Gérardmer 2011, épisode 1

Pour sa dix-huitième édition, le festival de Gérardmer continue sur sa lancée, perpétuant ses habitudes, bonnes comme mauvaises.
Bonnes, avec une programmation toujours alléchante, lorgnant et piochant sans vergogne dans les autres festivals du genre, et des rétrospectives certes succinctes mais bien pensées, et permettant de (re)voir sur grand écran quelques incontournables.
Mauvaises, avec une organisation et une gestion des Pass et entrées toujours aussi anarchiques, faisant qu’il était mathématiquement impossible de voir plus de 4 films dans la journée du samedi (celle avec la plus forte fréquentation). Résultat pour votre serviteur, l’obligation de se rabattre régulièrement vers le bar le plus proche (on a pas des vies faciles…) afin de prendre quelques notes en préparation de cette review, en conséquence forcément incomplète. Je n’ai ainsi pas pu voir trois films étant en compétition, et pas des moindres: The Loved Ones, The Troll Hunter, et le grand primés Bedevilled.
Mais qu’importe.
On enfile la doudoune et le passe-montagne, direction la « perle des Vosges »!

Compétition Officielle

Devil de John Erick Dowdle

cinq personnes se retrouvent coincées dans un ascenseur, et ainsi que la voix-off nous l’a judicieusement introduit, l’une d’elles est le diable. Sous quelle forme se cache-t-il? Qui  sera le prochain a subir sa punition? Co-écrit et produit par M. Night Shyamalan, le film porte réellement la marque du monsieur: un concept de départ solide digne d’un Larry Cohen, une intrigue plutôt bien ficelée, mais qui malheureusement se dégonfle bien vite une fois le twist éventé.

Et le problème, c’est qu’ici, en fait de twist, et parce qu’après tout, tant qu’à tuer cinq pélerins, autant que leurs morts apportent quelques chose, on accumule les rebondissements les plus éculés (Oh, le pauvre animal perdu dans un coin super dangereux, allons l’aider! Oh, un câble électrique qui traine dans l’eau…) au point que le spectateur ne s’étonne plus de rien, et que le twist final (bien mal amené) est accueilli avec un ennui poli. Pour couronner le tout, l’interprétation n’est pas géniale, peu aidée par une caractérisation à la serpe, et la fin, dans la droite lignée du préchi-précha que nous assène régulièrement Shyamalan, est d’un moralisme pachydermique, digne d’une vieille grenouille de bénitier, particulièrement déplaisant.
La réalisation de Dowdle (qui avait commis l’an dernier l’inutile remake Quarantine) est sans éclat, fait preuve du même manque de finesse que le scénario, les meurtres sont tous commis hors champ ou dans le noir, et il ne reste guère comme idée à relever que le vertigineux générique de début. Maigre.
Bref, si les critiques américains sont bien méchant de tirer à vue sur tout ce que fait Shyamalan, ce n’est pas avec ce film que celui-ci va se racheter une virginité.

Dream Home de Pang Ho-Cheung

Le cinéma hong-kongais n’est pas mort, il bande encore! La preuve en est ce film « catégorie 3 » gentillet  (pour un cat.3, j’entends), qui répond pleinement au cahier des charges du genre: Du gore grandguignolesque, du sexe, un humour potache , le tout enrobant un fond de satire sociale loin d’être innocent. Ou comment la crise de l’immobilier à Hong-Kong pousse une demoiselle rêvant d’un appartement hors de prix à la folie meurtrière…
Un Hong-Kong que Pang Ho-Cheung filme avec une esthétique de macrophotographie, comme une fourmillière anarchique, surpeuplée, où les nantis et les plus miséreux se croisent et s’ignorent mutuellement, où l’humain est cassé, nié. Où tous se mentent, se trompent, se manipulent (il faut voir la manière dont sont représentés les couples et plus généralement les relations hommes-femmes dans ce film…). Un Hong-Kong écrasé par sa propre réussite, par son statut d’Eldorado dans un sud-est asiatique lui-même en pleine explosion.

Le film se permet également au travers de flashbacks, de montrer l’évolution de l’ex-colonie, en même temps que le parcours de son héroïne, de ce qui l’amène à tuer. Des flashbacks qui entrecoupent les séquences de meurtres (celles-ci étant contenu dans un seul raid nocturne de notre (anti)héroïne), les dilatant ainsi sur toute la durée du film, et relançant ainsi fréquemment le rythme. Une technique certes un peu artificielle et offrant des ruptures de ton assez périlleuses, mais qui nous permet de profiter pleinement des divers saillies gore que se permet le film. Et il y en a, le sadisme de certains meurtres se confondant avec l’outrance de grandes giclées de sang et l’originalité de certaine mise à mort, et ce sans se départir d’un humour noir bien sale et d’un mauvais goût pleinement assumé. La maitrise technique de ces scènes d’action restant de plus tout aussi appréciable que les scènes plus calmes, avec dans les deux cas un jeu sur les espaces particulièrement réussi.
Un film réjouissant, immoral, jamais innocent, et qui, une fois encore, en dit autant si ce n’est plus sur la socièté qu’il décrit qu’un quelconque film d’auteur pseudo-revendicatif et mou du genou.

Mirages de Talal Selhami

Un film de genre marocain. Vous en connaissez beaucoup, vous? Un bel effort, donc, mais qui pâtit pleinement des maladresses d’un cinéma balbutiant, des erreurs d’un premier film, et d’un budget qu’on devine très limité.  Le début fait très peur à ce titre, avec une présentation des personnages qui, dans la manière de filmer, le grain de l’image et les dialogues bateaux, semble digne d’un Plus Belle La Vie casaoui…
La suite tend heureusement à nous donner tort, tant, dès que l’intrigue démarre (Cinq cadres marcocains qui, en guise d’entretien d’embauche au sein d’une multinationale, se retrouvent abandonnés dans le désert) , l’investissement des acteurs se ressentant, et les quelques scènes oniriques (oui, mirages il y a) faisant leur effet.

Seulement, si Selhami utilise pleinement, et à raison, de ces superbes paysages désertiques, ainsi que des antagonismes de personnages malheureusement pour trop archétypaux, il peine à réellement faire avancer son récit, étirant les discussions, rajoutant d’inutiles péripéties qui amènent avec elles autant de trous scénaristiques (une carabine sortie de nulle-part…), et finit par donner l’impression que l’ heure quarante-cinq que dure son film en fait le double.
Rien de bien honteux toutefois, l’investissement de chacun se ressentant et excusant beaucoup de choses. Et puis jouer ainsi sur le fait que le film soit marocain tout en lorgnant sur les autres cinéma, sur la socièté occidentale, sans travestir ni parodier aucune de ces deux cultures, c’est déjà pas mal, et signe que, si on lui donne un scénario autrement mieux ficelé et un budget digne de ce nom (qui lui permettrait dans un premier temps d’abandonner la caméra portée…), Selhami pourrait être capable de très belles choses à l’avenir.

La suite, très bientôt.

0 commentaires sur “Gérardmer 2011, épisode 1”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *