The dead 2


Issu d’un tournage épique, assuré dans des conditions techniques rendues difficiles par les lieux reculés choisis comme décors, The Dead est une sorte d’odyssée emplie de fureur dans une Afrique noire dévastée, dont la majorité de la population s’est transformée en zombies accros à la tripaille. L’œuvre des frères Ford n’a pas tardé à exploser le buzzomètre et à s’imposer en festivals de par le monde.

D’emblée, après une courte introduction contemplative dans le désert (une séquence que l’on retrouvera en fin de métrage, bouclant en quelque sorte la boucle), le spectateur est jeté dans l’action et n’aura par la suite que peu de répit. L’urgence est palpable et renforcée par de nombreux plans à la caméra heurtée (shaky cam) qui donnent le tournis.

Fort heureusement, Howard J. et Jonathan Ford savent calmer le jeu – de manière ponctuelle -, en s’attardant sur des effets gore convaincants et les make up (rudimentaires mais réussis) des négros morts-vivants. L’équipe débauche bon nombre de ces derniers parmi les autochtones présents sur place, au Burkina Faso et Ghana. Les Ford Brothers mettent aussi joliment en valeur la beauté naturelle, indomptable, des paysages africains offrant un écrin idéal au récit.

Dommage dès lors que le jeu des acteurs – parfois un tantinet caricatural – et la BO simpliste composée par Imran Ahmad ne permettent pas au film se hisser au-delà de son statut de série B finement troussée. Même si, on vous le concède, beaucoup d’œuvres aimeraient déjà pouvoir se targuer d’être d’efficaces « B movies ». Et certains devraient s’y limiter, plutôt que de rêver à ce qu’ils ne seront jamais…

Dans un même ordre d’idées, les géniteurs de The Dead auraient pu se passer de ficelles scénaristiques trop éprouvées, ralentis sursignifiants et procédés grossiers destinés à susciter l’empathie du public (quelques tire-larmes avérés, telles ces photos de famille sur lesquelles on s’attarde plusieurs fois). Enfin, pas de quoi gâcher la fête ou amoindrir l’impact d’une œuvre plaisante, rythmée et largement supérieure à une palanquée de « zombie flicks » sortant chaque année avec une précision métronomique qui confine à l’écœurement.

The Dead se veut nihiliste, désespéré et en un sens, profondément sincère, ouvrant une brèche dans les films de zomblards en les extirpant de leur cadre urbain. On les avait déjà admirés dans de petites bourgades ou à la campagne, mais de mémoire de cinéphile, jamais au beau milieu de l’Afrique.Plus intriguant, le film semble suggérer que les morts-vivants seraient une réponse de la nature pour restaurer l’équilibre et mettre fin à la folie des hommes. Une piste à creuser pour de prochaines péloches zombiesques ?

The Dead (2010) de Howard J. et Jonathan Ford, avec Rob Freeman, Prince David Oseia, David Dontoh, Ben Crowe et Glenn Salvage. 

Review Blu-ray

Au rayon technique, ce Blu-ray offre un master HD (1080p) propre et assez précis, trahissant juste le transfert numérique d’une œuvre tournée en 35 mm (c’est devenu rare, donc à souligner). Mais là, je chicane… Par contre, niveau bonus, le butin est rachitique (rappelant en cela l’allure décharnée des zombies de The Dead… mais est-ce voulu ?) et cette édition Aventi ne propose que le trailer français du film.

 

 


A propos de Alan

Alan Deprez était un môme étrange, à l'imagination débordante et souvent prisonnier de son monde intérieur. Le cinéma fantastique et d'horreur - bientôt rejoint par les films asiatiques, bis, érotiques et pornographiques - se sont dressés en piliers de sa cinéphilie, construite face à la petite lucarne et au vidéoclub de son quartier. Depuis lors, il partage son temps entre les plateaux (plusieurs clips et courts-métrages à son actif, dont Erotomania - hommage enamouré aux romans pornos de la Nikkatsu - et Cruelle est la nuit, un home invasion décalé, 100 % pur belge) et son activité de journaliste, chroniqueur et critique cinéma. Après avoir prêté sa plume aux magazines Hot Vidéo ou Metaluna, et rédigé toute une série de critiques pour L'Encyclopédie des longs-métrages français de fiction 1929-1979 coordonnée par Armel De Lorme, il n'en est évidemment pas resté là. Il écrit régulièrement pour le site du magazine Lui, mais aussi pour la revue culturelle Vivre Paris et, plus ponctuellement, pour le magazine Mad Movies. Sans oublier sa participation habituelle au semestriel CinémagFantastique, via quelques chroniques et en taulier de la rubrique rose Le Loup derrière la Bergerie. Mais ce n'est pas tout, car Alan contribue aussi aux fanzines « historiques » Médusa et Darkness, respectivement dédiés au Bis et à la censure cinématographique.


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2 commentaires sur “The dead

  • Victor-Alexis

    ça faisait un petit bout de temps qu’un film de zombie ne m’avait pas touché. Ce « petit » film est une réussite. S’il faut chercher la petite bête, je dirais que les lentilles blanches m’ont quand même un peu dérangé ; une ou deux scènes pas forcément très bien jouées m’ont un peu gêné ; je n’ai pas très bien compris le délire de ne pas vouloir montrer le calvaire du tournage, que ça soit dans le film lui-même ou dans un docu bonus… Le calvaire que l’équipe a vécu est peut-être plus intéressant que le film lui-même, ça serait bien qu’on puisse archiver quelque chose sur ce vécu très difficile. Un petit livre par exemple.

  • Alan (Vivadavidlynch)

    Exactement. Pour l’essentiel, je partage ces idées. Et je serais pour une initiative de ce type.