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Depuis Dog Soldiers, on surveillait attentivement le prometteur Neil Marshall. Nous étions bien avisés, puisque son second film est un survival hardcore comme on en voit peu. Le Voyage au Centre de la Terre version sauvagerie. L'expression "descente aux enfers" est pour une fois justifiée.

 

Résumé :

Six jeunes femmes aventureuses férues de spéléologie descendent dans une grotte non répertoriée dans les Appalaches. Bloquées dans les galeries, elles surprennent nombre de détails étranges. La situation va rapidement s'envenimer quand elles découvrent que cet immense souterrain est habité ! Il n'y a pas de cohabitation possible. Entre les autochtones extrêmement agressifs et les "civilisées", la lutte sera sans merci... et très douloureuse.

Now, it's dark

"Tout le monde demande à ma famille et à mes amis qu'est ce qui ne va pas avec moi. D'où viennent ces trucs dans ma tête ?" Neil Marshall

Au début de la décennie, Eli Roth et Neil Marshall, deux réalisateurs débutants nous balançaient au coude à coude des films imparfaits mais somme toute sympathiques : Dog Soldiers et Cabin Fever. Déjà, les différences entre leur façon de servir le genre (et de s'en servir) apparaissaient. Références assimilées et ré-interprétation de schémas connus pour le premier, esprit potache et références visibles voire poseuses pour le second. Ce qui a aidé au soutien du public, voire à surestimer ces deux films, c'était au fond la flagrante conviction personnelle des deux nouveaux venus. On ne peut pas tromper son monde longtemps et un vrai fan du genre se reconnaît. Clairement, ces deux là n'allaient pas faire de si tôt leurs pleureuses en se plaignant dans les interviews d'être enfermés dans un carcan et rêvant d'un beau film tendre avec Meryl Streep jouant du violon (Je vise quelqu’un, vous dîtes ?). Au-delà de toutes les maladresses, beaucoup défendaient les réalisateurs pour deux raisons. Primo pour leur potentiel évident, et secundo c'est qu'on sentait que le bleu-bite derrière la caméra était "comme nous", un gars qui avait grandi en matant des VHS de malades, et pas un "yes-man" parvenu préférant sa Ferrari à son travail. Même si le cas Eli Roth est encore à débattre avec son controversé Hostel, le cas est entendu avec Neil Marshall, quatre ans se sont déroulés entre Dog Soldiers et The Descent, et il a relevé sa maîtrise artistique et technique de nombreux crans !
Tout ça pour vous dire que Dog Soldiers est très inoffensif en comparaison. The Descent est une strangulation lente entrecoupée d'une série de claques dans la figure à la fin. Pour tout dire, peu de survivals ont été aussi hargneux ces dernières années (1). L'esprit du survival 70's avec une structure de production des années 2000. Vivrait-on une époque cinématographiquement formidable ?

Alors que les réalisateurs français se barrent aux states afin de réaliser ou collaborer à des projets à la hauteur de leurs ambitions (Gans, Aja, Kassovitz), l'Angleterre qui a toujours été (même si irrégulièrement) une terre de prédilection du fantastique, a dépassé ce stade et les anglais réalisent désormais des films techniquement aux normes américaines sans courir après la vague référentielle copier-coller ou la vague blockbusterienne faux-cul (le remake de The Fog). En clair, en faisant du vrai film d'horreur pur et dur. Car ce qui allait faire la différence avec n'importe quel slasher préfabriqué à la ramasse c'est l'amour du genre et le savoir-faire du réalisateur qui confirme tout le bien qu'on pensait de lui, et qui risque même de rentrer dans le cercle réduit des grands du fantastique s'il continue sur sa lancée. The Descent n'a pourtant pas recueillit tout les suffrages. Il y a effectivement des points très bancals : une mise en place et un milieu trop longs, la linéarité du scénario, un manque de lisibilité pendant les scènes d'action. Mais pari tenu, il se bonifiera avec le temps. Si cette plongée en apnée était sortie en 1999, à la place du Projet Blair Witch, tout le monde aurait crié au renouveau du film d'horreur. Il faut croire qu'on devient exigeant depuis que le niveau du genre est sacrément remonté depuis trois, quatre ans.

Alors que les débuts sont ouverts sur de vastes paysages "apaisants", le cadre se resserre, par paliers, dans d'étroits passages, et si vous êtes sujet à de nombreuses névroses, dont la claustrophobie en premier lieu, vous allez vraiment suffoquer. En fait, The Descent se ressent plus qu’il ne se raconte et si c'est à vivre de préférence dans une salle obscure, vous pouvez compenser un peu chez vous en éteignant toutes les lumières. Si ce n'est pas le film de trouille fatal tant attendu, c'est le film d'oppression ultime. Du genre à sortir vite prendre un bol d'air après la projection. La bulle oppressive provient bien sûr de l'exiguïté des décors - ce n'est pas super plaisant de se sentir coincé dans un boyau - mais aussi du manque de lumière. Seuls les éclairages disponibles par les filles sont visibles : les lampes de casque, lampes torches, fusées de détresse, zippo. Ainsi on l'en vient à scruter le moindre détail du décor dans la progression tâtonnante, dans l'espace découpé au Cinémascope (Où est-on bon sang ? Quelle est la taille de ce précipice ? ). L'impression désagréable de ne pas pouvoir apprécier les distances, ce qui nous est un réflexe naturel et inconscient, confine au sentiment de mal à l'aise.

The Descent - Angleterre - Celador Films (2005)
Réalisateur : Neil Marshall - Scénario : Neil Marshall - Images : Sam McCurdy - Musique : David Julyan - Effets Spéciaux & Effets Spéciaux de maquillage : Paul Hyett - Production Design : Simon Bowles - Production : Christian Colson

Avec : Shauna MacDonald - Natalie Jackson Mendoza - Alex Reid - Saskia Mulder - Nora-Jane Noone - MyAnna Buring - Molly Kayll - Oliver Milburn

Durée : 109 minutes

 

 

Le retour aux âges barbares

 

"C'est juste un tunnel merdique." Beth

Pour rajouter au malaise : Absolument pas d'humour facile pour souffler entre deux apparitions de monstres. Des personnages principaux faussement aimables, du sang à gros bouillons certes, mais surtout qui fait vraiment mal (on ne meurt pas joliment dans The Descent) et une noirceur impressionnante. Et en plus de ça dans le dernier tiers du film c'est un monument de cinéma barbare, avec étripage à l'ossement et autres joyeusetés.

Doté d'une intrigue de légende urbaine simple mais carrée (2), le film part sur le postulat de Délivrance, des citadins en quête de risque mesuré et avide de retour à la nature. Quoi de plus sain ? Alors que le film de Boorman montrait un portrait de groupe sans Dames, messieurs intoxiqués par la vie trépidante du monde industrialisé laissant bobonne et marmots à la maison, et que Dog Soldiers était un vrai baroud "de mecs" avec grosses pétoires et treillis, Marshall signe des temps oblige dira-t'on, montre un groupe féminin. Des aventurières du week-end qui passent de grimpeuses à femmes des cavernes. "Plus féroces que les mâles" disait le titre !

Qui ne se souvient pas des "héroïnes" des monster movies fifties juste bonnes à crier avant d'être saut... sauvées par le fier et tout-puissant héros. Même un film aussi transgressif que La Nuit des morts-vivants avait pour personnage principal féminin une Barbara en état de catatonie permanente, alors que son remake de 1990 montre une Barbara volontaire et fine gâchette. Evolutions des mœurs, l'image de la femme d'action, voire violente s'est développée (3). En bon équilibriste, Marshall ne joue pas le jeu des canons actuels des femmes d'action. Loin des super héroïnes en vogue, petites filles de Wonder Woman, qui font des salto arrière et mettent la pâtée aux brutes épaisses comme si elles dansaient. C'est très esthétique, cependant cet angle de vue est aussi archétypal, bien que moins insultant et c'est heureux, que celui précédemment cité. L'une d'elle dira même qu'elle n'est pas Lara Croft. Ce sont des femmes "toniques" capables de frapper. Dans une situation de stress extrême les forces se décuplent et n'importe qui est capable de faire mal. Exit les danseuses, leur façon de se battre ressemble plus à du combat de rue, avec pour figure gracieuse l'éclatage de crâne contre la caillasse, souligné par un crachat haineux sur les restes fumants de l'ordure ennemie. Surtout que la crédibilité des personnages repose sur ses excellentes comédiennes (casting d'inconnues qui ne devraient pas le rester) avec en tête Shauna MacDonald et Natalie Mendoza en femmes fortes capables de soutenir un d'affrontement mental et physique d'où toute bonté et magnanimité est exclue (même entre elles) (4).

Face à elles, des bêtes de proies quasi iconiques. Tellement qu'on leur a donné un petit nom affectueux : les Crawlers. Mais tout est une question de point de vue. La motivation des créatures est elle aussi compréhensible : mettez vous à leur place, les filles sont d'affreux envahisseurs pour ces troglodytes. Si des intrus venus d'ailleurs poinçonnaient la tête des gens de votre communauté et débarquaient dans votre salon, seriez-vous communicatif ? Toutes les cordes des peurs primales sont jouées : peur du noir, de la noyade, du vide, de l'étouffement, d'être dévoré vivant, du monstre, de la perte d'un être cher, de la trahison... Mais la grande peur plus diffuse mais qui va en s'agrandissant, c'est la peur du retour à la barbarie primitive.

Ainsi si le film devient barbare plutôt que bourrin, c'est que cette violence n'a rien d'épique, de libératrice ou de "noble". L'affrontement entre deux espèces tourne à la guerre clanique, à la guerre tribale sans prisonniers. Un territoire, deux tribus. L'une doit disparaître. Et même si ce n'est pas un film "à messages" on sent bien l'idée fondatrice : que notre culture, nos bonnes manières, s'effaceront vite le cas échéant. Que le cerveau affiné pendant des siècles pour peupler des universités ne nous servira pas à communiquer avec une race différente, mais bien pour briser notre adversaire plus efficacement dans la prochaine Guerre du Feu. Si au départ les filles sont piégées dans les tunnels, ne voyant pas à un mètre, secouées par la terreur et manquant de tout, la donne change. La rage, l'instinct de survie et de l'appel de la vengeance aidant, elle se servent de leur physique et leur intelligence pour contre-attaquer un ennemi primitivement agressif, à la fois supérieur en effectif, et qui soumis à l'évolution darwinienne, s'est spécialisé à la vie souterraine. Mais qui par cette spécialisation frustre est plus limité que l'être humain dit évolué. L'entraînement sportif et la souplesse de Juno la fait devenir une guerrière affûtée, son piolet au design clinquant et moderne uniquement destiné à la spéléo redevient une arme de Néandertal. On touche là à une grande thématique du survival, celle de La Colline a des yeux ou, plus juste encore, Les Chiens de Paille avec son savant pacifiste acculé à la violence par des êtres violents et qui le sera à son tour, bien plus encore. L'être civilisé est un tueur aussi féroce mais plus perfectionné derrière le vernis du langage, de la compassion et de la sophistication.

Au-delà de l'expérience viscérale du film, surnage l'idée forcément déplaisante que sur l'échelle de l'humanité le temps des âges préhistoriques où l'on fracassait la tête de son voisin à coup de pierre n'est pas si éloigné que ça, et que pour un rien, on y replongerait en vitesse.

Udéka

 

 

 

 

Notes

(1) Surtout que c'est un genre marginal. Il semblerait que l'australien Wolf Creek (2004) rivalise par contre amplement et le remake de La Colline a des yeux par Alexandre Aja commence déjà à faire parler de lui en bien. Le retour du survival ?

(2) Note avec spoilers : En fait, l'inspiration semble provenir du même fait divers qui a interloqué Wes Craven en 1977. Au XVème siècle dans l'ouest de l'Ecosse, un clan dégénéré reclus dans les grottes s'adonnait au cannibalisme sur les gens de passages. Citation extraite de "Les Vampires Humains" (Roger Delorme - 1979) : "Personne n'aurait de toute façon pu supposer que des êtres humains puisse vivre dans un tel lieu de solitude et d'obscurité perpétuelles". Les Crawlers sont en effet nos proches cousins ! En bon britannique, Marshall connaît certainement cette fameuse histoire. Peut être s'est-il souvenu aussi des actes véridiques de pionniers cannibales cités dans le western d'horreur Vorace. A ce jour, je ne sais pas si cette tragédie écossaise a été fidèlement adaptée au cinéma. Ce qui serait une bonne idée...

(3) La "femme barbare" n'est pas une nouveauté cinématographique, se reporter au Day of the Woman (1978) chroniqué récemment ici par l'incontournable Manu.

(4) A cet égard, les détracteurs ont tous les arguments pour ne pas souscrire au film. Je synthétise un exemple : "Woah, comme j'y crois pas, elles sont taillées comme des crevettes et elles défoncent des streums à mains nues". Si vous le dites. Donc, vous avez bien sûr réagi quand un troufion de Dog Soldiers se bat à coup de poings avec un loup-garou sur-puissant ?

 

Note
Jérôme
Damien8/10
Emmanuel7/10
Eric
Udéka8/10
a dit le 14/05/2008:
tres tres tres bon film

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