vivant grâce à plusieurs délires visuels qui livrent le véritable intérêt du film. Les yeux restent sans cesse actifs et le film se moque souvent de lui-même sans jamais se rendre ridicule. Jamais bête dans le fond, Scott Pilgrim vs. The World tient à faire réaliser à son personnage principal que le véritable problème de son histoire n’est pas sa petite amie ou ses ex, mais plutôt sa difficulté à s’aimer pour ce qu’il est. Discours touchant sur l’amour-propre, le film parvient à garder un excellent équilibre entre divertissement pur de geek et problèmes existentiels s’adressant à n’importe quel clampin du coin.

La plus grosse erreur du film réside dans son titre : Scott Pilgrim vs. The World, puisque Scott combat des petits copains et non l’humanité toute entière, ce titre demeure un tantinet exagéré…

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