Insensibles de Juan Carlos Medina


Commençons par enfoncer les portes ouvertes, c’est plus facile et ça fait moins mal aux épaules : Insensibles est une métaphore. Une longue métaphore filée. À aucun moment le premier long métrage de Juan Carlos Medina n’essaie de s’en cacher, ce qui serait d’ailleurs assez vain, voire insultant. Insensibles n’est ni vraiment un thriller, ni vraiment un film d’horreur ou d’épouvante, mais il travaille essentiellement autour d’un des moteurs principaux des genres sus-cités. Non pas la peur – le film n’est jamais effrayant – mais la douleur sous ses diverses formes.

 

Insensibles jaquette DVD

À la suite d’un événement particulièrement dramatique, David, un chirurgien plutôt distant, va devoir se lancer dans la quête de ses origines. Des origines qui ont sans aucun doute un rapport avec l’histoire qui nous est contée en parallèle, celle de ces enfants qui, au début des années 30, sont enlevés à leurs parents et isolés du monde par l’autorité médicale. Tous ont un point commun qui en font un danger pour eux-même et pour les autres : Ils sont insensibles à la douleur. Pour ces gamins, la notion de douleur ou de plaisir physique est aussi abstraite que peut l’être celle de bien et de mal. Il importe donc qu’ils l’apprennent. Mais cela ne s’avère pas facile dans le contexte sombre de l’Espagne durant la guerre civile, la seconde Guerre et la dictature franquiste.

De toutes évidences, Medina avait beaucoup de choses à exprimer. Dans le making of visible dans ce DVD Wild Side, le producteur François Cognard parle d’une version antérieure du script d’au moins 300 pages. Cela se sent tant le film fonctionne par ellipses et suggestions. S’il en résulte l’impression que certains arcs narratifs passent à la trappe – la quête de David fait un peu MacGuffin sur les bords – cet amaigrissement, de prime abord forcé, s’avère être l’une des principales forces d’un film qui travaille sur la volonté d’oubli, le dénie des zones sombres de l’Histoire, le non-dit. Autant de choses qui entretiennent une douleur plus insidieuse mais tout aussi réelle que celle générée par la torture physique.

Au niveau de la forme, on est dans les standards classieux et léchés auxquels nous ont habitué les productions hispaniques. Et c’est peut-être là que ce situe le problème du film : du fait de sa maturation à rallonge, Insensibles a l’air d’arriver après la bataille. On ne manquera pas de penser, même involontairement, à L’orphelinat, l’échine du Diable ou même Le Labyrinthe de Pan qui nagent dans des eaux similaires – quand bien même ces œuvres sont très différentes. Des jalons dont Insensibles n’arrive pas à s’affranchir. Une impression regrettable, mais qui ne doit pas parasiter la réception d’une œuvre intéressante et encourageante pour la suite de carrière de son auteur.

 

 


A propos de Nunzio

Nunzio n'a pas un prénom courant, mais il le vit bien. Par égard pour autrui, il prend l'identité pas secrète et plus facile à retenir de Noon (ou Ze Noon) et officie en tant qu'artiste indépendant. Il dessine, il met en page, il infographe, il auteurise et il chronique. Même qu'il fait du théâtre. Bref, Nunzio est assez peu socialement utile.

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