Echap, de Trent et Dist + Little Deaths, de Sean Hogan, Andrew Parkinson et Simon Rumley

Toujours en retards, jamais à l’heure, on dira que certains rédacteurs de Cinétrange sont des feignasses qui devraient se payer un putain de calendrier pour cocher chaque date de sortie des dvd qu’ils reçoivent (bordel !). Ne nous jugez pas (ne me jugez pas), il est vrai que Patrick Cauvin a dit qu’être en retard est le signe d’une âme négligente, mais Henri Jeanson a aussi dit qu’être à l’heure signifie être obsédé. Cela dit, si vous ne venez pas, vous avez intérêt à être mort, sinon vous êtes con. Mon bon esprit m’échappe, il est donc venu le temps de parler films, avec les sorties direct en dvd (depuis plus d’un mois) chez l’éditeur Emilya des films Echap et Little Deaths.

Le premier est un long-métrage français réalisé par deux potes : Trent, journaliste cinéma, et Dist, réalisateur de films porno. Le film se déroule dans une maison au lendemain d’un enterrement de vie de jeune fille, cinq copines veulent passer un week-end ensemble et s’occupent comme elles peuvent : piscine, session Chatroulette, ou encore séance de spiritisme. Et c’est bien sûr lors de cette dernière occupation que le week-end se barre en cacahuètes. Un ancien camarade de classe entre en contact avec les jeunes femmes et s’amuse à utiliser divers outils technologiques pour jouer avec elles. Mais « dans certains cas, la touche Echap ne sert plus à rien… »

Ecrit en juillet 2010, tourné en Lorraine en août 2010 sur moins d’une semaine avec des actrices provenant de milieux divers (la télévision, la musique, le porno) et un budget d’environ 1500€, évidemment Echap transpire l’amateurisme, mais ses réalisateurs ont plusieurs mérites : se lancer dans un projet en disant merde aux financeurs, le préparer aussitôt qu’il est écrit pour éviter de le ranger dans un tiroir et l’oublier, rester fidèle à son délire au risque de faire chier le monde. C’est vrai que c’est pas toujours bien foutu, loin de là, mais Echap possède cet enthousiasme rare (dont le récent Donoma de Djinn Carrenard a réussi à communiquer avec brio), ce désir jouissif de liberté qui fait qu’il est difficile de pouvoir cracher sur un film pareil malgré ses nombreux défauts.

L’amour cinéaste/journaliste cinéma.

En effet, si Echap a le mérite de motiver les troupes, on peut lui reprocher un scénario très bancal, malgré une certaine originalité, des actrices qui n’ont pas toujours l’air d’être en phase avec leurs personnages, quelques longueurs lors des séquences autour de la table servant à la séance de spiritisme, des dialogues un peu fades, des scènes « d’action » pour le moins molles et des expérimentations visuelles ou sonores qui demeurent très intéressantes pour la plupart (l’idée de couper le son lors d’une scène de viol, les séquences de couloir) ou qui semblent parfois ne rien apporter au film (la répétition d’une séquence entre deux actrices, par exemple). Il est inutile de débattre sur le casting, dont une partie provient de l’industrie du porno ; débattre là-dessus reviendrait au même que de débattre sur l’intérêt d’un film de Russ Meyer. Comme le disent les réalisateurs eux-mêmes, Echap est un « film de vacances », qui s’amuse, ose quelques expérimentations, quelques conneries et qui, au moins, ne vient pas nous souler avec une cinquantaine de références ; le film ne se prend pas pour plus qu’il n’est et il serait peut-être exagéré de le prendre pour encore moins…

Le deuxième film dont il est question ici est un tryptique britannique portant un regard sur le sexe, les vices, la mort… Le première partie, réalisée par Sean Hogan, est titrée House and Home et présente un couple de bourgeois qui a l’habitude d’accueillir de « bon cœur » des jeunes filles à la rue pour leur faire passer une soirée plus classe en leur donnant à manger, à boire, un bain… Seulement, la véritable intention du couple est bien sûr plus perverse qu’on ne le croit. Mais lors d’une soirée avec une jeune SDF, les choses prennent une direction pour la moins surprenante… La deuxième partie de Little Deaths est réalisée par Andrew Parkinson, s’appelle Mutant Tool et observe en parallèle un médecin créant une très curieuse drogue et une femme qui la teste. La troisième et dernière partie est réalisée par Simon Rumley, s’appelle simplement Bitch et montre un jeune couple pratiquant des jeux sexuels un peu bizarre : malgré sa peur des chiens, Claire a transformé son copain en petit toutou soumis. Jusqu’au jour où son copain aura marre d’être traité comme un clebs…

Pour faire court, les deux premiers métrages ne possèdent que peu d’intérêt… Les trois films ont tous cette volonté d’être borderline, ce qui fait que Little Deaths garde un certain équilibre, mais sombre vite dans l’ennui, surtout lors du deuxième segment dont même la vision d’une quequette de près d’un mètre éveille à peine le spectateur. En fait, il ne serait pas si bête d’avancer le film jusqu’au troisième segment : Bitch, qui peut être perçu comme une version perverse et barge de 9 songs de Michael Winterbottom. Le film suit le quotidien d’un couple à la relation particulière… Tellement particulière que le garçon de l’histoire finit par craquer. Cette partie réalisée par Simon Rumley, que ce soit du point de vue narratif ou esthétique, est largement au-dessus des tentatives de Hogan et Parkinson et se trouve probablement être le seul à communiquer une atmosphère sincèrement douteuse et joliment malsaine.

En tant que tryptique, Little Deaths n’a rien d’inoubliable (si ce n’est son dernier segment), son rythme est bien trop laborieux et son regard guère très captivant.

Bitch : ce que Twilight vous cache.

Côté bonus, on peut faire très court pour le dvd de Little Deaths : il n’y a rien. Par contre, celui d’Echap est plutôt généreux : un commentaire audio des réalisateurs (guère indispensable, mais sympathique tout de même), un making of de 40 minutes montrant une équipe réduite bossant avec des moyens réduits sur près d’une semaine (loin d’être un document indispensable pour toute personne voulant se lancer dans un projet cinématographique, mais une curiosité à l’esprit bon enfant permettant de se rendre vraiment compte des limites techniques du tournage), une interview des actrices, des images de l’avant-première parisienne, de la séance dédicace au Paris Manga, ainsi qu’un clip de Lussi. Le dvd offre même la possibilité de visionner le film avec des sous-titres anglais. En bref, le dvd d’Echap ne se fout pas la gueule du monde.

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Les dvd sont disponibles chez Emylia.

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