Kick-Ass, de Matthew Vaughn

Actuellement dans les salles, Kick-Ass est LE film de 2010, même si l’année n’est pas tout à fait terminée. En plus d’être un film d’action extrêmement divertissant, Kick-Ass est aussi une réflexion sur les super-héros, à l’instar du mesestimé Last Action Hero, qui évoquait quant à lui la condition du Badass (Schwarzy, Stallone, Willis). Et pour se faire, le réalisateur pose une question pertinente : pourquoi n’y a-t-il jamais personne qui ait osé s’avancer en justicier masqué dans la réalité ? Dave, jeune étudiant lambda, va tenter l’aventure et devenir le superhéros Kick-Ass, avec un costume moulant vert. Problème : il n’a aucun pouvoir et va donc se casser les dents (ce n’est pas une image) sur la réalité. L’histoire aurait pu se concentrer sur ses problème d’acné et ses aventures amoureuses mais Dave croise un jour un couple de « vrais » superhéros. Ils n’ont pas plus de pouvoirs que lui mais ils se donnent des moyens : entraînement militaire, achat d’armes à feu en tous genres. Passant d’une comédie légère, le film s’oriente alors vers une violence dérangeante.

Clairement, le film de Matthew Vaughn vise les adultes, même si les personnages colorés des photos promotionnelles laissent penser le contraire. Il y a dans le film une réelle volonté de secouer la morale. Voir une fille de treize ans, grimmée en super-héroïne mauve et cuir, manipuler les flingues comme les héros de John Woo, avant de massacrer une armada de bad guys, en leur tranchant la gorge ou leur logeant une balle dans le crâne qui fait gicler la cervelle, il y a de quoi s’interroger.

Le film joue à merveille sur trois niveaux de réalité. Nous, spectateurs regardons une fiction, qui montre des personnages jouant des superhéros qui n’existent pas dans la réalité de la fiction que nous regardons ! Dès lors se questionne la morale de la violence qui nous est présentée. Peut-on y prendre plaisir (après tout ce n’est qu’un film) ou doit-on éprouver une culpabilité (les morts sont « réelles » dans le film lui-même). Ce concept, très bien exploité, donne aussi lieu à quelques scènes surréalistes quand sont présents dans la même pièce, faux super-héros mais vrai traitre, vrai méchant et vrai super héros. Bref, il y a de quoi devenir schizo et une relecture du film au calme semble indispensable.

Ajoutez à cela un Nicolas Cage qui accepte enfin un rôle moins important et du coup totalement jubilatoire. Mais par dessus tout, c’est la jeune Chloe Moretz, 13 ans, effrayante de cruauté et de spontanéité dans le maniement d’armes à feu!

Visiblement, le film n’est même pas interdit aux moins de 12 ans, ce qui prouve qu’il n’a pas été compris et qu’il a certainement été vu comme un vulgaire Spiderman ! Pourtant on y voit assez bien un corps broyé dans une presse à automobile et un autre qui explose en gerbes sanglantes dans un four micro-ondes géant !