José Mojica Marins, légende brésilienne

Ecrit par Damien Le 2 septembre 2009

cartaz1José Mojica Marins fort de son succès devient producteur d’emissions de télévision, et lance son propre comics Zé Do Caixao qui sera tiré a près de 200.000 exemplaires. Le personnage et son créateur ne font plus qu’un aux yeux du public. C’est sur cette ambiguité que joue le troisième volet des aventures de Zé Do Caixao, réalisé en 1969, O Despertar Da Besta / O Ritual Dos Sadicos (L’Eveil De La Bete). Un psychologue décide de mener une expérience à base de LSD sur 4 drogués de Sao Paolo, expérience centrée sur le personnage de Zé Do Caixao. Marins intervient en son nom propre au début, au milieu (lors d’un procès télévisé ou il est jugé et acquitté) et à la fin du film, faisant bien la différence entre lui et son personnage de fiction. Il n’empeche que Marins utilise ce film (plus que les autres) comme tribune d’expression, prenant à partie le pouvoir, les superstitions, les critiques de cinéma…et la réalité sociale du pays. Il dresse le portrait d’une jeunesse brésilienne droguée et désespérée, d’un pays sous le coup de la répression policière, loin, très loin des propos de la propagande officielle. La censure sera impitoyable : le film est interdit au Brésil jusqu’en 1983, et Marins recevra ordre de détruire les négatifs (il dira qu’il les a perdus pour éviter le pire). Le film est divisé en 2 parties : les expériences des drogués qui seront sélectionnés par le docteur (drogues, sexe, mort), et l’expérience sous LSD des 4 protagonistes. La première partie est en noir et blanc, la seconde en couleur avec l’apparition de Zé Do Caixao, guidant chaque personnage dans son trip et tirant pour lui la morale de son expérience. La démesure de Marins atteint ici des sommets : on a l’impression de partager l’expérience psychédélique des personnages. Les visions sont à proprement parler hallucinantes, les couleurs criardes, les fantasmes des personnages ne connaissent pas de limites dans la perversion et la violence gratuite, le montage passe du coq à l’ane mais ne perd jamais de vue le personnage central, nouveau messie prechant des visions dépassant l’homme qui vont jusqu’à l’ésotérisme le plus opaque.

Ce troisième film est considéré comme le sommet des Zé Do Caixao : la forme cinématographique est poussée aux limites du cinéma expérimental, la narration complètement éclatée, le montage des images et du son est poussé plus loin que les autres films (une scène ou des sirènes se juxtaposent aux rythmes d’un groupe de rock)…Le personnage de Zé Do Caixao se révèle etre à la fin de l’expérience le réceptacle des coins les plus obscurs du psychisme de chacun. Comme le résume le psychologue du film : « J’ai utilisé Zé Do Caixao parce qu’il provoque des discussions enflammées, qu’il est polémique et que la manière dont il envisage l’horreur renvoie à la question du subconscient de ses fans tout comme de ses détracteurs ».


delirios

Le personnage de Zé Do Caixao fera encore quelques apparitions, notamment dans Exorcismo Negro (1974), essai personnel sur le récent succès de L’Exorciste (1973), et Delirios De Um Anormal (1978), ou sur fond de cure psychanalytique les visions du patient sont des collages tirés en majeure partie de L’Eveil De La Bete. Marins continue à réaliser des films dans les années 70 (Finis Hominis en 1971 ou un homme nu sort de mer, fait des miracles et la leçon à une humanité malade), à produire des émissions télé, joue dans les films réalisés par d’autres (environ 130 apparitions), sort un disque de Samba… En 1987 sort Démons et Merveilles, sorte de testament-documentaire sur Zé Do Caixao et José Mojica Marins, ou il parle de son autodidactisme, de ses problèmes d’alcool. Les années 80 sont les années de difficultés pour Marins. Il tourne alors des films érotiques sous le nom de J. Avelar et se vante d’etre le réalisateur du premier film zoophile brésilien : 24 Horas De Sexo Ardente (1985) ou une femme, humiliée que son mari la trompe avec un chien sort avec une mule (!!!), suivi de 48 Horas De Sexo Alucinante

Les années 80 sont aussi d’un début de reconnaissance internationale : Glauber Rocha, Frank Henenlotter attirent l’attention sur ce brésilien qui dès 1963 a su créer un cinéma original, violent et personnel, inimitable. Les clichés comme les cranes, les pierres tombales, les serpents sont combinés avec des éléments de sadisme gore, de violence aveugle, un montage d’images et de sons qui font paraître les productions de la Hammer ou de Roger Corman dans les années 1960 comme déjà surannées. Pour ne rien dire du propos des films qui sont beaucoup plus substantiels que des films d’exploitation promis à la consommation de masse des drive-in. Invité au Festival Du Film De Science Fiction à Paris en 1974, et à l’Etrange Festival en 1993, les rétrospectives se multiplient aux USA (New York, Chicago), en Italie… La réédition en DVD de 6 de ses films (Les 3 Ze Do Caixao, O Estranho Mundo De Ze Do Caixao, Finis Homonis, Démons Et Merveilles, Delirios De Um Anormal) finit de le faire connaître à un plus large public et apprécier jusqu’à la dévotion par les personnes de bon goût.

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1 commentaire
  1. Camif a dit :

    Merci !! >J’adore ce type, et son dernier film démontre à tous ces petits cons de réalisateurs ce que faire un film bis et d’horreur veut dire !
    Let’s go Zé !!

    Posté le 2 septembre 2009 à 18:38

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