Django, prépare ton cercueil


Ami du Sénateur David Barry, Django est convoyeur au service des banques. Arriviste notoire, prêt à tout pour réussir, Barry est à la tête d’une bande de malfrats qui vole l’argent des convois afin de financer sa campagne. Trahi, Django est victime du sénateur lors d’une attaque. Pire : sa femme est assassiné. Devenu bourreau, Django est bien décidé à se venger.

Le destin de Django prépare ton cercueil est pour le moins curieux. Suite au succès du magnifique Django, une tripotée de westerns sort en France en reprenant à chaque fois Django dans le titre, alors que le héros n’est autre que Sar Tana ou Durango. Le film de Ferdinando Baldi connaît un destin inverse. Un temps resté inédit, ce vrai « Django » sera exploité en salles au début des années 70 sous le titre incongru de Trinita prépare ton cercueil, à cause du triomphe de la série Trinita, westerns parodiques avec Terence Hill … que l’on retrouve dans ce Django. Ça parait compliqué en apparence mais c’est très simple.

Django prépare ton cercueil est donc un vrai Django réalisé dans la foulée du film de Sergio Corbucci. Terence Hill, comédien sans grand relief mais suffisamment charismatique pour faire illusion, succède au plus sombre et hiératique Franco Nero. Bizarre de voir Mario Girotti (le vrai nom de Terence Hill) dans un rôle sérieux, tant sa présence reste associée aux pitreries clownesques en compagnie de son acolyte Bud Spencer. Et pourtant il s’en sort avec les honneurs.

Précédé d’une réputation plutôt flatteuse, ce Django ne démarre pas sous les meilleurs hospices à mon sens. Une désinvolture dans l’écriture empêche de prendre totalement au sérieux un récit pourtant sombre et tragique,  traversé de moments forts. Une impression bizarre plane sur le premier quart d’heure, on n’y croit pas vraiment. La mort tragique de la femme de Django arrive brutalement lors d’une séquence qui manque de souffle, d’ampleur. Plus grave Django ne semble pas plus affecté que ça par son deuil. Après tout, comme le dit un des personnages dans le film, il ne s’agit que d’une femelle, pardon d’une femme.

Le sénateur, incarné par un Horst Frank tout en rictus sadique, est d’emblée désigné comme le méchant du film. Le scénario de Frank Rosseti, signataire pourtant du premier Django, manque de finesse et d’ambiguïté. Dommage. Car derrière la psychologie grossière des personnages se cache un autre film, plus morbide et désenchanté, à la lisière du fantastique. Devenu bourreau, Django traverse le récit, tel un mort vivant revenu une dernière fois sur terre pour assouvir sa vengeance. Le fait qu’il s’entoure d’une bande de condamnés à mort, tous censés avoir été pendus, renforce cet aspect irréel.

Ferdinando Baldi, excellent artisan, est un spécialiste du genre, auteur de western mélodramatique particulièrement réussis comme Adios Texas et Le dernier des salauds. Réalisé avec soin, particulièrement lors des scènes d’action très bien ficelées, ce Django ménage aussi quelques surprises intéressantes (le pétage de plomb du paysan mexicain qui se transforme en tueur) et se termine par un final paroxystique et délirant, hommage direct au premier Django.

En dépit d’un budget réduit (décors rachitiques et figurants peu nombreux) et d’un script inégal, Django prépare ton cercueil est un western italien de bonne tenue qui nous permet aussi de mesurer le talent de Georges Eastman (alias Luigi Montefiori, son vrai nom), formidable acteur qu s’est un peu perdu chez d’Amato par la suite (c’est lui qui bouffe un fœtus dans Anthropophagous avant de s’attaquer à ses propres viscères).

 

(ITA-1967) de Ferdinando Baldi avec Terence Hill, Horst Frank, Geroges Eastman, José Torres

Editeur : Sidonis. Format: 1.66 (16/9). Son: Mono. Audio: Français, Italien. Sous-titres : Français. Durée : 88 mn 

Bonus : présentation du film par Jean-François Giré 

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A propos de Manu

Docteur ès cinéma bis, Manu est un cinévore. Il a tout vu. Sorte d'Alain Petit mais en plus jeune, son savoir encyclopédique parle aux connaisseurs de films méconnus. Il habite près de Montpellier où il peut observer la faune locale : le collectif School’s out, l’éditeur le chat qui fume et l’éditeur Artus Films. Avec son air d’Udo Kier, il n’est pas exclu qu’on le retrouve dans une production de genre.

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