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L'EVENTREUR DE NEW YORK

 

Synopsis :

Une série de crimes particulièrement sauvages s’abbat sur la ville de New York. Ces assassinats visent à chaque fois des jeunes femmes, retrouvées éventrées. L’inspecteur Fred William, assisté d’un spécialiste en psychologie, mêne l’enquête. Un inconnu mystérieux avec une voix de canard contacte l’inspecteur et prétend être l’auteur des meurtres.

Critique du film :

La reconnaissance tardive et partielle de Lucio Fulci aura au moins permis d’exhumer quelqu’une de ses oeuvres essentielles dans de belles éditions DVD. Moins connu que l’au-delà et Frayeurs, L’éventreur de New York ne bénéficie pas d’une très bonne réputation. Et pourtant, il s’agit d’un des films les plus personnel et radical du cinéaste.
Lucio Fulci s’éloigne ostensiblement du giallo, genre qu’il piétine avec un cynisme évident, et inscrit son film dans la mouvance des thriller urbain des années 80. Proche de l’esprit malsain de Maniac de Lustig et L’ange de la vengeance de Ferrara, L‘éventreur de New York, au-delà de son intrigue archi-classique de whodunit pour drive-in, dresse un portrait sombre et décadent de la grosse pomme. C’est frappant à quel point le cinéaste italien a réussi à prendre le pouls de cette ville, à l’époque plongée en pleine paranoïa et délire sécuritaire. La force quasi documentaire du film, renforcée par la photo lugubre de Luigi Kuveiller (Les frissons de l’angoisse) et un montage nerveux, étonne de la part d’un étranger. Les conditions de tournage précaire (séquences filmées sans autorisation, les délais très sérés) ont certainement joué favorablement dans l’impression de vérisme que dégage le film. Mais le mérite en revient certainement à Fulci, qui pousse très loin son légendaire cynisme et sa conception peu reluisante de l’humanité. On le sait, l’homme est un loup pour l’homme. Fulci exprime son dégoût par un portrait peu flatteur de ses personnages. Les victimes de l’éventreur seront violentées, mutilées, triturées sans que cela nous procure la moindre émotion, ni compassion. L’impression gênante de ne rien ressentir a pu être perçu comme un défaut, car le film perd en efficacité. En effet par rapport à certains classiques du giallo, notamment Ténèbres sorti à la même époque, L’éventreur de New York ne joue pas sur un système d’identification avec les victimes. De plus, d’un point de vue graphique, Fulci s’éloigne des carcans esthétiques de la violence établis dans les gialli. Exit les lames de rasoir qui scintillent, le sang rouge peinture qui éclabousse des murs blancs. Les scènes de meurtres sont brutales et sales, filmées dans des lieux glauques (sex shop, rues désertes). On connaissait les goûts de Fulci pour la putréfaction, les corps en décomposition, pourrissant. Sa poésie macabre se mue, ici, en une effrayante descente aux enfers, loin du grand guignol habituel. Dans l’éventreur de New York, la chair est triste, l’homme est un être pulsionnel, agressif, antipathique. Il y a sous l’apparente froideur, un aspect mélancolique dans cette vision du monde désenchantée imposée par Fulci. Si la voix de canard du tueur peut prêter à sourire, elle prend toute son ampleur significative dans la conclusion, résolution simpliste mais émouvante d’un récit qui prend une étonnante tournure mélodramatique.
Derrière la noirceur du film et une misanthropie affichée, Lucio Fulci cache un cœur d’enfant, une générosité qu’on ne lui soupçonnait pas.
Si l’on parvient à oublier une musique disco-rock insupportable et une interprétation médiocre (excepté le british Jack Hedley, convaincant en flic bourru), L’éventreur de New York, tout en remplissant allègrement le cahier des charges niveau violence (un découpage de sein assez craspec) et érotisme, demeure avant tout un authentique film d’auteur. C’est aussi le chant du cygne d’une carrière qui ne cessera de décliner artistiquement (Conquest, Le gladiateur du futur, le miel du diable).

Manu

(ITA-1982) de Lucio Fulci avec Jack Hedley, Almanta Suska, Alexandra Delli Colli, Howard Ross, Andrea Occipinti

Critique DVD
Langues : Anglais, Italien, Français
Sous-titres : Français
Zone : 2
Editeur : NeoPublishing
La copie est correcte sans plus, elle comporte même un certain nombre de rayures.
Je conseille d’éviter la version Italienne, particulièrement catastrophique (décalage permanent), ce qui je le concède est un comble pour un film italien.

Bonus - Premier disque
Filmographies, biographies
Commentaire audio instructif mais un peu dispersé de Paolo Albieri (spécialiste de Fulci) et Federico Caddeo. Sur le mode questions/réponses, ils évoquent la carrière de Fulci et livrent quelques anecdotes passionnantes sur les méthodes de travail du cinéaste. Il est dommage qu’ils ne se concentrent pas assez sur le film en question.

Deuxième disque
Les choses se gâtent un peu. Le menu alléchant, à priori, se révèle décevant une fois visionnés les bonus.
Gros plan sur le cœur de la ville : évocation par différents intervenants de la genèse du film. C’est parfois instructif mais assez lassant. Les propos d’Antonella Fulci sont les plus intéressants et pourtant elle n’a pas participé directement au film.
Antonella et Lucio Fulci : Antonella parle de son père et évoque certains moments intimes ainsi que la personnalité particulière de ce drôle de personnage. Il est présenté comme un homme de gauche, très superstitieux, rebelle à l’autorité et assez colérique. Il s’agit du bonus le plus attachant, le seul, à mon avis qui méritait de figurer dans son intégralité.
Howard Ross : ridicule interview où l’acteur se chauffe allègrement et qualifie tous les metteurs en scène avec lesquels il a tourné comme de « très grands cinéastes ». Mouais !
Francesco De Masi : sur plus de 50 minutes, ce compositeur dont je ne connaissais nullement l’existence, s’auto-célèbre et en profite pour ânonner des âneries (logique) ultra-réacs du genre : « aujourd’hui il n’y a plus de films et les compositeurs sont tous nuls ». Incroyable mais vrai, surtout quand il se remémore Toto contre Maciste, un grand film pour une grande partition, cela va de soi !!!! Marrant au second degré ou insupportable selon l’humeur.
Les effets spéciaux : Rosario Prestopino revient sur sa carrière et rend hommage à son mentor, Gianetto De Rossi. Il est juste regrettable que L’éventreur de New York passe à la trappe, ce qui rend un peu hors sujet ce bonus, (ainsi que tous les autres).

Enfin, il n’est pas négligeable de signaler la qualité esthétique du coffret ainsi que la présence d’un livret informatif sur film très agréable à lire.

 
Note
Emmanuel8/10
Udéka7/10
ikiru a dit le 19/11/2005:
Salut manu !
Je partage ton plaisir pour ce ripper un peu énervé qui rend à la violence ses aspects dégueulasses. D'ailleurs, à bien y réfléchir, c'est surtout ce côté qui donne une force vériste à l'oeuvre. Pour ce qui est du cauchemar urbain, en effet Fulci rejoint Lustig dans une vision fantasmatique de la big apple un peu exagérée quand même ! Le disco (pas toujours pérave, Fulci n'est pas Deodato) acroit le décalage entre modernité creuse des eighties aux relents de yuppisme et une amertume ou le désarroi économique rejoint la gueule de bois qui suit les grandes soirées post clubbing (autrement dit les années sida). Le tout reste quand même très graphique (la séquence du lavage de voiture) et découpé avec attention. Il est sans doute un des seuls réalisateurs italiens qui arrive à avoir un vrai point de vue sur la culture américaine, d'ou l'intérêt quasi-sociologique de cet "éventreur" !Miam, miam...
a dit le 03/02/2009:
Ce film est une veritable tuerie!
Fulci se fou litteralement de la gueule de tout le monde sauf de ses fans (et donc de son vrai public), c'est pour cela qu'il restera a jamais l'un des plus grands...

Frozen (from Maniac)

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