Robot / Endhiran / Enthiran 2


Quand l’Inde se met à faire des films SF, il est certain que des oeuvres majeures du genre (et notamment les blockbusters US) vont être réutilisées et remixées. Eparpillés ça et là, on retrouve des morceaux de I, Robot et Terminator et Robocop et surtout beaucoup de Matrix pour les séquences d’action (pliage de voitures, combat avec des dizaines de clones). Mais même si l’on cite Asimov et s’il y a de la tôle froissée en pagaille, les indiens restent les seuls à pouvoir intégrer au beau milieu d’un film high-tech, une scène avec des aztèques bariolés qui se trémoussent au sommet du machu picchu.

Malgré le buzz du film, son énorme succès au box-office, la participation du studio américain Stan Winston pour les effets spéciaux, Endhiran reste un film traditionnel de Bollywood avec son triangle amoureux, sa scène de mariage obligatoire et ses chorégraphies hallucinantes. En fait, le film est plutôt de Kollywood, c’est-à-dire produit dans la région du Chennai où l’on parle Tamoul. Au casting, on retrouve « Superstar Rajni » (un surnom façon Love Symbol de Prince) aka Raknikanth qui interprétait déjà le classique et fameux Muthu en 1995.  Alors qu’Hollywood préfère les beaux jeunes hommes pour être les héros de blockbuster, les indiens préfèrent les soixantenaires. Et ça ne les empêche pas non plus de donner au professeur Aishwarya Rai comme compagne. La plus belle femme de l’univers a quand même 25 ans de moins que lui. L’androïde, à l’image de son créateur, ressemble donc plus à un Elvis Presley indien chevelu qu’à un Keanu Reeves ou même un Schwarzenegger.

Le professeur Vaseegaran parvient à construire un robot révolutionnaire, aussi puissant que cent hommes. Rendez-vous compte : 1 terahertz de vitesse et 1 zétaoctet de mémoire. La première partie du film tient de la comédie et montre l’apprentissage du robot. Evidemment, il peut tout faire : cuisine, ménage, calcul scientifique, recherche d’informations. Et tel un super héros, il élimine la racaille en faisant du kung-fou-fou.C’est l’occasion de pousser la chansonnette une première fois dans un incroyable décors de points d’eau serpentant entre des dunes de sable blanc. Que quelqu’un me dise où se trouve cet endroit !

Après avoir reçu la foudre sur la tête, le robot possède soudain des émotions, dont il était privé jusque là. Il tombe amoureux de Sana, la femme de son créateur.  Le professeur Vasee veut que sa créature soit validée par l’armée, mais le robot est trop fleur bleue. Jaloux et déçu, Vasee se fâche et détruit le robot dans une scène effrayante et violente où il le démembre à coups de hache avant de le défigurer et le décapiter. Jeté aux ordures, Chitti se réanime façon « robot zombie », aidé par l’ancien mentor de Vasee. Ce dernier lui insère une puce rouge et le transforme en robot maléfique incontrôlable. Il se créé des clones pour lever une armée, rafler la belle et anéantir son créateur. En passant, il compte bien engrosser Sana et offrir au monde le premier bébé mi-humain mi-robot. Mais what ! Le délire de toute-puissance de l’empereur artificiel donne lieu à une belle chorégraphie dont le thème serait découpages en papier aluminium, kitsch et éclairages mauves. A voir aussi pour les lions robots visiblement joués par des hommes dans un costume !

Endhiran contient son lot de scènes what the fuck. Ca commence doucement avec une mémorable baston dans un train rappelant la castagne de Neo contre les dizaines de Mister Smith, mais en beaucoup plus fou. Puis, alors qu’un gigantesque incendie a lieu, Chitti (c’est le prénom du robot, au fait) sauve quelques prisonniers des flammes. Parmi eux, une jeune fille est coincée nue dans sa baignoire. Chitti la sauve mais ne prend pas la peine de la couvrir.  Déjà, le film met de la mosaïque sur le moindre bout de chair découvert. Ensuite, morte de honte d’être nue dans la rue, la fille s’enfuit et se fait écraser par un camion ! Visiblement, la nudité semble être un réel déshonneur, tant et si bien qu’il vaut mieux crever que d’être sauvée à poil. Au rayon différences culturelles, on notera aussi quelques débordements gores que l’on voit rarement dans les blockbusters bien d’chez nous : le méchant robot broie la tête de Bora entre ses deux mains comme s’il éclatait un ballon de baudruche.

Les délirantes scènes d’action valent le détour même si parfois les effets spéciaux numériques ont un peu de mal à suivre. Le grand final relègue les bastons de Matrix à des chamailleries. De même, la poursuite en voiture aligne des cascades hallucinantes de complexité. Les clones de Chitti s’assemblent en faisant des formes géométriques et finissent par devenir un robot géant dans la pure tradition des films de monstres japonais. Il balance des hélicos d’un revers de main, il évite des rafales de missiles et se transforme en cobra digérant les véhicules avant de les régurgiter en pièces détachées. Le spectacle est donc total et je ne vous parle pas de la scène où Chitti aide une femme à accoucher en lui écartant les os du pelvis.

Si le dvd peut être trouvé assez facilement, le blu-ray est plus difficile à dénicher. Vu le succès du film, même sa distribution en salles a provoqué de nombreux procès. Les droits dvd et blu-ray sont vendus séparément et à des prix vertigineux, si bien que personne ne veut sortir le film. Cependant, il est disponible chez l’éditeur Reliance Home Video. Bizarrement personne n’en parle sur les forums spécialisés. Niveau image, la copie est très belle, tellement chatoyante que la scène du Machu Picchu fait mal aux yeux. La piste DTS Master Audio a été mal mixée par contre (les dialogues sont trop mis en avant). Il faudra se rabattre sur la piste Dolby Digital pour avoir quelque chose de potable. Il y a des sous-titres anglais mais pas sur les chansons; dommage. J’ai trouvé le blu-ray chez Bombay Home Theater mais il ne semble plus au catalogue à présent…


A propos de Jérôme

toute-puissance mégalomaniaque, oeil de Sauron, assoiffé de pouvoir et d’argent, Jérôme est le father de big brother, unique et multiple à la fois, indivisible et multitude, doué d’ubiquité. Il contrôle Cinétrange, en manipulant l’âme des rédacteurs comme des marionnettes de chiffons. Passionné de guerre, il collectionne les fusils mitrailleurs. Le famas français occupe une place d’exception dans son coeur. C’est aussi un père aimant et un scientifique spécialisé dans les nouvelles technologies de l’information. Pour faire tout cela, il a huit doppel gangers, dont deux maléfiques. Il habite au centre du monde, c’est-à-dire près de Colmar.


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2 commentaires sur “Robot / Endhiran / Enthiran

  • Léo

    « un incroyable décors de points d’eau serpentant entre des dunes de sable blanc. Que quelqu’un me dise où se trouve cet endroit ! »

    C’est le Parque dos Lençois, dans le Maranhão, au nord du Brésil.
    Les Indiens boudent la Suisse ? Damned !

  • Jerome

    Merci ! Je ne connaissais pas du tout. C’est stupéflip comme endroit.
    Moins d’alpages, moins de châteaux écossais. C’est aussi bien de changer un peu.