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JOUR 2

Sur la route du Café Flesh ou Quelques vieilles horreurs

Le clou de cette deuxième journée était à la clôture, avec un incroyable porno eighties à scénario. Mais avant ça…

Elmer le remue-méninges de Frank Henenlotter. Ou les tribulations d’un monstre bouffe-cerveau dans le New York branché de la fin des années 80.
Brian pogotte dans des caveaux, biberonne dans des contre-allées, tripe dans des casses de bagnoles. Il faut dire que sa vie est devenue vachement plus excitante depuis qu’il a rencontré Elmer, l’alien de ses voisins de palier. Comment vous dire… Elmer ressemble à un caca hydrocéphale métallisé doté de beaux yeux bleus. Il se nourrit de cervelles et distille pour son porteur une drogue électrique à mi-chemin entre héroïne et LSD. Brian trouve ça plutôt cool, on le comprend, jusqu’au jour où il soupçonne la merde de l’espace de vouloir trépaner sa copine. Mais est-il encore possible pour lui de tirer la chasse ?
Pas grand-chose à ajouter à ce bref résumé. Le monstre, Elmer, avec sa voix chaude et sa grande répartie, aime à imiter Luis Mariano dans des chambres de motel pourries du Bronx… Métaphore grossière de la drogue, du sexe et du rock’n'roll, il n’en reste pas moins un bestiau carrément sympa. Le moins qu’on puisse dire est que le script fait preuve d’inventivité. Et pour ceux qui seraient gavés au bout d’une heure, tenez jusqu’à la chute, elle vaut son pesant de cacahuètes.

turkish starwarsCa enchaînait sur Turkish Star Wars, qui est un très très très mauvais film.
Sans doute inratable pour les nanardophiles, il a tous les attraits de la daube pathétique classique, avec quelques caractéristiques propres à l’exploitation levantine. D’abord le mépris le plus complet des copyrights, qui permet une repompe texto de rushs des films à Lucas, remontés avec les pieds comme il faut. Du score d’Indiana Jones, aussi, histoire d’accompagner les cascades d’un héros à peu près aussi souple que Roger Moore vieux. Les décors anatoliens sont prétextes à une visite de mosquée et à un insert religieux prônant la réconciliation christiano-islamo-végétalienne (dans une galaxie très lointaine, of course). Enfin, quelques larmes issues du soap oriental sont versées autour des amitiés viriles qui, seules, valent la peine d’être vécues (sic). Je me serais volontiers contenté d’extraits : sur deux heures la farce se tire.
En avant-programme et en exclu, un épisode d’une courte émission sur le ciné bis fomentée par Canal (Ici l’ombre, bientôt chez vous) nous proposait un survol de ce ciné d’exploitation turc sans foi ni loi. Les quelques morceaux étaient au moins aussi savoureux que le long métrage : un E.T. moustachu avec une scène de landau volant au-dessus de la Grande Mosquée et, surtout, un inénarrable Santo et Capitain America contre le Méchant Spiderman. La plupart de ces chef d’oeuvres ont disparu dans des poubelles stambouliotes, alas !

Café Flesh, donc, était la caution cochonne du jour.
Dans le futur des années 80, 99% de la population ne peut plus baiser, tout contact provoquant chez eux d’atroces douleurs là et là (figure 1). Le pourcent restant est forcé de se donner en spectacle sur scène (figure 2), engendrant dans les audience un mélange détonnant de fascination et de frustration. L’action se déroule presque intégralement aux soirées du Café Flesh, à mi-chemin entre une after hour blade-runnerienne et un peep-show de luxe…
Au début on doute un peu. La photo est magnifique, les décors et costumes très bien calés, il y a des personnages, il y a une histoire. Mais, non, ne fuyez pas, c’est bel bien un porno, un vrai, un avec plein de poils, comme à l’époque. Pour ne rien gâcher, c’est un porno très réglé dans sa dramaturgie – on est explicitement dans le spectaculaire. Le récit travaille, lui, sur la métalepse : filmer le cul, filmer le public matant la scène de cul, et commenter le plaisir du voyeur. Plus que de jouissance, c’est de désir qu’il est ici question, c’est l’envie qui devient excitante, jusqu’à ce que, finalement, une petite partie du public – la belle Lana, en l’occurrence – puisse passer du public à la scène, du fantasme à l’action, du rêve à la… (ta gueule)
Les tableaux sont beaux, organisés comme des oeuvres à part entière, avec thème, figurants, objets, musique, et chorégraphies presque dansées. L’ambiance générale taquine l’onirique, un peu de Cocteau, un peu d’Orange Mécanique, des oiseaux empaillés, du strass, d’étranges clients masqués de blanc…
Ca vous emballe plaisamment tout ce sexe et, malgré l’arrière-fond thématique, marqué par l’avénement des années sida, ça rend une impression globale très agréable. Du bon spectacle pour adulte.

Et puis les courts du jour : Absence de Kevin Lecomte, film propre, fantastique diffus, sur le mode ‘une idée traitée en trois minutes’. A la fois malin et bien foutu, pile comme il faut, un peu trop carte de visite peut-être, mais qui vaut le coup d’oeil.

Il y avait aussi Operation de Jacob Pander, une séquence de baise filmée à la caméra thermique, visuellement assez scotchante : plus c’est chaud, plus c’est clair – on a donc des nez et des oreilles presque noires pour des sexes façon lampes halogènes.

Enfin, Filthy food de je sais pas qui, bien sous la ceinture – une série d’aliments y sert de prétexte à explorer un petit catalogue perversions – spéciale ded’ à la pâte à cookie pour la coprophagie. Ca doit se trouver en ligne pour les plus curieux d’entre vous.

Léo

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