Court-métrange 2011

Pour les amateurs de bizarreries, le festival Courtmétrange est devenu un rendez-vous régulier et indispensable. Je vous propose de passer en revue les films qui ont gagné un prix pour cette édition 2011.

Le prix « Métrange sonore » a été attribué à Le vivier de Sylvia Guillet. Dans une sorte de manoir bourgeois, une femme se cache. Elle ne répond pas aux visiteurs. Et pour cause, elle tient son mari captif dans une chambre à l’étage. Celui-ci est victime d’une curieuse maladie de la peau…

Joliment photographié, le film n’abat pas toutes ses cartes tout de suite. On pense d’abord à un élégant film d’auteur avant de progressivement découvrir des choses inquiétantes voire dégoûtantes. Servie par des effets spéciaux marquant l’esprit, la chute est monumentale et je ne la révélerai pas ici. Récit quelque peu kafkaïen, la réalisatrice a aussi confectionné une belle atmosphère nous rappelant les transformations de la chair, chères à David Cronenberg.

Dans un registre plus rigolo et aussi plus trash, Judas et Jésus est une petite perle d’animation qui a gagné le « Métrange Jury » . Sur le fond, il n’est pas très novateur. On nous dépeint une caricature des deux frères ennemis comme on les imagine : Jésus est sage et innocent. Il porte la bonne parole à ses prochains. Judas est une sorte de punk décadent, occupé à forniquer, fumer, et à faire le mal partout où il passe. Le scénario reprend parfois les concepts de La vie de Brian des Monty Python, pour le détournement du nouveau testament, ou La dernière tentation du Christ, de Scorcese, pour le discours autour de Marie Madeleine. Désirs et pulsions sexuels sont également un des thèmes principaux du film. Les auteurs semblent nous dire qu’ils ont été les piliers de la culture judéo-chrétienne !

 

Tout ceci serait un peu insipide si le concept du film n’était pas de faire de Jésus et Judas des espèces de chèvres ! Le tout devient très joli grâce des graphismes très sexy. Ca ressemble à du Tex Avery remixé sauce trash : des gags à la mitrailleuse, une esthétique dynamique et un goût communicatif pour le blasphème. Derrière ce court impertinent se cache bien sûr une critique de la société de consommation et de l’hypocrisie ambiante. Personne n’y est épargné. Ni Jésus, ni Judas.

Le film peut être acheté en dvd : 

 

Labyrinth within, « métrange spécial du jury », est un film où la danse remplace le dialogue. Le postulat de départ est simple et déjà vu : au bureau, un homme téléphone chez lui pour joindre sa femme. Elle ne répond pas car elle a une aventure avec son amant. Le mari le découvre, s’ensuit une dispute, une réconciliation éventuelle. Cette base sert en fait à Pontus Lidberg, chorégraphe suédois de renommée internationale, à exécuter un traitement original. Le décor d’abord : il s’agit d’un appartement à la décoration très sobre, dans lequel s’enchaînent plusieurs pièces. Dans une pièce, on trouve une porte secrète, qui mène vers une autre chambre, lieu du délit. Ce labyrinthe topologique fait écho à un labyrinthe plus psychologique qui nous est révélé lors de la chute.

Ensuite, le gros morceau du film concerne bien entendu la chorégraphie. Il n’y a pas de dialogue et tout passe par le langage du corps. Les danseurs parviennent à « jouer », à traduire les sentiments et les émotions des personnages, à travers les mouvements et le corps, peut-être même mieux qu’avec la parole.

L’adultère étant le sujet, une chorégraphie complète est dédiée au désir, et à l’acte sexuel sans toutefois le montrer. Tout est dans la suggestion et la chorégraphie fait ressortir l’érotisme latent avec une intensité décuplée. La mise en scène participe également à la danse, grâce à des mouvements de caméra amples, presque comme si le cadreur était un troisième danseur. En bref, une belle réussite qui combine deux arts pas facile à marier.

Le « Métrange Beaumarchais » a été remis à L’accordeur, que nous avions déjà évoqué lors du festival de Puteaux.

Le « Métrange du format court » a été attribué au film Danny Boy  de Marek Skrobecki.

Enfin, le « Métrange animé » a été décerné à Pixels, de Patrick Jean, qui avait fait grand buzz lors de sa sortie.

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