Cortex, de Nicolas Boukhrief 1


Ancien rédacteur chez feu Starfix, Nicolas Boukhrief n’a pas réalisé beaucoup de films. Peu prolifique, il réalise un film environ tous les trois ans. Néanmoins, il reste actif comme scénariste et comme producteur via la société Eskwad (Irréversible, Dante 01, Martyrs,…). Je l’avais découvert à l’époque de « Mon ciné-club » sur Canal Plus où il présentait très rapidement et avec passion des films plus ou moins bizarres.

A l’entendre dans les suppléments du dvd, chacun de ses projets semble mûrement réfléchi, et tous les détails sont fixés. On retrouve chez lui un esprit d’analyse acéré qui rend ses films carrés. Mais s’il sait parfaitement où il va et où il veut mener le spectateur, cela ne l’empêche pas de mettre en scène des personnages torturés, qui eux, essaient vainement de maîtriser leur destinée. C’était le cas des garçons de Va mourir ou du personnage de Dupontel dans Le Convoyeur. Ses films ne sont pas d’énormes succès, sans doute à cause de ses idées un peu trop audacieuses pour être grand public. Cependant, Le Convoyeur a mis tout le monde d’accord car Boukhrief a livré un film à plusieurs niveaux de lecture : film d’action, portrait social, questionnement intérieur. Tout fonctionne.

Avec Cortex, il réalise un polar aux allures classiques mais qui se démarque grâce à son contexte. André Dussolier, tête d’affiche et moteur du film, est parfait comme à son habitude et interprète un malade d’Alzheimer. A l’instar de Bubba Ho-Tep, le film s’intéresse à nos parents, voire à nos grands-parents (ça dépend de votre âge!) et de leur maux souvent mal connus ou incompris. Boukhrief traite les symptômes avec sérieux, sans pathos excessif.

A priori rien d’excitant dans un tel cadre mais tout le suspense vient du fait que l’on ne sait pas si le personnage principal, Monsieur Boyer, est fou ou non. La tension n’en est que plus grande puisqu’il est très difficile de mener une enquête quand on oublie certains événements et que l’on ne reconnaît même plus ses proches. Ajoutons à cela que Boyer est un ancien flic et qu’il a gardé son pistolet de service avec une seule balle ! Avec toutes les contraintes médicales de la clinique (somnifères, heures de sommeil, veilleuses, etc.), il livre un véritable combat pour se souvenir et avancer dans son enquête. Bien entendu, personne ne le croit. Ni le personnel, ni même son propre fils…

Le dvd est disponible depuis quelques mois chez France Télévision Distribution. Il contient un petit making-of plutôt intéressant. Boukhrief nage à contresens de la mode, par exemple en privilégiant des plans assez longs.

Un entretien intéressant avec Nicolas Boukhrief chez Objectif Cinéma

Le site officiel du film


A propos de Jérôme

toute-puissance mégalomaniaque, oeil de Sauron, assoiffé de pouvoir et d’argent, Jérôme est le father de big brother, unique et multiple à la fois, indivisible et multitude, doué d’ubiquité. Il contrôle Cinétrange, en manipulant l’âme des rédacteurs comme des marionnettes de chiffons. Passionné de guerre, il collectionne les fusils mitrailleurs. Le famas français occupe une place d’exception dans son coeur. C’est aussi un père aimant et un scientifique spécialisé dans les nouvelles technologies de l’information. Pour faire tout cela, il a huit doppel gangers, dont deux maléfiques. Il habite au centre du monde, c’est-à-dire près de Colmar.


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Commentaire sur “Cortex, de Nicolas Boukhrief

  • manu

    Excellent thriller du troisième âge. Belle photographie bleuté. Et puis ça fait plaisir de retrouver Marthe Keller