Nos derniers articles

5obtructions_affiche72dpi
5 obstructions, de Lars Von Trier

enterthevoid16
Enter the void, de Gaspar Noé

flyer-theroom-small
The Room, jeudi 4 mars, à la Cantada

precutgirl17
Precut girl, d’Eric Dinkian

french_demence_cover
Dvd French Démence vol. 1

baberainbow_shaved_warp
Angoisse forestière

masque2
Le masque de la mort rouge, de Roger Corman

krrish2
Krrish

fastcompany
Fast Company, de David Cronenberg

Nollywood
Nollywood : le monde merveilleux du cinéma d’exploitation nigérian

Love_Exposure_LoveExposuresleeve
Love Exposure (Ai no mukidashi), de Sion Sono

bronson-recto-jaquette
Bronson, de Nicolas Winding Refn

dragon-4fe_1415
Dragon Kickboxers, le 4 février

Pontypool_Pontypool_3jpeg
Pontypool

inside
Inside en dvd

Sans titre
Dans ton sommeil

FMF
Festival des Maudits Films

brunoe1
Brüno

mother
Mother de Bong Joon-Ho

baader2
La bande à Baader

visuel3detrangevice
Du giallo chez Neo

VampireLoversC5
The Vampire Lovers

lenfer
L’enfer d’Henri-Georges Clouzot en dvd

bluline
Warner blu-line

loveexpo
Sion Sono à Saint-Denis

anvil1
L’absurde séance paris, programme 2010

massacre
L’épouvantable vendredi : nuit massacre à la tronçonneuse

arnold-total-recall
Dan O’Bannon

diabolikzine4
Diabolik Zine 4



Deux agents du FBI atterrissent dans le commissariat d’un trou perdu afin d’enquêter sur des crimes perpétrés par un tueur en série. Ils vont interroger trois témoins capitaux : une junkie, une gamine et un flic. Chaque témoin donne une version différente des faits. L’affaire se complique.

surveillance_recto

Critique

Le prologue impressionne. Des images fragmentaires et hypnotiques. Une bande son écrasante. Un massacre filmé de manière elliptique. Une fille, déambulant sur la route, hurle. Saturation du son et de l’image. L’étrange impression de se retrouver à l’époque de Lost Higway, immersion assurée au cœur d’un cinéma de sensation, schizophrénique et entêtant, est palpable.

Jennifer Chambers Lynch semble suivre à la trace le formalisme outré de son papa. Les chiens ne font pas des chattes. D’une part, la présence de Bill Pullman (Lost Highway) et Julia Ormond (Inland Empire) n’est pas le fruit du hasard. Papa Lynch  est aussi aux manettes en tant que producteur exécutif. Surveillance s’inscrit bien dans le sillage esthétique et narratif initié par David depuis au moins Blue Velvet.

La filiation est évidente. Trop peut-être ? D’autant que le jeu des ressemblances se confirme par la suite lorsque le duo d’enquêteur du FBI franchit la sphère du commissariat, étrange lieu faussement serein, perdu au fin fond de l’Amérique profonde. Les flics rednecks, au langage laconique, accueillent bizarrement les deux agents pour le moins troubles eux aussi. Une atmosphère insolite et perverse investit l’écran dès ses premières séquences.

Après 15 ans d’absence derrière la caméra, Jennifer Lynch préfère, du moins en apparence, s’inspirer d’un style qui a déjà fait ses preuves. Le bide foudroyant de Boxing Helena, abusivement taxé de nanar, a dû servir de leçon. Jennifer avance prudemment avec son thriller  absurde et alambiqué, qui a au moins le mérite d’être bien écrit.

Nettement plus maîtrisé et réfléchi que Boxing Helena, mais peut-être moins personnel et risqué, Surveillance commence comme un ersatz soft de Twin peaks. Scénographie curieuse, blanc insistant entre chaque dialogue décalé et ironique, direction d’acteur troublante (extraordinaire Bill Pullman, figé et presque inquiétant, comme s’il était au bord permanent de l’explosion). Le ton est donné. Sous des airs de polar abscons et décomplexé, Surveillance invite le spectateur à s’immerger dans un climat absurde et terrifiant en même temps, à la frontière ténu entre réalité et cauchemar éveillé. Pourtant, en surface, rien d’original ne frappe dans ce thriller  à tiroirs, multipliant les points de vues, peuplé de chausse-trapes, de silhouettes hilarantes que n’auraient pas renié les frères Coen. Jennifer Lynch, roublarde, connaît ses classiques. Les références sont bien intégrées, dans un récit prenant et rythmé, servi par des comédiens épatants. Pourtant,  il manque à Surveillance, une dimension vertigineuse, à peine esquissée par une narration en décalage avec la voix off (belle idée sous exploitée de raconter une chose et d’en montrer une autre). Jennifer Lynch s’interroge sur le statut des images et des mots, aborde la question du point de vue et rend au passage un hommage à Rashomon de Akira Kurosawa. La petite philosophie qui en ressort est que les apparences sont souvent trompeuses, la recherche de la vérité passe forcément par l’innocence. Presque convenu en fin de compte.

surveillance04

La mécanique est voyante, les procédés itératifs finissent par agacer au bout d’un moment. Le script, sophistiqué, se hisse parfois difficilement au-dessus de l’exercice de style brillant mais vain. Vain comme les personnages, pantins sans profondeur manipulés par une cinéaste douée mais ne parvenant pas à déclencher le frisson nécessaire, la folie transgressive qu’imposait  un tel sujet.

Le twist tant attendu paraît même presque évident, tant Jennifer Lynch souligne à gros trait l’aspect bizarre et manipulateur des personnages. Mais peut-être est-ce une volonté de ne pas chercher à surprendre le spectateur lambda quand une petite fille à l’écran résout l’énigme en deux temps trois mouvements. La gamine est la seule à tout voir, à comprendre les agissements des uns et des autres. Elle est assurément la plus intelligente avec … je ne vous dirai rien.

Vu sous cet angle, sûr, Jennifer Lynch s’amuse, brouille les pistes quant au sérieux affiché par le film. Alors réflexion pertinente sur les apparences, la vérité ou gros canular déviant à prendre au premier degré ? Un peu des deux sûrement comme un mélange contre nature entre Usual suspect et La colline a des yeux (celui de Wes Craven bien sur).

Inabouti, parfois superficiel et boursouflé, Surveillance n’en est pas moins un captivant thriller horrifique, sous forme de huis clos anxiogène et ironique, marqué par de brusques ruptures de tons et un humour à froid jouissif.

Le film se clôt par une morale cynique et logique, suggérant fortement que la lucidité et l’observation peuvent parfois sauver une vie. Et que, la bande de crétins congénitaux qui peuplent le film (flics pourris, famille recomposée rejouant faussement la mélodie du bonheur et junkies ayant grillé leur dernier neurone depuis des lustres) méritent tous de crever. Sans exception. Contestable mais gonflé.

(USA-2008) de Jennifer Chambers Lynch Bill Pullman, Julia Ormond, Pell James, Ryan Simpkins, Kent Harper, Michael Ironside

DVD édité par Wilde Side. Langues: Anglais DTS 5.1 ou Dolby Digital Stéréo, Français Dolby Digital 5.1. Sous-titres: Français. Format: 2.35 16/9 compatible 4/3

Bonus

Jennifer Lynch Sous Surveillance, à Propos du Film

Fin Alternative

Scènes Coupées

Bandes-Annonces, Galerie Photo, Liens Internet…

[starrater]

Laisser un commentaire

Laissez un commentaire