Predators, de Nimrod Antal 4


Tout d’abord, sachez que cette critique est rédigée par un gugusse qui n’a jamais vu Alien vs Predator. Certains prendront cela comme une lacune, mais d’après les nombreux échos, je suis en droit de m’estimer chanceux et de me complaire dans cette ignorance.

Projet tombé dans les bras de Robert Rodriguez en 1994, alors qu’il était en train de travailler sur son Desperado, Predators fût tenu en suspens par la 20th Century Fox parce que le budget estimé était trop important pour l’époque. Près de quinze ans plus tard, le célèbre studio décide de concrétiser le projet et Robert Rodriguez était supposé de le réaliser jusqu’à ce qu’il choisisse d’en être que producteur et scénariste. Plusieurs noms de réalisateurs de la nouvelle génération du cinéma de genre ont été abordés comme les intéressants Peter Berg et Neil Marshall, et les beaucoup moins intéressants comme Marcus Nispel, Michael J. Bassett et le superbement nommé Darren Lynn Bousman. Même Bill Duke, l’acteur ayant joué Mac dans le Predator de John McTiernan, fût évoqué pour la réalisation. Rodriguez se tourna finalement vers Nimrod Antal, réalisateur d’origine hongroise dont il avait beaucoup apprécié l’intriguant Kontroll.

Choix qui s’est avéré très intéressant au vu des films de Nimrod Antal : Kontroll étant un bon thriller montrant une bande de contrôleurs de tickets de métro complètement à la masse, mais qui malheureusement se perd dans une histoire d’amour sans intérêt dans sa dernière demi-heure ; Motel étant un autre thriller, cette fois-ci sans aucune surprise, mais restant néanmoins sympathique ; et Blindés, sorti en début d’année, qui demeure son film le plus efficace, malgré une fin prodigieusement bâclée. Trois films ayant un point commun plutôt attrayant : l’obsession des lieux confinés. Predators se déroulant en pleine nature et étant un film de science-fiction, il était donc curieux de voir Nimrod Antal, qui jusqu’ici se spécialisait dans le thriller, affronter un genre et un espace qu’il n’avait jamais abordé.

Pour faire un résumé très bête, Predators se situe sur une planète étrangère et mystérieuse dans laquelle débarquent un mercenaire (joué par Adrien Brody) et un groupe de combattants d’élite. Ils n’ont aucun souvenir de leur voyage jusque cette planète et ignorent la raison pour laquelle ils s’y trouvent. Tous sont des tueurs : mercenaires, des membres d’escadrons de la mort, des prisonniers et un yakuza. Seul un membre du groupe sort du lot : un jeune médecin. Tous vont devoir faire face à des Predators constamment en quête de nouveaux trophées…

Quelle idée bandante de revoir ces vicieux dreadés sur grand écran après le moyen Predator 2 de Stephen Hopkins, surtout en sachant que Predators n’est pas vraiment un remake, mais une suite, et retourne dans un milieu naturel qui donnait l’une des qualités principales du premier opus réalisé par le génialissime John McTiernan. Seulement, malgré ses qualités sur ses précédents films, Nimrod Antal n’a pas grand-chose à voir avec le père McT. Faisant preuve d’une fainéantise à en donner des fourmis aux guibolles, la réalisation de Predators traine des pieds et ne propose absolument rien. En effet, Antal sait comment filmer les tunnels de métro, mais ne semble pas être à l’aise en pleine forêt et ne sait pas comment retranscrire l’angoisse du milieu préféré des chasseurs. On pourrait alors compter sur les scènes d’action pour avoir l’espoir de ne pas regretter ses neuf euros, mais le réalisateur de Kontroll préfère nous faire acheter une dose d’ennui puisque l’action, dans Predators, n’arrive pas. La réalisation faiblarde y est pour beaucoup, mais un véritable creux scénaristique et un manque d’initiative en terme de scènes d’action rend le film d’autant plus lent. Ça shoot aux guns quelques fois, ça tire dans le vide, des clébards mutants et pixelisés tentent de rendre le film un peu plus vivant, mais en vain, après en avoir défoncés quelques uns et mystérieusement décapité l’un d’entre eux au canif, le maitre de la chasse rappelle les clebs pour arrêter de faire joujou. Trop retenue, l’action de Predators laisse une envie non négligeable : revoir le film de McTiernan qui, avec un talent hybride, livrait des moments hardcore et une atmosphère angoissante qui résiste au temps.

Malheureusement, la déception ne s’arrête pas là : des personnages stéréotypés rendent le film monstrueusement lourdingue, et même pas drôle. Vous aurez raison de dire que les personnages du premier Predator étaient aussi des stéréotypes, mais ils avaient la chance d’avoir des répliques délirantes et surtout des acteurs qui semblaient croire un minimum au projet dans lequel ils se trouvaient. Entre un Laurence Fishburne constipé depuis « dix saisons » interprétant un personnage dont l’utilité reste l’un des plus grands mystères du film, un Adrien Brody respectant le minimum syndical, un Topher Grace légèrement tête à claques et – la plus belle gueule du film – un Danny Trejo crevant injustement après trois pauvres répliques, il devient très dur d’avoir foi envers cette œuvre déjà vieille.

Pour jouer un peu moins à la vilaine langue, il faut laisser à Predators ses créatures très efficaces, qui n’ont toujours pas « une gueule de porte bonheur », dirigées par le talentueux maquilleur Gregory Nicotero, la reprise de la musique d’Alan Silvestri et la superbe chanson Long Tall Sally de Little Richards pour le générique de fin qui semble vouloir nous faire passer un message final dans le genre « tout ceci n’était qu’une blague ». Une blague assommante.

Il parait que de regarder Alien vs Predator permet de relativiser un film comme Predators. Merde…


A propos de Rock

même si son nom évoque la boxe ou le catch, il y a une grande sensibilité chez Rock. Enfant spirituel d’Harmony Korine, il se plait à explorer les mêmes errances que le réalisateur américain. Même si ses goûts sont larges, il s’intéresse au cinéma mal branlé, et éprouve une compassion pour les réalisateurs fauchés. Ceux qui n’ont pas le budget mais qui font leur métier en y mettant tout leur coeur. Grand mélomane (Ernest Ping, Nipple boy), il s’essaie à la réalisation de clips et de courts-métrages. Domicilé à Strasbourg


Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

4 commentaires sur “Predators, de Nimrod Antal

  • Rico

    Salut et bienvenue à « Rock ». Oué ça a l’air bien nul. A vrai dire, j’avais trouvé le premier AlienvsPredator pas si mauvais. Une franchise en dessous des deux autres, c’est sur (quoique Prédator 2, hum…), mais pas la daube infâme souvent décrite.

  • Jerome

    Non, AvP, non. Le predator qui fait ami-ami avec la fille et qui, en cadeau, lui offre des morceaux d’alien pour se battre. Non, non, non.

  • Rico

    Oui, je comprend… Quelques scènes ridicules,peut-être… Mais t’es resté trop « bloody roots », Jérome. Je suis sur que les prédators font des cacas verdatres dans leur pyramides et ont un coeur gros comme ça. Il faut l’accepter, même si c’est dur 🙂

  • rock

    S’ils font caca dans AvP, je vais finir par être tenter de le regarder.
    (Merci pour le « bienvenue »)