Dracula contre Frankenstein

Des extra terrestres belliqueux ont l’idée classique de conquérir la terre selon une méthode pour le moins saugrenue et tortueuse. Ils vont ressusciter deux scientifiques (dont le très fatigué  Michael Rennie, Klaatu dans Le jour où la terre s’arrêta) qui ont pour mission de ramener d’entre les morts les grands monstres nourrissants l’imagerie collective des hommes : le loup-garou, la momie, Frankenstein (enfin, sa créature) et Dracula. L’être humain étant idiot et superstitieux, le plan des envahisseurs semble imparable. Mais ayant découvert le stratagème diabolique, l’inspecteur Tobermann (le bien fadasse Craig Hill) va tenter de déjouer leurs attaques.

En lisant le synopsis, toute personne normalement constituée risque de penser qu’il s’agit d’une couillonnade. Des E.T. ramènent les fameux monstres de la Universal (qui ne portent pas leur vrai nom respectif, probablement pour des raisons de droits) afin de s’emparer de la terre. Franchement, qui peut croire une seconde à un tel pitch sans piquer un fou rire ? Sans trop m’avancer, au moins une figure emblématique du cinéma bis en est capable, Paul Nashy, alias Jacinto Molina,  ici scénariste et véritable auteur du film. Grand admirateur de l’âge d’or du cinéma fantastique des années 30, Nashy est une personnalité touchante de l’industrie, un artisan qui croit dur comme fer à ses histoires abracadabrantes. Car, ne vous y trompez pas, Dracula contre Frankenstein n’est pas une parodie, un pastiche ridiculisant certaines icônes. Il s’agit d’un hommage révérencieux aux monstres qui ont nourri l’enfance de bien des cinéphiles. On peut trouver la démarche ridicule mais la candeur et la sincérité touchantes du métrage forcent le respect.

Nashy reprend son personnage de Waldemar Daninski qu’il avait incarné par deux fois précédemment dans Les vampires du Docteur Dracula et Las noches del Hombre. Waldemar est à nouveau ce loup-garou damné souffrant de sa fatale condition. Nashy donne beaucoup de lui-même en interprétant cette silhouette (poilue) importante du fantastique espagnol. Les autres monstres sont un peu sacrifiés, ce qui n’enlève pas le plaisir que procure cette rareté plus Z que B.

Derrière la caméra, on retrouve deux réalisateurs. Officiellement, Tulio Demicheli est l’auteur du film. De façon plus officieuse, Hugo Fregonese aurait, selon les dires de certains, réalisé 70 % du film laissant à son compatriote Argentin le soin de le terminer. Retrouver Fregonese derrière un projet aussi aberrant a de quoi laisser perplexe quand on connaît la carrière du cinéaste aux Etats-Unis, auteur de quelques remarquables films noirs (L’impasse maudite, L’étrange Mr Slade) et d’un étonnant western (Le souffle sauvage avec tout de même James Stewart et Barabra Stanwick). Tulio Demicheli est lui aussi un honnête artisan, un stakhanoviste de la pellicule à qui l’on doit une cinquantaine de films. Et l’Allemand Eberhard Meichsner aurait lui aussi tourné quelques plans.

Dracula contre Frankenstein n’est pas marqué par la personnalité des auteurs mais demeure soigné visuellement à défaut de bénéficier d’une mise en scène inspirée. Filmé dans un beau scope valorisant des décors magnifiques, dont le fameux château du docteur Orloff, ce mix de SF et de films d’épouvante classiques souffre d’un rythme languissant, de séquences de comédies pesantes  (l’enquêteur qui séduit la jolie héroïne), de maquillages grotesques  et d’une interprétation inexistante  mais procure un plaisir communicatif pour tout cinéphile nostalgique d’une époque révolue.

Le dernier quart d’heure, qui voit s’affronter les monstres entre eux, est un grand moment d’anthologie, de cinéma bis, plus touchant que déviant. Le titre français est une imposture, une facilité des distributeurs,  Dracula ne combattant  pas Frankenstein.  A ne pas confondre avec les films respectifs d’Al Adamson et de Jess Franco portant les mêmes titres. Coproduction germano-italo-espagnole, Los monstruos del terror  ne peut être considéré comme un bon film, trop languissant et foireux, mais reste un sympathique nanar comme on n’en fait plus aujourd’hui.

(ESP/ALL/ITA-1970) de Tulio Demicheli et Hugo Fregonese avec Michael RennieKarin DorPaul Naschy, Craig Hill

Durée : 83 minutes. Versions : français, espagnol, allemand. Sous titres : français. Format 2.35 original respecté 16/9ème compatible 4/3. Couleur

Interdit aux moins de 12 ans

Bonus : 

Les monstres de la terreur, par Alain Petit

Diaporama d’affiches et photos

Bandes-annonces de la collection Ciné de Terror

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