Gone girl, de David Fincher

J‘ai cru qu’on avait perdu Fincher avec son Millenium, resucée puritaine d’un thriller suédois plus trash et punk avec Noomi Rapace (qui avait du poil aux aisselles contrairement à son homologue américaine; ce qui veut tout dire). Mais voilà que son obsession première revient : la manipulation de l’opinion. Depuis Alien 3, il est question de l’influence sur les esprits. Seule femme présente sur la planète-prison, Ripley devait convaincre une bande de meurtriers sexuellement frustrés de combattre à ses côtés. Et le cinéma fonctionne de la même façon : comment un réalisateur va-t-il pouvoir convaincre le public que ce qui est projeté sur une toile est une réalité crédible ? C’est aussi le moteur de The Game où le personnage, comme le spectateur, hésite : est-ce une mise en scène ou est-ce la réalité ?

Ce questionnement pousse Fincher à explorer tous les moyens de manipulation mentale. Ce n’est donc peut-être pas un hasard si dans les premiers plans du film, on voit Nick Dunne rapporter à sa soeur le jeu de société Mastermind, dont le principe résume les événements qui vont suivre! Dans The social network, Mark Zuckerberg aliène son entourage pour mener à bien son succès financier. Dans Fightclub, c’est le personnage principal lui-même qui se manipule, par le biais d’un alter ego imaginaire désinhibé. D’une manière générale, le cinéma de David Fincher fait la part belle aux psychopathes en tous genres. Avec Gone girl, il pousse le bouchon plus loin et propose quelque chose de plus subversif et de plus ambitieux que le téléfilm de luxe qu’est Millenium.

GONE GIRL, from left: Ben Affleck, Rosamund Pike, 2014. ph: Merrick Morton/TM & copyright ©20th

Nick et Amy sont mariés depuis cinq ans. Le jour de leur anniversaire de mariage, Amy disparaît et semble victime d’un kidnapping. Rapidement, la police et les médias s’en mêlent. Nick n’est pas une personnalité charismatique et un faisceau de soupçons vient faire de lui le suspect numéro un.

Nick et Amy, c’est le couple modèle américain. Ils sont beaux et riches, ont réussi tant professionnellement que socialement. Ils ont une luxueuse maison, et un chat. Mais à travers des flashbacks, on gratte peu à peu le vernis du couple glamour et l’on apprend peu à peu que des tensions sont nées lors de moments difficiles. Mais à chaque fois que les deux apparaissent en public, c’est pour présenter des apparences idéales, une relation amoureuse idyllique mais aussi totalement malhonnête.

Les médias qui s’en prennent plein la tête puisqu’ils sont montrés comme de cruels vautours prêts à tout pour faire du sensationnel, quitte à travestir la vérité pour orienter l’opinion publique. Lors des premiers jours de la disparition, Nick multiplie les maladresses et passe à la télé pour un véritable salaud. Peu importe que Nick soit coupable ou non, on va dans le sens du vent, celui qui va rapporter le plus d’audience. Mais Nick joue le jeu et utilise les mêmes armes pour changer son statut de méchant en gentil. Le plus amusant, c’est que Fincher fait exactement la même chose, divisant son film en deux et nous laissant penser à la deuxième moitié l’inverse de ce que l’on avait pensé à la première. Et si la manipulation fonctionne, c’est grâce à la mise en scène (un montage rythmé qui ne laisse pas place à la réflexion) et surtout à Ben Affleck et Rosamund Pike, casting juste parfait. Utiliser le procédé que l’on dénonce n’est pas nouveau. Verhoeven avait excellé dans le genre avec son Starship Troopers. Evidemment, la dénonciation ici n’est pas aussi spectaculaire (pas de propagande nationaliste ni d’imagerie nazie bien sûr!) mais Gone girl égratigne plutôt durement le couple bien sous tout rapport, l’institution du mariage, les télés et le comportement de masse. Après tout, si ces manipulations fonctionnent c’est grâce à l’esprit de groupe, qui transforme le monde en un troupeau de moutons à la pensée unique. Des moutons qui sont d’ailleurs prêts à se transformer en loups, quand il s’agit de lyncher une victime toute désignée.

Bien que le film dure deux heure trente, on ne sent rien passer. Le récit file droit vers son but et sa conclusion glaçante. En véritable orfèvre du polar, Fincher s’amuse avec le récit et la mise en scène à brouiller subtilement les pistes. Avec le recul, on pourra d’ailleurs trouver l’expérience amusante car après tout, il s’agit simplement d’un jeu, aussi machiavélique soit-il.

Disponible en blu-ray et dvd chez 20th Century Fox. Bonus : commentaire audio du réalisateur.

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