The prodigies


Adolescent, Jimbo est interné dans un asile psychiatrique. Il s’accuse d’avoir tué ses parents alors que ces derniers, enclins à la violence, ont tout l’air de s’être entre tués.  Il fait alors la connaissance d’un professeur qui étudie les enfants surdoués et qui va l’aider à contrôler son pouvoir psychique.

Des années plus tard, Jimbo voit apparaître cinq nouveaux « enfants rois » dotés de capacités hors-normes. Il va tenter de les réunir pour leur enseigner ce que le professeur lui a appris et ainsi les protéger d’eux-mêmes.

Parent proche d’un Akira ou d’un X-Men, The prodigies évoque les conséquences fâcheuses d’un super-pouvoir entre les mains d’adolescents rebelles. Il s’agit bien entendu d’une énième allégorie sur l’adolescence, du passage délicat à l’âge adulte. Les jeunes prodiges ne sont pas spécialement aidés car leurs parents sont eux-mêmes agressifs, sans retenue ni équilibre.

Malgré ce que laissent penser la bande-annonce et les photos promo, le film prend le pari risqué de ne pas donner dans la surenchère d’action spectaculaire. En cela, il constitue un anti-Akira. Car la leçon de l’histoire est que le plus grand des pouvoirs est de ne pas servir du pouvoir. Le concept est forcément frustrant. Un peu comme si Spiderman et Batman décidaient de ranger leurs costumes et accessoires afin d’être en accord avec la morale des humains « normaux ». Il n’y aurait donc pas d’hallucinantes scènes d’action, ni de poussées de violence jouissives et inoffensives (ce n’est qu’un blockbuster US, on a le droit de tuer plein de méchants). The prodigies se place donc dans un contexte bien plus proche de la réalité. Jimbo doit faire d’énormes efforts pour ne pas laisser exploser sa colère et son pouvoir. Même si ses proches ou sa propre vie sont menacés. Frustrant, cet altruisme masochiste est aussi source d’une tension extrême lors de la dantesque scène finale.

Les super héros américains ont toujours un über-méchant contre eux, ce qui leur permet d’utiliser leurs pouvoirs et contenter ainsi les spectateurs. La violence y est manichéenne. Ici, malgré le côté fantastique, on s’accroche au réel. Il vaut mieux cacher le pouvoir, ne pas l’utiliser, même s’il en coûte de grandes injustices. Contrairement aux films de super-héros, il n’y a donc pas de méchant à proprement parlé. La violence émane néanmoins des enfants. La source de leurs agissements violents est une réplique directe à leur contexte familial mais aussi à une agression dont sont victimes les cinq jeunes. Le viol y est évoqué de manière glauque, impliquant un voyeurisme malsain avec le voyou qui filme la scène avec son téléphone portable.  Incompris de tous, les enfants entreprennent une vendetta visant tous les personnages ayant participé de près ou de loin à leur mal-être. Pour passer à l’attaque, le club a le pouvoir de contrôler le corps des gens comme des marionnettes, ce qui donne lieu à des scènes de baston surréalistes. Plusieurs séquences montrent également la violence telle qu’elle est vécue mentalement par les prodiges, transformant de manière stylisée et monochrome les agresseurs en monstres enragés ultra violents.

L’univers visuel est assez étrange. Les décors sont stylisés mais pas trop. Les personnages sont réalistes mais pas trop. Si la motion capture est utilisée et donne aux mouvements un look parfois « humain », les textures des visages et des cheveux sont plutôt lisses. Cela donne au final un visuel de BD/comic animé. Le film est en 3D-3D. C’est-à-dire qu’il a été conçu en images de synthèse et s’autorise quelques mouvements de caméra aériens un peu inutiles. Le film est aussi en 3D relief, avec les lunettes, dans les salles équipées. Excepté quelques rares plans, le relief ne sert à rien.  Le film ne paraît pas particulièrement avoir été conçu dans cette optique…

Même s’il fait preuve de courage dans son propos et sa forme, le film n’est pas un chef d’œuvre. Le rythme du récit est régulièrement cassé par ces extraits d’American Genius, émission à laquelle participent les enfants. L’intrigue est un peu bancale; les enfants se retrouvent trop rapidement et trop facilement à la Maison Blanche en train de faire joujou avec l’arsenal nucléaire ! On a du mal à éprouver quelque empathie pour ces enfants car ils disposent d’expressions limitées au niveau du visage (contrairement à Jimbo et sa femme). Cela leur donne un aspect « robot » certes menaçant mais jamais très humain. De plus, sur les cinq personnages, seuls deux sont développés, les autres faisant uniquement acte de présence. Cependant The Prodigies propose suffisamment de choses originales pour que l’on s’y intéresse. Il se démarque clairement du tout-venant fantastique/SF habituellement calibré pour les ados.

The prodigies est un film français d’Antoine Charreyron, avec des participants belges, canadiens, luxembourgeois et une pelleté d’indiens à l’animation. Ca sort le 8 juin 2011 dans les salles.


A propos de Jérôme

toute-puissance mégalomaniaque, oeil de Sauron, assoiffé de pouvoir et d’argent, Jérôme est le father de big brother, unique et multiple à la fois, indivisible et multitude, doué d’ubiquité. Il contrôle Cinétrange, en manipulant l’âme des rédacteurs comme des marionnettes de chiffons. Passionné de guerre, il collectionne les fusils mitrailleurs. Le famas français occupe une place d’exception dans son coeur. C’est aussi un père aimant et un scientifique spécialisé dans les nouvelles technologies de l’information. Pour faire tout cela, il a huit doppel gangers, dont deux maléfiques. Il habite au centre du monde, c’est-à-dire près de Colmar.

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