Alps, de Yorgos Lanthimos


Découvert  en 2009 par une poignée de cinéphiles avec l’incroyable Canine, étude clinique, à la fois grotesque et terrifiante. En décrivant un processus de dressage d’une famille qui désapprend un langage familier et d’un père qui éduque ses enfants comme des chiens, le grec Yorgos Lanthimos s’inscrivait alors comme un des grands espoirs du cinéma européen à venir, au même titre qu’un György Pálfi (Taxidermia).

Hélas, Alps déçoit un peu  même si on y retrouve ce penchant  pour l’absurde, et un talent évident pour mettre en scène des situations scabreuses et insolites. Mais le système du grec s’effondre assez vite. Car une fois son dispositif transgressif en place, il n’a plus grand-chose à montrer. Pourtant, le sujet était prometteur : la mystérieuse organisation Alps (alpes en français, soit l’un des titres les plus énigmatiques du moment) s’est fixé la mission d’aider les gens à accepter la disparition des proches. Ainsi, le cinéaste se concentre sur une infirmière qui propose à des parents de remplacer leur fille pendant quelques semaines, afin de soulager leur douleur.

Le pitch est intrigant mais n’aboutit au fond qu’à un film purement théorique, froid et désincarné. Reproche que l’on pouvait parfois faire à Canine. Sauf que dans ce dernier le spectateur restait constamment fasciné par le comportement étrange et décalé des personnages. Dans Alps, tout est donné clé en main au bout d’un quart d’heure et on anticipe sans peine ce qui va arriver. Le non-sens parait fabriqué dans ce petit  théâtre de l’absurde qui comporte toutefois son lot de saynètes tranchantes, comme tous les moments où les employés d’Alps endossent le rôle d’un défunt, et rejouent de façon maladroite et distanciée des scènes déjà vécues. Ces instants « borderline » sont à la fois drôle et très morbides. Ils constituent le meilleur du film.

Néanmoins, le film finit in extremis par toucher au vif. L’infirmière va finir par perdre les pédales et vivre la vie des autres comme une addiction jusqu’à la démence.  Une légère émotion finit par poindre dans un océan de glace. D’ailleurs, Lanthimos filme toujours les rapports sexuels comme une action mortifère sans joie et sans plaisir.

En dépit de ses qualités formelles évidentes et d’un beau personnage central, Alps s’enferme dans un discours comportementaliste vain et froid qui n’apporte pas grand-chose et surtout ne surprend pas. Bref revoyez de tout urgence Canine bien plus addictif que ce film abscons et convenu à la fois.

(GRECE-2012) de Yorgos Lanthimos Aggeliki Papoulia, Ariane Labed, Aris Servetalis. En salles depuis le 3 avril 2013

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A propos de Manu

Docteur ès cinéma bis, Manu est un cinévore. Il a tout vu. Sorte d'Alain Petit mais en plus jeune, son savoir encyclopédique parle aux connaisseurs de films méconnus. Il habite près de Montpellier où il peut observer la faune locale : le collectif School’s out, l’éditeur le chat qui fume et l’éditeur Artus Films. Avec son air d’Udo Kier, il n’est pas exclu qu’on le retrouve dans une production de genre.

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