From beyond en blu-ray


L’univers sombre et maléfique de l’écrivain Lovecraft est difficilement adaptable pour le cinéma. La représentation visuelle de tout un monde peuplé de créatures invraisemblables et parfois quasi abstraites pose la limite des possibilités d’un art tout entier voué à l’image. Bien sûr, le hors champs existe, la suggestion à la manière d’un Jacques Tourneur ou d’un Jack Clayton peut faire des miracles. Mais chez Lovecraft, les monstres existent, ils sont visibles, difformes, ils imprègnent votre pensée et reste gravés dans votre subconscient.
Les créatures ne ressemblent à rien de connu et changent régulièrement de formes au point que même votre esprit a du mal à les matérialiser.
Les cinéastes, ayant adapté Lovecraft, se sont confrontés à ce problème «esthétique » et narratif. Pour se rapprocher au plus près l’univers de l’écrivain, il ne faut pas lésiner sur la surcharge, l’outrance sans pour autant être ridicule et soigner aussi l’atmosphère morbide qui baigne dans ses écrits d’une noirceur abyssale.
Sans avoir adapter de façon officielle ses œuvres, des auteurs comme Lucio Fulci ou Clive Barker sont parvenus à retrouver l’essence profonde qui caractérise l’écriture lovecraftienne plus terrifiante que celle de Poe. Moins mélancolique et poétique aussi.

Des digressions nécessaires pour en venir à From beyond qui n’a jamais plu aux admirateurs de l’auteur de Dagon. En toute logique certes. Mais c’est injuste pour ce que l’on peut considérer indépendamment comme une formidable série B jouissive et lubrique, joyeusement décomplexée et bourrée d’idées visuelles.
Stuart Gordon est un cas à part. Il a su déplacer le débat. La littéralité de ses adaptations pourrait poser problème s’il n’injectait pas de manière aussi ludique une bonne dose d’humour. Il a osé prendre du recul sans pour autant sombrer dans la parodie en adaptant Lovecraft. Reanimator fonctionnait sur le principe gagnant de la surenchère, du toujours plus à l’écran, quitte à flirter avec l’esprit burlesque du grand guignol.
Plus ambitieux sur le plan formel, From Beyond connut un relatif échec publique et critique à sa sortie en 1987. Pourtant tout était mis en œuvre pour réitérer l’exploit de Reanimator, parfait équilibre entre horreur et humour potache. Stuart Gordon rempile avec la même équipe technique (Marc Alhberg à la photo, Richard Band à la musique, Denis Paoli au scénario) et reprend le duo d’acteur explosif du film précédent, la pulpeuse Barbara Crampton et surtout le génial Jeffrey Combs.
Le tournage a eu lieu en Italie dans les ex studios de Dino De Laurentis rachetés par Charles Band le producteur et le film a bénéficié d’un budget conséquent de 4,5 millions de dollars, soit un cas unique pour une production Empire, habituée aux films fauchés.

Le scénario de From Beyond adopte la même structure que celui de Reanimator au point que certains n’y ont vu qu’un copie/collé éhonté. Assez lâche, l’intrigue se résume en quelques lignes. Le Dr Pretorius et son assistant, Crawford Tillinghast testent le résonateur, un appareil capable de stimuler une partie du cerveau vous permettant de faire jaillir d’une autre dimension des créatures monstrueuses. Le Dr Pretorius meurt décapité par une de ces entités. Crawford est accusé du meurtre et interné dans un hôpital. Mais une thérapeute décide de réactiver le résonateur et de stimuler la glande pinéale de Crawford pour comprendre ce qui s’est réellement passé.
Mais les lacunes du script sont largement compensées par une mise en scène débridée et soignée mettant en valeur les superbes effets spéciaux gélatineux débordant du cadre ainsi que les éclairages rouges, hommage à peine dissimulé aux petits maîtres de l’horreur transalpine, Mario Bava et Riccardo Freda en tête. Généreux, distrayant et assez pervers, From beyond revisite de façon ludique les thèmes de Lovecraft. Minimaliste et presque abstraite, l’histoire n’est qu’un prétexte pour matérialiser l’imagination débordante des auteurs en matière de formes flasques, de monstres difformes et de métaphores sexuelles que n’auraient pas renier un David Cronenberg et un Frank Hennelotter. Lorsque Barbara Crampton arrache avec les dents la glande pinéale qui dépasse du front du pauvre Jeffrey Combs l’allusion est assez claire. Ou lorsque la craquante scream queen tout de cuir vêtue et en porte-jarretelle affriolant décide de provoquer les créatures de l’au-delà.

Stuart Gordon n’échappe toujours pas à son passé de dramaturge. From beyond fonctionne comme un huis clos limitant au maximum les scènes extérieures. Le récit se concentre sur le lieu de la machine diabolique inventé par le Docteur Pretorius, de l’au-delà, symbole de tous les vices et perversions possibles. Lieux où semble-t-il les protagonistes prennent un plaisir masochiste à s’y perdre. Et nous avec eux ! Une excellente série B qui se bonifie avec le temps.

Malheureusement la copie présentée par Sidonis n’est pas uncut, il s’agit de la version cinéma exploitée en France en 1987 et non de la version intégrale éditée en Zone 1 par Mgm. Dommage.

(USA-1987) de Stuart Gordon avec Jeffrey Combs, Barbara Crampton, Carolyn Purdy-Gordon, Ted Sorel, Ken Foree

Format : 1.85. Son : Français, Anglais (2.0).Sous-titres : Français. Durée : 82 mn. Bonus : une présentation du film assez peu intéressante et un peu longuette d’une bonne vingtaine de minutes.

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A propos de Manu

Docteur ès cinéma bis, Manu est un cinévore. Il a tout vu. Sorte d'Alain Petit mais en plus jeune, son savoir encyclopédique parle aux connaisseurs de films méconnus. Il habite près de Montpellier où il peut observer la faune locale : le collectif School’s out, l’éditeur le chat qui fume et l’éditeur Artus Films. Avec son air d’Udo Kier, il n’est pas exclu qu’on le retrouve dans une production de genre.

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