Killer klowns from outer space


Rappelez-vous (enfin pour les plus vieux d’entre vous) aux alentours de septembre 86, le 10 pour être exact (merci allociné !). Des petites boules poilues débarquèrent de l’espace pour tout ravager sur leur passage. Fruit de l’imagination débordante de Stephen, Charles et Edward Chiodo,  les Critters firent sensation dans le petit monde des effets spéciaux. La médiocrité du long métrage du faiseur Stephen Herek est largement compensée par  le look d’enfer de ces créatures, cousins dégénérés des Gremlins et par une animation énergique et efficace.

Deux ans plus tard, les frangins, pensant que l’on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, décident de passer derrière la caméra. Je ne sais quel psychotrope ou substance illicite ils ont consommé mais ils ont pondu une des histoires les plus absurdes de l’histoire du septième art. Le clown tueur est une figure « emblématique » du cinéma de genre. De Ça à Clownhouse en passant par Le clown de l’horreur, il renvoie à toute une panoplie de boogeyman et réactive habilement dans le cadre du slasher, nos peurs enfantines. En revanche, c’est bien la première fois de l’histoire du cinéma que des scénaristes imaginent un concept aussi frappadingue : des clowns tueurs qui viennent de l’espace. Une fois n’est pas coutume, le titre parle de lui-même et ne ment pas sur la marchandise.

Un jeune couple frisant le crétinisme flirte dans leur voiture et observe les étoiles filantes. Mon dieu que c’est romantique ! L’une de ses étoiles s’écrase en pleine cambrousse. Intrigués, les deux tourtereaux  se rendent sur les lieux et découvrent un joli chapiteau lumineux en guise de vaisseaux spatial. Evidemment ce vaisseau singulier abrite des clowns extra-terrestres aux intentions bellicistes.

L’idée est sensationnelle. Le traitement, classique, s’inscrit dans la lignée des films de SF paranoïaques des années 50. Très référentiel et bourré de clin d’œil plus ou moins subtil, The killers klown ravive les souvenirs émus des Invaders from mars, La guerre des mondes ou encore Le météore de la nuit. C’est peut-être là que le bât blesse. Les frères Chiodo sont de piètres scénaristes et l’intrigue ne se démarque pas de la facture conventionnelle de leurs aînés. Les personnages sont des stéréotypes ambulants : flic réac (le vétéran John Vernon seul comédien connu qui tourna jadis avec Hitchcock, Scola, Boorman et Siegel), jeunes abrutis décérébrés, duo de comiques de services sortid’un film d’Abbot et Costello, vieux paysan alcoolique sont les protagonistes d’un récit chaotique au montage foireux (des faux raccords très Z). De plus, les enjeux sont minimes et les dialogues particulièrement ringards (savoureux au 15ème degré).

Mais passé un prologue pénible, le charme opère et l’on suit avec plaisir l’attaque de ces clowns au look assez malsain. Tourné en une trentaine de jours pour la somme modique de 2 millions de dollars, The killer klowns from outer space est une petite série B jouissive et perverse qui compense son rythme indolent par des effets spéciaux inventifs et crédibles en regard du budget initial. Les clowns ne sont pas des acteurs grimés mais de véritables monstres aux faciès inquiétants. L’imagination des Chiodos se déploie dans les séquences chocs : Une horde de chiens fabriquée avec des ballons gonflables, une ombre chinoise qui prend la forme d’un dinosaure, des pop-corn  qui se transforment en critters-clowns voraces, des pistolets lasers qui lancent de la barbapapa autour des victimes et un final délirant  avec un « godziclowns » où les Chiodos rendent un hommage émouvant aux films d’Inoshiro Honda.

La mise en scène, sans grand relief,  est rehaussée grâce à une photographie toute en contraste et filtres divers et des décors colorés et démesurés, entre psychédélisme et sucreries  enfantines. L’intérieur du vaisseau, sommet de créativité en matière de design et perspective, rappelle étrangement l’univers esthétique des  5 doigts du docteur T de Roy Rowland, film culte d’un certain Tim Burton qui travailla avec les Chiodo sur Vincent et Pee-wee.

Une suite des aventures de nos clowns tueurs serait en préparation. Et marquerait le retour des frangins derrière la caméra même si officiellement c’est Stephen le réalisateur.  On croise les doigts.

(USA-1988) de Stephen Chiodo avec : Grant Cramer, Suzanne Snyder and John Allen Nelson

DVD édité par MGM. Format: 1.85 (16/9 compatible 4/3). Audio: Français, Anglais. Sous-titre : Français. Pas de bonus. 


A propos de Manu

Docteur ès cinéma bis, Manu est un cinévore. Il a tout vu. Sorte d'Alain Petit mais en plus jeune, son savoir encyclopédique parle aux connaisseurs de films méconnus. Il habite près de Montpellier où il peut observer la faune locale : le collectif School’s out, l’éditeur le chat qui fume et l’éditeur Artus Films. Avec son air d’Udo Kier, il n’est pas exclu qu’on le retrouve dans une production de genre.

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