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Frontière(s) se laisse revoir avec plaisir. Nous en avions déjà parlé lors de sa sortie dans les salles ici ou là. Je compare toujours le réalisateur Xavier Gens à Tarantino, à savoir un fan-boy artisan qui a su digéré ses influences et les ressortir à sa façon. Il faut reconnaître que la mise en scène du film est très dynamique et que la violence est distillée progressivement. Réaliste au début, tendu lors de la rencontre avec la famille bizarre, le film se dirige de plus en plus vers le gore incontrôlé. Le prétexte politique sonne toujours aussi faux mais cela ne dure qu’une dizaine de minutes au début, à oublier avant le spectacle de grand-guignol. Quelques scènes pourtant pas gores sont à mettre au-dessus du panier : la première rencontre avec l’héritier du père nazi joué par Partick Ligardes, lequel nous offre un discours et un regard réellement inquiétants. La scène où Yasmine se fait brutalement couper les cheveux est toujours aussi marquante car mêlant violence, tendresse, dégradation et problèmes mentaux.
Les bonus du dvd :
Le making-of est intéressant car il laisse la parole à tout le monde et chacun donne son propre point de vue, parfois très différent, sur le film. On y voit également un passage obligé par les effets spéciaux horribles, monstrueux et surtout très nombreux. On apprend qu’il a fallu fabriquer entre 300 et 400 litres de sang et on y voit également l’apport d’effets numériques.Il sera aussi amusant de voir le réalisateur subir un bizutage à cause de son gimmick fétiche : “plus de sang” !
Les scènes coupées sont assez nombreuses et commentées par le réalisateur. Certaines sont très drôles, d’autres beaucoup plus anecdotiques.
En outre, on retrouvera sur cette édition : le commentaire audio de Xavier Gens et Karina Testa, , la comparaison film/storyboard, une galerie d’affiches et de polaroïds, des teasers en veux-tu en voilà et dix vidéos étranges provenant de skyblogs dont l’intérêt m’échappe encore…
Disponible en dvd et en blu-ray.


Cloverfield n’est pas un chef d’oeuvre mais il reste une expérience plaisante, à l’image de ces attractions à sensations que l’on retrouve dans les parcs de loisirs. Pour apprécier le film, il sera donc nécessaire de le voir sur un grand écran et avec l’installation audio qui va bien. A cause de son concept (vue subjective d’une caméra d’un new-yorkais lambda), on l’a souvent comparé à Blair Witch. Pourtant, ce dernier usait surtout de cet artifice à cause d’un flagrant manque d’argent. Ici, c’est exactement l’inverse. Le budget permet d’avoir des effets spéciaux totalement réalistes et il offre aussi la possibilité d’inclure des événements catastrophiques dans une vidéo tournée à la main. Le pari du film se tenait sur la crédibilité des images et ce côté-là est indéniablement réussi.
Outre le côté “entertainment”, on peut lire dans Cloverfield une véritable catharsis des attentats terroristes du 11 septembre. On y retrouve parfois au plan près (les gens qui courent devant le nuage de fumée) les images que nous a diffusé la télé à cette époque.
Dommage que les personnages soient si creux et que finalement nous n’éprouvons que peu d’empathie pour le terrible drame qui les accable. Surtout que cette bande de jeunes bobos ont des comportements qui défient parfois la logique et le simple bon sens (si le jeune homme veut retrouver son amoureuse, on ne comprend pas pourquoi ses deux potes tiennent absolument à le suivre dans une ville à l’état de chaos apocalyptique)
Grâce à une habile campagne de marketing viral, le film s’est fait une réputation bien avant sa sortie. C’est d’abord grâce à quelques teasers bien choisis puis par l’intermédiaire de plusieurs sites web fictifs que les cinéphiles sont progressivement entrés dans Cloverfield, qui n’est plus seulement un film, mais aussi un univers virtuel, développant sa propre mythologie de façon autonome grâce aux simples conjectures d’amateurs. Le film est récompensé aujourd’hui par un franc succès et de nombreux fans se triturent encore les méninges pour trouver des explications aux nombreux points d’ombre laissés volontairement par les auteurs.
Le dvd est très intéressant car, pour une fois, le making-of se révèle instructif et montre les nombreux défis techniques propres à ce film. Si du côté du spectateur, tout semble filmé à l’arrache avec un caméscope bon marché, le réalisateur a dû ruser de mille façons pour créer le chaos à l’écran, avec une narration en temps réel ou presque. Les cadreurs par exemple ont été obligés de faire du “mauvais” travail pour éviter que le cadrage soit trop propre. On y voit les grands écrans verts dressés pour être remplacés plus tard par des effets spéciaux numériques. C’est assez impressionnant car en général, on intègre un personnage de synthèse dans un décor réel. Ici on intègre carrément tout le décor autour des acteurs ! Mais pour d’autres scènes, on a construit de gigantesques décors parfois complexes (un appartement de travers, une rue en ruines, etc.)
Un documentaire de 20 minutes se concentre sur les effets spéciaux. On y voit le travail gigantesque des infographistes pour recréer des buildings, une tête de statue de la liberté et un pont entièrement en 3D.Force est de reconnaître que tout ce qui est en synthèse ne se « voit » pas du tout dans le film. Par ailleurs, le travail de compositing, qui consiste à marier image créée par ordinateur et éléments réels, est tout simplement parfait. Une belle démonstration de tracking 3D pour les amateurs avertis.
Un petit film de 5 minutes se penche sur les origines du monstre, notamment inspiré par les Kaiju Eiga du Japon où le film de monstre est une institution.
Pour finir quelques amuse-gueules : Cloverfun, un bêtisier en bonne et due forme, des scènes coupées anecdotiques, et quelques vidéos surprises cachées dans les menus. 2 fins alternatives (commentées) légèrements différentes de la fin originale mais qui ne changent pas tant que ça le propos du film.
Quant à la signification du terme “cloverfield”, les auteurs eux-mêmes sont très flous. En français, cela signifie “champ de trèfle” mais ça n’a que peu de sens… Tout ce que l’on sait, c’est que l’opération militaire pour contrer le monstre a été baptisée comme cela.
Disponible chez Paramount depuis le 08-08-08

Alone est un nouveau film de fantôme mis dans la boîte par les deux réalisateurs thaïlandais de Shutter, Banjong Pisanthanakun et Parkpoom Wongpoom. Difficile de renouveler le genre exploité comme un champ pétrolifère par nos amis japonais. Et pourtant, ça continue de fonctionner. Il faut dire que ce film de trouille est construit autour de solides personnages et un récit, certes simple mais efficace aussi. Phim a été séparée de sa soeur siamoise il y a une quinzaine d’années par une procédure chirurgicale. Cette soeur n’a malheureusement pas survécu à l’opération.
La mère étant victime d’une attaque cérébrale, Phim se rend à son chevet. La demeure lui rappelle de douloureux souvenirs et c’est alors que le fantôme de sa soeur jumelle lui apparaît dans d’horribles cauchemars.
Si la série des Ring avait pour objectif principal de faire flipper le spectateur, Alone inscrit l’épouvante dans la motivation du fantôme. En effet, ce dernier persécute Phim à tout va, les visions allant crescendo dans l’horreur. Ce n’est plus l’attente de la vision qui provoque la montée de l’adrénaline mais ce sont des décharges successives et nombreuses (un coup de flip toutes les deux minutes par moments) qui ne laisse aucun répit et qui finit par stresser jusqu’à donner la chair de poule. De plus, le film nage en eau trouble car l’on ne sait jamais vraiment si c’est Phim qui fait une authentique psychose (elle consulte un psychiatre à plusieurs reprises) ou si la soeur jumelle est vraiment présente.
Le final, bien qu’inattendu, se situe dans un cadre moins surnaturel et tient plus d’un thriller classique avec son grand final spectaculaire. Décevant en un sens mais cette scène, apocalyptique, est visuellement très forte.
Sur le papier, Alone ne doit pas être très séduisant mais grâce à une bande son subtile et détaillée, cette énième histoire de fantômes passe bien et pour peu qu’on se laisse prendre au jeu (regardez-le tard la nuit, seul ou avec quelqu’un avec des ongles longs), le film devrait faire son effet.
Déjà disponible en dvd chez Wild Side

Dans l’industrie cinématographique hollywoodienne, John Stockwell est un cas à part. Sa spécialité : filmer des filles plantureuses et des scènes sous-marines… Un point c’est tout ! Après un nanar exploitant l’engouement des filles pour le surf depuis quelques années (Blue Crush), et un dérivé maritime foireux mais sympa de la série des Fast & Furious (Bleu d’enfer / Into the blue), le voilà qui s’attaque au film d’horreur exotique new school pour teenagers, un genre en pleine explosion depuis le succès d’Hostel, du roublard Eli Roth. Surfant allègrement sur la paranoïa “le tiers-monde nous en veut” en vogue depuis les attentats du 11 septembre, Paradise Lost (Turistas en VO), qui sort chez nous directement en DVD, accompagne un groupe de jeunes touristes en vacances au Brésil, piégés par un chirurgien fou redresseur de torts, bien décidé à prélever leurs organes du fond de son laboratoire perdu dans la jungle. S’il est loin d’être un manche en terme de mise en scène, Stockwell n’a, comme à son habitude, pas grand-chose à foutre du script qui lui est donné. Passé une introduction relativement efficace, le film s’enlise donc lentement entre ballades dans la jungle, et interminables explorations de grottes sous-marines, ponctué de scènes gores sèches, mais sans grand intérêt. Plutôt sympa malgré son flagrant manque de rythme, Paradise Lost se regarde donc sans déplaisir, mais laisse également songeur quand à ce que le film aurait pu donner entre les mains d’un réalisateur un poil plus investi…

Encore un film de croco ! Oui mais attendez ! Celui-ci est particulièrement réussi. Malgré un petit budget, les réalisateurs australiens sont parvenus à leur unique objectif : nous faire flipper. A mi-chemin entre Open Water et Alien (qui a droit à un clin d’œil au début du film), le film joue à fond la carte de la suggestion.
Les raisons de cette réussite sont évidentes : le script est malin, sans temps mort et assez court pour rester efficace. On pense évidemment à la méthode Ridley Scott et son fameux Alien. Il ne montre pas beaucoup la bête mais quand celle-ci surgit, la décharge d’adrénaline est garantie. De plus, les auteurs connaissent bien les codes de l’alligator-movie. Quand on sent que ça va faire peur, il ne se passe rien ! Inversement quand il n’y a aucune tension, c’est généralement là que le monstre agite sa gueule. L’équipe à l’origine du film a aussi bien compris que les bestioles en image de synthèse n’étaient pas crédibles malgré les progrès techniques. Les australiens ont donc trouvé quelques trucs et astuces, simples mais réussis, pour mettre crocodile et acteurs au sein d’un même plan.
Les acteurs pourraient être vos potes ou vous-mêmes. Ce ne sont pas des coquilles vides et même si leur exposition est très limitée (une fille, sa sœur, son mec, prêts s’échapper dans la cambrousse pour le week-end), ils incarnent leurs personnages de façon réaliste.
Pour finir, il y a l’environnement très particulier : une mangrove, c’est-à-dire un marais avec un mètre d’eau et un dédale d’arbres à moitié immergés. Les eaux sont saumâtres et boueuses et la plupart du temps, c’est un miroir qui ne laisse rien entrevoir de ce qui se cache en dessous.
Black Water reste un petit film peu ambitieux, qui parvient à foutre les pétoches avec le concept usé jusqu’à la corde des fameuses dents de la mer. Néanmoins, il ne faut pas s’attendre à un film d’exploitation avec du gore, de l’horreur et du “splatter” à chaque coin de marais. Le film est avant tout une question d’atmosphère pour laquelle il est nécessaire d’avoir un brin de naïveté. Il faut également accepter le concept minimaliste : trois personnes perchées sur un arbre, avec un crocodile vorace un brin intelligent.
Dvd disponible chez Free Dolphin

Trois contes horrifiques faisant la part belle aux effets gores et à l’érotisme.
Mail Order BrideLe plus ringue.
Un jeune cadre obsédé cherche l’âme sœur sur le net, sans succès. Jusqu’à la vision d’une publicité vantant les qualités d’un automate sexy, Personal Concubine 2000, prête à satisfaire tous vos désirs. Réalisant qu’il n’a accumulé que déboires sentimentaux auprès de ses anciennes compagnes, il se décide à construire sa créature sur Internet et à la commander. Il reçoit non sans surprise une bride of Frankenstein dans un cercueil, bardée de coutures. Une fois branchée sur secteur, la créature lui propose de la programmer pour tous ses désirs, mais la mise en route n’est pas simple, soumise à un mode d’emploi laborieux. L’heureux propriétaire initie rapidement son jouet à la luxure en la faisant visionner des vidéos explicites, et ça marche… elle lui fait un strip ! Mais lorsque la créature visionne par accident une émission satanique avec rituels sanglants, les choses se compliquent.
Ce court métrage ne ménage pas les effets d’humour. Miss Frankenstein a des formes très engageantes, mais c’est l’épisode de loin le plus craignos.
Mr ButtonLe mieux réalisé.
Une jeune femme se coupe un doigt dans un rituel satanique, apparemment très en colère. Elle insère le doigt dans une poupée.
La petite Kelly fête ses six ans entourée de ses parents et de son grand frère. Le cadeau de grand-mère, arrivé par colis, est plutôt surprenant : il s’agit d’une poupée grossière, un clown malodorant. La grand-mère ne répond pas lorsque la petite fille tente de l’appeler pour la remercier. Kelly semble progressivement rentrer en contact avec ce clown aux yeux de boutons et au nez qui bouge, dont l’aspect négligé cache un redoutable pouvoir : celui d’exaucer les vœux de sa petite propriétaire. Celle-ci se retrouve en un endroit que je n’oserais appeler hôpital psychiatrique mais prison avec gardien sadique en blouse. La poupée continue de lui obéir et d’y faire des ravages. A sa sortie, elle retourne chez son frère et l’affaire ne s’arrange pas…
Nettement plus intense que le précédent, un bon suspense avec peu de moyens.
SustenanceLe plus trash/expérimental
Une jeune beauté (l’actrice incarnant PC 2000) est obsédée par ses formes et son poids. Elle consulte un chirurgien afin d’optimiser sa silhouette. Après l’opération, elle se retrouve enfermée dans une pièce où non seulement de la nourriture immonde lui ait imposée, mais elle se fait régulièrement anesthésier pour des amputations diverses. Ces tortures semblent particulièrement jouissives pour l’homme qui l’observe.
De loin le plus intéressant, cet épisode va aussi plus loin visuellement, par des scènes particulièrement crues, notamment lors de l’ingestion d’aliments vomitifs, mais aussi d’un plan pornographique.
Au total, un réalisateur à potentiel, malgré un Slaugther Disc (2005) assez décrié, nous servant une trilogie inégale mais absolument pas méprisable. Le physique de l’actrice principale (pro du x parait-il) évoque parfois la grande Dita, avec un peu de gras fessier en sus. Bref, un DVD fort agréable.
En bonus :
Des chutes rigolotes où les acteurs se plantent.
Cooking with molly, une recette où un pauvre poulet se fait farcir.
Une belle publicité sur la créature, en lien avec le premier film.
Les trois courts métrages sont réalisés par David Quitmeyer.
90mn / Zone all / 2006 /Editeur : Steel web studio
A la base, le Pakistan n’a aucune culture de film fantastique ou de film d’horreur. On apprend dans un des bonus, que la plupart des films qui sortent là-bas sont des romances à l’eau de rose. Omar Ali Khan, propriétaire d’une chaîne de magasins de glace (!), décide malgré la censure de faire son film d’horreur à petit budget.
Si la musique est traditionnelle, les jeunes pakistanais (une nana croyante, une bimbo, deux flans) qui nous sont longuement présentés sont résolument modernes : ils fument des joints, s’habillent et se coiffent à la mode, sont scotchés à leur portable et parlent english à l’occasion. Petit détail, l’un des jeunes bobos est fan de films d’horreur. Voilà nos amis partis à l’aventure dans la campagne à bord d’un mini van. En route, ils s’arrêtent à un salon de thé spécialisé en space cakes et en laddoos indigestes. Le vieux moche les prévient : cessez vos comportements ou vous allez mourir en allant à Jannat Pur !
Il faut attendre une demi-heure pour rigoler un coup et voir surgir des villageois zombifiés. Parmis lesquels une femme en sari (un zombie en sari, ça vaut le détour, croyez-moi), un type à longue barbe blanche et un nain. Parce qu’un nain, ça fait toujours bizarre probablement. Les zombies se repaissent de tripes luisantes de sang comme dans n’importe quel zombi-film.
Il faudra encore attendre une demi-heure de longs dialogues dans le van (tourné en studio, ça se voit) avant un nouveau coup de folie : l’attaque d’une burka avec un immense couteau de cuisine. Ce leatherface pakistanais et féminin extrait les yeux, scie les membres et poursuit les filles avec un fléau moyenâgeux.
La mise en scène est étrange. Tout est filmé avec un grand angle ce qui occasionne des déformations parfois importantes. Les transitions sont faites par d’étranges images en style BD. Le film subit fortement les influences des grands classiques comme Evil Dead ou Vendredi 13. Malheureusement, il n’invente pas grand-chose et le seul intérêt provient du caractère exotique de la chose, c’est-à-dire son statut de premier film gore pakistanais. Le gros du film reste somme toute très ennuyeux.
Plus intéressant est le documentaire Ice cream zombieland présent sur le dvd zone 1, qui fait état des problèmes de censure, de culture cinéma au Pakistan.
Edité sous le titre hell’s ground chez TLA Releasing
Alors que sort son dernier film La nuit des horloges, il faut remonter à 2002 pour le précédent opus signé du maître français du fantastique gothique. Le réalisateur fait de la résistance. Il se fout plutôt des modes et n’a pas honte de nous resservir une énième fois un Dracula! Son cinéma est hors de tout et hors du temps plus particulièrement.
C’est aussi un des rares à écrire des dialogues soignés et poétiques qui offrent toujours un décalage que l’on ne trouve nulle part ailleurs. Si l’on parvient à dépasser l’apparente naïveté du dialogue récité, on constatera que le monde de Rollin tient plus de la littérature que du cinéma moderne. On voit en effet, que l’auteur pense tout d’abord à son récit et à la narration avant de s’attaquer à la réalisation proprement dite.
Même si La fiancée de Dracula a eu quelque écho médiatique lors de sa petite sortie en salles, Jean Rollin reste ignoré en France et fait toujours l’objet d’un culte aux USA.
Le film nous est conté sous forme d’enquête. Deux hommes (un professeur extralucide et son assistant) cherchent le mystérieux « maître », chef des parallèles, les habitants d’un univers souterrain. Pour se faire, les deux enquêteurs croisent la route de nombreux personnages loufoques dont seul Rollin à le secret. Ils vont notamment se retrouver dans un couvent, sur la trace d’Isabelle, une femme recueillie par la mère supérieure et qui depuis, contamine les autres nonnes avec sa folie. La séquence du monastère est donc un grand moment d’anthologie où les religieuses ont toutes des comportements complètement fous : il y a une adepte du bilboquet, deux fumeuses (cigare et pipe!), certaines s’adonnent à quelques plaisirs saphiques. Bref, on ne s’y ennuie pas.
Ces scènes humoristiques font ensuite place à une ambiance plus « grand guignol » lors d’une cérémonie aux accents sataniques. Isabelle doit en effet rencontrer le maître pour voir s’il l’accepte ou non. Pour cela, il faut un ou deux sacrifices de nonnes, mais cela requiert aussi la présence d’une maîtresse de cérémonie, jouée par Brigitte Lahaie. Les fans (et je sais qu’ils sont nombreux!) apprécieront cette apparition…
Jean Rollin est aussi un amoureux d’ambiance macabre. Il aime à se promener dans les cimetière comme d’autres feraient du lèche-vitrine. Il plante souvent sa caméra dans des vestiges moyenâgeux, donnant à ses films un cachet désuet très charmant, en totale adéquation avec le sujet (vampirisme et cérémonies sacrificielles d‘un autre temps).
Enfin, il faut bien signaler que l’érotisme est toujours aussi présent dans cette oeuvre. Il s’agit d’un vrai érotisme où l’on montre juste ce qu’il faut, et où le spectateur est obligé de deviner et d’imaginer.
Jean Rollin a donc su rester en dehors de toutes les modes qui régissent le cinéma actuel. Son film reste intemporel et imprime quelques images marquantes dans notre esprit. La femme blafarde attachée à la proue d’un navire, la religieuse qui prend son propre cœur dans la main, la louve, et bien d’autres personnages étranges.
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