Feffs 2016 : Midnight Movies

Du bon et du moins bon pour cette session de midnight movies où l’ambiance dans la salle est toujours aussi survoltée.

Le moins bon : Yoga hoosers. Second film de la trilogie True North dont Tusk est le premier opus, l’ensemble déçoit. Le cinéma de Kevin Smith était séduisant durant les années 1990 et au début des années 2000. A tel point qu’il reprend le concept de Clerks pour proposer une aventure à deux ados, fans de yoga, et caissières d’un petit magasin de quartier.

L’ensemble tourne en rond puisque le film consiste à décrire la vie de ces deux ados : séquences drôles au yoga, moins drôles au lycée (pourquoi prendre Vanessa Paradis comme professeur ?) et quelconques au magasin. L’ironie et l’humour acide habituellement présents dans les films de Kevin Smith ne sont pas convoqués ici. Pour faire avancer le propos, une sombre histoire de partisans nazis canadiens est en arrière-plan tout au long du scénario, pour aboutir à la révélation des Bratzis, sorte d’hommes saucisses du IIIème Reich. Mouais.

Deux éléments positifs dans tout ce gloubiboulga : la réalisation plutôt soignée, et la présentation de chaque personnage du film plutôt drôle car émanant du point de vue des deux ados (une sorte de super profil de réseau social pour résumer qui est chacun d’entre eux).

Un travail étonnant parmi ces midnight movies : The greasy strangler de Jim Hosking. Odieux, crasseux, monstrueux, dégueu seraient les premiers mots des spectateurs à la fin de la séance pour décrire ce film.

The Greasy Strangler

Un père et son fils, habillés comme Philippe Katerine dans l’album Robots après tout, organisent des balades touristiques sans grand intérêt à L.A. sur le thème du disco. Deux influences retiennent l’attention pour cet OFNI : les films de mauvais goût des années 1970 (John Waters en tête) et le cinéma de Quentin Dupieux (période précédant Réalité).

Le mauvais goût est un des éléments essentiels du film. Les personnages principaux (le père et son fils) forment un couple malsain qui convoitent la même femme. Ils vivent ensemble dans un petite maison de banlieue américaine, et portent des habits incongrus (magnifique pull rose et  short/caleçon ample). Ils mangent uniquement des aliments qui ont baigné dans la graisse. Ces détails sur leurs habitudes alimentaires écœurantes sont importantes car le père n’est autre que ce fameux greasy strangler, monstre difforme enduit de graisse. Il tue les habitants de L.A. remettant en question ses interventions lors des visites bidon.

Le film s’appuie sur un comique de répétition efficace pour décrire la vie décalée de cette famille (cuisine, vie sexuelle, meurtres du père). Le père arrive à se débarrasser de cette graisse dans une station de lavage de véhicules…gardée par un aveugle. Cet humour décalé et absurde n’est pas sans rappeler le travail de Quentin Dupieux sur Rubber, Wrong ou Wrong cops. Cet aspect est renforcé par la musique électro minimaliste et répétitive.

Cependant le film attendu de ces midnight movies était 31. Le genre a de vrais auteurs, Rob Zombie en est la parfaite démonstration.

31 comme le jour d’Halloween en 1977 où une troupe d’artistes forains se retrouve enfermée et prise au piège dans un complexe industriel, terrain de jeu d’une  chasse à l’homme. Le pitch est simple mais l’œuvre se trouve dans la continuité de ces précédents films. Grotesque est le premier qualificatif qui vient à l’esprit du spectateur. Le réalisateur a un passé de musicien de la scène métal, ses parents et ses grands-parents travaillaient dans le monde des fêtes foraines et du cirque. Cette influence jalonne le travail du réalisateur depuis La maison des 1000 morts. Les personnages principaux ici sont des artistes forains qui sont confrontés à des clowns effrayants engagés par un Malcolm MacDowell bon mais peu visible.

31 de Rob Zombie

Cette vision bigger than life des USA qu’il propose dans sa filmographie depuis cette relecture de Massacre à la tronçonneuse, ne dévoile aucune interprétation politique à la différence du travail d’Eli Roth. Pas de critique du capitalisme ou des inégalités de plus en plus grandes aux USA (encore que ces clowns sont engagés pour une certaine somme d’argent). Zombie se borne à décrire les trois groupes distincts du film (les prisonniers, les tortionnaires et les commanditaires) et leurs relations. La première scène tournée en noir et blanc, pour expliquer l’assassinat de simples citoyens avant la catastrophe qui va désunir cette troupe d’artistes, est dans cette veine : le clown effrayant parle au spectateur et va exécuter son prisonnier de manière brutale et méthodique sans expliquer son acte. Effrayant.

Le ton est donné et restera ainsi pendant 1h30. Influencé par Massacre à la tronçonneuse, Les chasses du comte Zaroff et Running man entre autres, Rob Zombie place ses personnages principaux dans un nouvel enfer (une famille dégénérée du Texas, une famille déclassée à Haddonfield, le quotidien à Salem). Ils évolueront dans un monde grotesque où chaque affrontement avec un clown est l’occasion de montrer un nouvel univers (le cirque où le combat se fait à coups de tronçonneuse). A travers ceci et à sa façon d’utiliser le gore, il parvient à se moquer des films qui ont réutilisé le concept d’enfermement et de persécution des prisonniers de type Saw . Car chez Rob Zombie, les prisonniers souffrent et meurent de manière violente.

La fin du film se termine en un duel entre le premier clown et Sherry Moon Zombie (qui survit souvent dans les films de son mari – point négatif). Cette fin de type  survival plutôt bien faite se termine en quelque sorte de la même manière que The devil’s rejects. Retour sur la vie de cette troupe d’artistes forains, détruite et assassinée, à coups de fausses archives en 16 mm qui évoquent les souvenirs de Sherry Moon. Le bonheur éclate à la face du spectateur et contraste avec l’issue inévitable du duel entre l’héroïne et le clown sociopathe. Le réalisateur reprend ce qu’il avait fait à la toute fin de The devil ‘s rejects où la famille de dégénérés était aussi heureuse alors qu’elle allait se faire massacrer par les forces de police bien remontées par le shérif avide de vengeance. Ancien musicien, la BO (toujours bien choisie) a un rôle essentiel dans tous ses films.  Par l’utilisation de la bande-son, le fin est émouvante. Rob Zombie est un artiste multiforme et un véritable auteur. L’attente de son prochain opus est déjà trop longue.

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