Etranges nuits rouges (entretien)

Une journée de l’étrange festival de Strasbourg fut consacrée aux bourreaux Julien Carbon et Laurent Courtiaud, expatriés à Hong-Kong, et qui se sont déplacés dans la capitale mondiale de la choucroute pour présenter leur film : les nuits rouges du bourreau de Jade.

A Hong-Kong, plusieurs femmes se disputent le crâne du bourreau de jade, contenant un antique poison aux caractéristiques mythiques. Entre tractations financières et menaces armées, c’est la plus maligne et la plus perverse qui gagnera.

De l’aveu des réalisateurs, c’est une oeuvre qui leur ressemble, et vue l’érudition des deux bonhommes dans bien des domaines, le film est assez complexe et plutôt bizarre.  Les nuits rouges… est bien sûr référentiel mais l’oeuvre reste basée sur ce que voulaient raconter les deux scénaristes, une intrigue de luttes de pouvoir entre femmes à la lisière du fantastique. En d’autres termes, on évite l’habituel effet kiss cool des jeunes réalisateurs cinéphiles qui nous resservent des plans déjà vus.

Le film est qualifié de « thriller fétichiste », une bonne définition puisque toutes les images ou presque passent par l’objet. Les costumes, le verre, le coffret, les instruments de torture, les « griffes » de Carrie, le Dry Martini… Une liste longue comme le bras d’accessoires qui évoquent à chaque fois une sensation. La photographie rouge et noir d’un Hong-Kong underground caresse la rétine, un ongle tranchant sous la plante des pieds provoque des frissons, et la musique de Seppuku Paradigm (électro avec des notes sixties/seventies) finit de nous plonger dans une atmosphère suave.

Si l’univers se tient, la narration est un peu plus chaotique. Les ruptures de ton sont nombreuses. Parfois, on a l’impression d’avancer en terrain connu (un polar à suspense) et tout à coup, on se retrouve dans le repère d’une dominatrice adepte du bondage ! Il n’y pas vraiment de personnage principal. On suit le destin de l’une ou l’autre femme à tour de rôle, même si c’est finalement la « méchante » Carrie qui semble la plus mise en valeur. La progression de l’intrigue n’est donc pas linéaire et l’on flotte d’une scène à l’autre lors de lents travellings. On regrettera que le personnage de la française (interprétée par Frédérique Bel) et notamment l’histoire avec son mari soient un peu bancals et ne servent pas à grand chose au final, si ce n’est à véhiculer une image « cool » de femme fatale avec imperméable et mauser.

Les deux auteurs ont pondu un œuf,  fruit mutant né de leur intégration à Hong-Kong et d’une ingestion massive de culture populaire franco-asiatique. Interdit aux moins de 16 ans, le film va parfois loin dans le gore et dans l’érotisme, allant jusqu’à développer une imagerie bdsm que l’on ne voit guère au cinéma. Le film sort le 27 avril dans les salles françaises.

A l’occasion de leur venue, nous avons interrogé Laurent Courtiaud et Julien Carbon. Ils évoquent le film mais aussi leurs travaux avec Tsui Hark et l’état actuel du cinéma hong-kongais.

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