Venin, de Piers Haggard

Parfois, on se fait des idées sur un film que l’on n’a pas vu ou que l’on est persuadé d’avoir déjà visionné. C’est un peu le cas avec Venin, production britannique qui faisait partie de ces titres connus dont j’étais presque sûr de l’avoir loué en cassette vidéo. C’est dire que la découverte du film m’a surpris.

Artisan plutôt doué travaillant essentiellement pour la télévision, Piers Haggard est l’auteur de l’excellent La nuit des maléfices, que n’aurait pas renié la Hammer. Quand il débarque sur Venin, un autre cinéaste de renom vient de se faire virer pour des raisons qui restent encore obscures aujourd’hui. Il s’agit ni plus ni moins de Tobe Hooper.

Contrairement aux apparences, Venin n’est pas un film d’horreur animalier et reste assez éloigné du mésestimé Fair game de Mario Orfini qui mettait lui aussi en scène un mamba, apparemment l’un des serpents les plus dangereux au monde. Mais dans Venin, le reptile n’est qu’un élément d’agrément pour pimenter un huis-clos classique, voir assez conventionnel.

Ruth Hopkins doit s’absenter pour des raisons personnelles. Elle angoisse un peu à l’idée de laisser son fils Philip, seul avec son grand père. Et puis, n’oublions pas le chauffeur et la domestique. Oui, nous sommes bien dans une famille bourgeoise. Un jour, Philip se rend chez un animalier et récupère un serpent domestique inoffensif. Sauf qu’il y a erreur sur la marchandise. Suite à un malentendu plutôt fâcheux, le garçon a ramené un mamba qui était destiné à un laboratoire scientifique. Arrivé à son domicile, une autre mauvaise surprise l’attend. Il est pris en otage par le chauffeur, la domestique et surtout un certain Jacques Muller. Mais le serpent sort de sa boite et devient un élément perturbateur.

Produit par Martin Bregman (Un après midi de chien, L’impasse), Venin est un curieux thriller horrifique qui doit son originalité au mélange des genres. Toute la mise en place du récit est remarquablement bien construite dans le sens où on ne sait pas quelle direction va prendre le film. Séparément, chaque intrigue ne présente qu’un intérêt limité. D’autant plus que certains aspects passionnants ne sont traités qu’en surface, notamment cette idée de luttes des classes, entre la famille bourgeoise et le petit personnel que l’on sent complètement aigri de par leur situation. Mais Piers Haggard ne s’aventure pas sur ce terrain qui aurait pu donner un autre film beaucoup plus retors et complexe. En l’état, Venin est une solide série B au budget confortable, réalisée avec un savoir faire indéniable. La musique de Michael Kamen soutient parfaitement un suspense efficace et sans surprise cadré et photographié avec soin. Les séquences avec le (vrai) Mamba sont particulièrement bien filmées et assez oppressantes. La fin spectaculaire, est très réussie.

Mais la grande qualité de cette œuvre honnête et désuète tient dans son casting flamboyant et quasi unique. Klaus Kinski en tête, a rarement été aussi sobre et bien dirigé. Face à lui, l’excellent Oliver Reed interprète avec toute l’intensité qu’on lui connaît un chauffeur de taxi frustré. Les rapports houleux entre les deux comédiens sur le tournage se ressentent un peu à l’écran et apportent une épaisseur inattendue à leur personnage respectif. Face à ces deux monstres, Sterling Hayden, le génial acteur de Johnny Guitar et Quand la ville dort,  ici dans son dernier rôle pour le cinéma, compose un émouvant personnage de grand père, très proche de son petit fils. Et puis, revoir Susan George dix ans après Les chiens de paille est toujours un plaisir pour les yeux même si elle disparaît vite de l’écran. Salaud de reptile !!!

(GB-1981) de Piers Haggard avec Klaus Kinski, Oliver Reed, Susan Georges, Sterling Hayden

Format: 1.85 (16/9). Audio: Français, Anglais (dolby digital 2.0). ous-titres: Français. Durée: 88 mn. Bonus: Présentation du film. Edité par Calysta / Sidonis

venin

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