You’re next

Une affaire de famille. Réunis pour l’anniversaire de mariage des parents, la riche famille des Davison va être confronté à un groupe de tueurs masqués armés, entre autres, d’arbalètes. Ce qu’il n’avait pas prévu, grain de sable inévitable pour booster un genre moribond, c’est l’intervention d’Erin, pièce rapportée qui va user de techniques surprenantes pour déjouer ses adversaires. Qui aurait pu prévoir qu’une « suvivaliste » pouvait être présente ?

Véritable bête de festival, You’re next draine une réputation sulfureuse de bombe à faire peur, auréolé ici et là par quelques prix dans des festivals plus ou moins prestigieux. Autant l’avouer tout de suite, le résultat n’est pas à la hauteur des espérances. En jouant la carte facile et cynique du second degré, le film d’Adam Wingrand évacue rapidement toute tension cinétique. Le cinéma horrifique contemporain a du mal à garder son sérieux.  Cette façon de traiter le cinéma de genre en le regardant de haut traduit simplement le manque de confiance des auteurs dans des histoires qui en valent d’autres et peuvent être terrifiantes. Car des tueurs à têtes de lapin qui assiègent une villa auraient pu donner l’occasion à un cinéaste de jouer sur l’effroi, les rapports tendus entre les personnages et la topographie des lieux. On imagine ce que John Carpenter aurait pu faire d’un tel argument, une œuvre minimaliste et abstraite, un monument de terreur primaire. Mais peu inspiré par son pitch de départ, le réalisateur préfère décrire une famille en tout point détestable contaminée par les jeux de pouvoir et d’argent avec une galerie de personnages bien plantés dans leurs archétypes, entre le père bourgeois, la mère dépressive et les frères et sœurs nourris par la rancœur et  la haine. Le début évoque presque Festen. Mais un Festen grossier et sans enjeu qui met rapidement la puce à l’oreille au spectateur. En insistant sur la fortune du patriarche, on se doute que les agresseurs ne sont pas là par hasard et on en vient à soupçonner certains membres de cette famille nombreuse de ne pas être innocents.

Ludique et référentiel, You’re next peut se voir comme un film d’horreur plaisant, un jeu de massacre égratignant la sacro sainte famille. Mais en fuyant un potentiel inquiétant mis en place dans un formidable prologue, les auteurs de ce slasher surfait évacuent tout suspense. Rien ne touche dans cette farce macabre qui a en plus le malheur d’être assez mal écrite. Car il ne faut avoir jamais vu de films d’horreur pour ne pas deviner les motivations des tueurs.

Pas une purge, juste un film de genre divertissant mais superficiel, porté par une mise en scène fonctionnelle, voir agaçante dans son utilisation pénible de la caméra à l’épaule, qui ne prend jamais la mesure des lieux dans laquelle l’action se joue. Car un grand film d’horreur est avant tout une histoire d’environnement, d’ambiances. Et de mystères.

Je pense que le cinéma d’épouvante, le meilleur du moins, est un champ d’expérimentation en termes de mise en scène au regard des sujets qui se répètent. You’re next n’est qu’un petit film banal et rigolo, jamais ennuyeux mais vite oubliable. La déception du film vient aussi de son hésitation en terme graphique alternant sans raison les meurtres en hors champs et d’autres plus visuels, comme la séquence délirante mais gratuite avec le mixeur sur la tête.

(USA-2012) d’Adam Wingrand avec Sharni Vinson, AJ Bowen, Amy Seimetz

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