Feffs 2014 : la fin

Dimanche 21 septembre, officiellement le festival est terminé. Il  n’y a plus d’animation, et je suis moyennement en forme après ma nuit de cinq heures suite à la nuit des nanars. Néanmoins, pour ceux qui ont loupé des choses, le festival laisse une dernière chance aux cinéphiles d’aller voir tous les films en compétition, dans 4 salles différentes.

Mon dévouement n’ayant d’égal que mon avidité à tirer un maximum de mon accréditation presse qui m’autorise à visionner gratuitement toutes les séances du festival, ayant pris connaissance du palmarès qui m’avait un peu frustré d’avoir loupé deux œuvres, je suis allé voir :

Alleluia , de Fabrice du Welz.

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Gloria est une mère célibataire en milieu de quarantaine parmi tant d’autre. Elle rêve de refaire sa vie en parcourant les sites de rencontres.

Un jour, elle croise la route de Michel, et tombe éperdument amoureuse de lui. Ce dernier disparaît rapidement, non sans lui avoir « emprunté » une grosse somme d’argent.

Michel est un petit escroc, qui gagne sa vie en séduisant des femmes. Mais sa séduction n’est pas banale : il utilise pour cela des forces paranormales qu’il mobilise par l’intermédiaire d’une petite cérémonie de sorcellerie.

Retrouvé par Gloria, qui accepte pour vivre avec lui de devenir il réussit sa complice, cette dernière, qui se fait passer pour sa sœur, se révèle d’une jalousie maladive, ce qui contrarie les pratiques de Michel.

Vu dans le dossier de presse : Après Vinyan (Octopus d’Or à Strasbourg en 2008) et Colt 45, Fabrice du Welz réalise cette nouvelle version des tueurs de la lune de miel, qui forme avec son très perturbant Calvaire les deux premiers opus d’une trilogie ardennaise. » Dont acte.

Jo gonzo scale *** J’ai passé un bon moment devant cette production franco-belge, qui transplante le genre fantastique dans une ambiance de film français un peu intello avec leurs qualités et leurs défauts (le genre de film dans lesquels joue habituellement Laurent Lucas, mais ça aurait aussi marché avec Mathieu Amalric ou Emmanuelle Devos). Les éléments fantastiques et d’horreur sont  finement dosés pour conserver cette ambiance. 

Jo gonzo shitless scaring ability *** La terreur vient ici principalement de l’ambiance du film, qui nous rappelle tant de productions hexagonales dans lesquelles l’intrigue évolue principalement par les dialogues. Quand il commence à se passer des choses violentes à l’image, d’un coup, ça réveille !

Jo gonzo blood and violence **** Alleluia fait la part belle aux ustensiles de cuisine et de bricolage, avec les craquements d’os et les jets de sang qui vont avec.

Jo Gonzo même pas cap factor **** Un « film français » d’épouvante, ça a de la classe ! 

Jo Gonzo Cars ***** C’est un sans faute ici. Les amants évoluent au volent d’une Saab 900 Turbo de la fin des années 80, la voiture du fauché qui a de la classe par excellence, alors qu’à la fin on intègre carrément une Jaguar XK 120 à l’image pour le plaisir des yeux.

Jo Gonzo erotic factor *** L’amour et la séduction sont le thème du film. D’une part, le personnage de Gloria joué par Lola Duenas est vraiment touchant de sincérité, et si on s’égare parfois dans la gérontophilie ( Michel séduit pour dépouiller des femmes riches,  qui ont souvent un certain âge), on a de belles images de Lucas avec Héléna Noguera.

 

Le dernier film que j’ai vu, c’est Housebound.

housebound

Après un braquage de pieds nickelés, Kylie est condamnée à 8 mois de bracelet électronique et assignée à résidence chez sa mère, qui habite, tiens, comme par hasard, un immense et vieux manoir défraichi et isolé.

Les problèmes de compatibilité d’humeur et de mode de vie entre les deux femmes font rapidement monter la tension, tandis que les signes d’une présence étrangère paranormale se multiplient dans la vieille bâtisse. Appelé à la rescousse, l’agent de probation de Kylie, amateur de surnaturel et obsédé par les fantômes, aide cette dernière à mener l’enquête, révélant que l’endroit, anciennement une maison de repos pour jeunes aliénés mentaux, a été le théâtre de crimes sanglants non élucidés.

Jo Gonzo scale : ***** ça n’est pas un hasard si Housebound a obtenu le prix du public. Johnstone a fait son marché en piochant dans l’horreur, la série B et les films comiques, assumant ses emprunts en les brandissant comme des trophées à l’image du panneau d’entrée d’agglomération, quasiment copie parfaite de celui représenté dans le générique de la série Twin Peaks.

Jo Gonzo shitless scarring ability **** Le film oscille entre l’humour et l’épouvante, mais Johnstone n’hésite pas à vous emmener dans une cave digne de celle de Evil Dead I (le vrai, hein,  pas les remakes pourris) avec la déco qui va avec notamment la chaudière de Freddy. Bien entendu, dans un tel décor, on s’attend à une apparition effrayante à tout moment, et nos nefs en pâtissent.

Jo Gonzo blood and violence **** Si le cinéaste semble faire preuve de timidité en la matière en début de long métrage, c’est pour mieux libérer son énergie par la suite, et là, le sang coule tandis et les outils de bricolage servent.

Jo Gonzo même pas cap factor **** Se retrouver assignée à résidence dans une maison hantée avec un bracelet qui prévient les keufs dès que vous franchissez le perron, avouez que c’est tout de même une putain d’idée !

Jo Gonzo cars * Niente.

Jo Gonzo Columbo factor **** L’évolution de l’intrigue est assez exceptionnelle, le réalisateur assument résolument sa dérive vers une fin éculée, mais traitée de manière tellement particulière qu’au final ça surprend. Et puis, rien de tel qu’une maison hantée et des phénomènes effrayants pour réchauffer l’ambiance et resserrer les liens familiaux.

Jo Gonzo erotic charge ** L’érotisme n’est pas vraiment le sujet du film, peut-être son seul défaut ?

 

Dimanche soir, il est 22 heures. Je suis décalqué, et je décide de sauter la dernière séance. Le FEFFS, c’est fini pour cette année. Tout à l’heure, je me suis promené dans Strasbourg entre deux séances. J’ai croisé Daniel Cohen, le directeur du festival, et les bénévoles, l’air éreintés, en train de démonter le village fantastique sous la pluie. Ils ont bossé comme des malades pendant des semaines pour récolter du pognon et animer cette foutue ville. Il faut dire que Ghostbusters en plein air place du Château, ça a tout de même une autre gueule que le son et lumière craignos qu’ils passent aux touristes chaque soir du 1er juillet au 31 août.  Encore une fois, ils nous ont donné tout ce qu’on aime, et on les remercie du fond du cœur. Il paraît que la veille, un adjoint au maire a annoncé à la cérémonie de clôture que devant le succès de cette édition (20 000 spectateurs payants, 4 000 participants à la zombie walk, 2000 à la projection plein air de Ghostbusters), on allait passer la vitesse supérieure l’an prochain, le festival étant destiné à devenir l’évènement majeur du mois de septembre. Ca veut sans doute dire qu’il était question d’avancer encore le début du marché de Noël, mais finalement non. On l’a échappé belle.

Une pluie légère s’est abattue sur Strasbourg, contrastant avec le temps magnifique qui a prévalu durant toute la semaine du festival. Dans la bagnole, Waiting on a Friend, des Rollingstones, sonne un peu comme un générique de fin, alors que les lumières de la ville défilent à travers le champ balayé par les essuie-glaces. Je suis vanné, vaguement nostalgique. J’ai vu 22 films en une semaine sur la cinquantaine qui était présentés au festival, tout en bossant la journée, on va dire que j’ai quand même bien rentabilisé mon accréditation. Il ne me restera que les séances spéciales du Star Saint-ex, baptisées « Horreur c’est vendredi », et les trop rares soirées « nanars et nibards » pour patienter jusqu’à l’année prochaine.

Mais j’entends un bruit en provenance de la malle arrière de ma berline. Il y avait des traces de sang ce matin sur ma veste en lin. Dans mon rétro, je remarque mon cric jeté sur le siège arrière, maculé de ce qui ressemble à une touffe de cheveux…  Retour à la vie réelle, aux tracasseries du quotidien. Le temps de repasser à la baraque récupérer une pioche et une bêche. Je vous laisse, les zombies, parce que là, j’ai encore une fosse à creuser dans la forêt de la Wantzenau avant le lever du soleil.

 

 

 

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