Lebanon de Samuel Maoz


Assi, Shmulik, Hertzel et Yigal sont dans un tank israëlien. Ils entrent au Liban pour leur toute première mission.  Ce devait être facile mais l’unité dévie sans s’en rendre compte et se retrouve en milieu ennemi.

Il semble de bon ton de comparer ce film au Démineurs de Kathryn Bigelow alors qu’en fait, les intentions des deux films sont à l’exact opposé. Si la réalisatrice choisissait de faire une caméra témoin dénuée de toute empathie envers les personnages, le film de Samuel Maoz se concentre sur l’expérience intérieure de l’auteur pendant la guerre (du Liban mais ça pourrait être n’importe quel conflit). Il nous décrit ses sensations, ses sentiments et ses réflexions. Envoyé trop jeune à la guerre, les scènes traumatisantes ont eu raison de son innocence et d’une partie de sa santé mentale.

On peut comparer l’approche du film de guerre entre Israël et les Etats-Unis. Ces derniers illustrent presque toujours des soldats surentrainés, dont le cerveau a été lavé pour devenir de simples outils de mort, ce qui n’est pas forcément synonyme de succès militaire. Dans Lebanon, nous nous trouvons en présence de quatre soldats tous justes sortis de l’adolescence, qui n’ont aucune préparation psychologique à la guerre. Les quatre jeunes sont donc naturellement terrorisés et le tireur ne parvient même pas à abattre le premier ennemi qui se présente dans une simple voiture.

Le parti pris du film est assez osé puisqu’il se borne à filmer toute l’action depuis l’intérieur du tank. Hormis le début et la fin, jamais nous ne sortirons de ces quelques mètres carrés. C’est certainement l’élément le plus audacieux et le plus réussi du film : décrire, via la mise en scène, l’environnement extrêmement exigu et oppressant du tank, qui n’est en fait qu’une boîte de métal sans aucun confort. Les soldats n’ont à disposition qu’un sac de croûtons de soupe pour leur repas. Ils urinent dans ce qui ressemble à un boîte à outils métallique. Le confinement, sur toute la durée du film, donne un sentiment grandissant de claustrophobie qui contamine peu à peu le spectateur. L’intérieur du tank est une sorte d’alliance entre le métal patiné (design lowtech d’un véhicule utilitaire qui ne s’embarrasse pas de faire dans l’esthétique) et les fluides corporels comme l’urine ou le sang. Il y a constamment une flaque d’eau sur le sol où les fumeurs déposent leur mégot. A travers ces multiples détails, on sent que cette espèce de cocon de fer a marqué profondément l’auteur. Suite à un incident, la réserve de croûtons explose et tout l’intérieur du tank se retrouve maculé de petits bouts de pain humides. Le tank devient alors une une espèce de grotte surréaliste et dégoûtante, qui rappelle les expérimentations biomécaniques du suisse H.R. Giger.

Les indices de ce qui se passe dehors sont maigres. Seuls le tireur et le conducteur peuvent voir à travers une petite lunette une partie très limitée de l’extérieur. Le concept atteint d’ailleurs là ces limites car le viseur sert plus de caméra que de viseur. Ainsi tous les plans « clés » des scènes extérieures sont correctement cadrées. Les panoramiques sont toujours faits avec précision, ce qui est incohérent avec la panique du tireur. Tout ce que l’on voit dans le viseur est « trop » mis en scène pour que ça puisse rester crédible. Samuel Maoz a attendu plus de vingt ans avant de pouvoir s’exprimer cinématographiquement sur le sujet.  Si Lebanon a agi comme une catharsis sur son auteur, il n’apporte cependant rien de fondamental au film de guerre, insistant un peu trop sur des images symboliques : le vieux joueur d’échec hébété en face de son opposant mort d’une balle dans la tête, le zoom lent sur un âne, agonisant les tripes à l’air. La guerre est atroce pour les innocents, semble nous dire naïvement Maoz…

Il faut donc voir le film simplement comme le récit d’une expérience personnelle. De l’extérieur on ne verra donc que quelques morceaux épars. De l’intérieur, le metteur en scène multiplient les gros plans extrêmes sur les visages fatigués, sales et terrorisés des soldats. Cette absence de perspective rend l’expérience plutôt frustrante mais sans doute au plus proche de la réalité.  Le film se concentre sur ces quatre personnages, et développe leurs relations et leurs réactions par rapport à la violence des évéments. Ils doivent tirer sur des terroristes qui ont pris des civils en otage, ils doivent évacuer un cadavre ou garder un prisonnier syrien à l’intérieur du tank. Autant de situations qui augmentent la tension entre les hommes, et finissent par transformer les personnalités. On aurait néanmoins aimé que Samuel Maoz approfondisse le côté psychologique. En entretien, il parle volontier d’une transition. Si les premiers jours d’une expérience de guerre se font dans la confusion, le traumatisme et la peur (le sujet du film), les jours d’après, l’homme retrouve son instinct de survie et change de comportement afin de s’adapter à son nouvel environnement.  Mais ceci le film ne l’aborde pas.

Le film est disponible en dvd VOST en France et en blu-ray en Angleterre avec sous-titres anglais.



A propos de Jérôme

toute-puissance mégalomaniaque, oeil de Sauron, assoiffé de pouvoir et d’argent, Jérôme est le father de big brother, unique et multiple à la fois, indivisible et multitude, doué d’ubiquité. Il contrôle Cinétrange, en manipulant l’âme des rédacteurs comme des marionnettes de chiffons. Passionné de guerre, il collectionne les fusils mitrailleurs. Le famas français occupe une place d’exception dans son coeur. C’est aussi un père aimant et un scientifique spécialisé dans les nouvelles technologies de l’information. Pour faire tout cela, il a huit doppel gangers, dont deux maléfiques. Il habite au centre du monde, c’est-à-dire près de Colmar.

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