Le secret du Pr. Hitchcock, de Ricardo Freda


Le professeur Hichcock, passionné de science occultes vit dans une grande demeure isolée auprès de sa jeune femme et de sa gouvernante. Très malade et en partie paralysé, il est soigné par le docteur Charles Livingstone qui n’est autre que l’amant de son épouse. Un plan machiavélique se met en place pour supprimer le professeur.

Fausse suite du magnifique Horrible spectre du Dr Hichcock , sorte de poème mortifère sur la nécrophilie, Le secret du professeur Hichcock (simplement Lo spectro en italien) n’entretient que peu de rapport avec son illustre modèle si ce n’est le décor identique, les conditions de tournage et l’équipe technique. Effectivement, Barbara Steele reprend du service dans un rôle différent. Autant dans le film précédent, elle incarnait un personnage pur et bon, autant dans ce dernier, elle apparaît comme une figure veule  et hypocrite derrière sa beauté resplendissante.

Ricardo Freda occupe une place assez ambiguë au sein du fantastique et du cinéma de genre en général. A l’instar d’un Vittorio Cottafavi, il est très rapidement porté aux nus, admirés par des personnalités comme Yves Boisset  ou Bertrand Tavernier. Par rapport à Mario Bava ou Antonio Margheriti, Ricardo Freda n’a jamais été considéré comme un cinéaste bis ce qui parait quand même étrange. L’étiquette d’artisan doué lui a  immédiatement été attribuée, recevant alors les louanges de la critique française.

On doit toutefois à Freda, le premier film fantastique italien, Les vampires superbe récit inspiré de la vie de la comtesse Bathory tourné en 1956, soit pratiquement la même année où la Hammer début son cycle fantastique avec Curse of Frankensein (1957) de Terence Fisher.

Pourtant cet auteur raffiné et cultivé, ne portait pas vraiment le genre dans son cœur, lui préférant les fresques historiques, les films de cape et d’épées et les mélodrames en costumes. D’ailleurs, il déserta les tournages des Vampires et de Caltiki laissant à Bava le soin de terminer ces films aujourd’hui considérés comme des classiques instantanées. Pourtant, Ricardo Freda renie en bloc Caltiki.

En réalisant Le secret du professeur Hichcock, Freda s’éloigne par ailleurs du cinéma d’horreur traditionnel pour réaliser une sorte de film noir gothique dont le script évoque irrésistiblement les Diaboliques de Clouzot, inspiration avouée de tout un pan du cinéma de genre des années 50 et 60.

Tout comme dans le chef d’œuvre de Clouzot, Freda joue d’emblée sur une ambiguïté, une équivocité inscrivant le film dans la catégorie fantastique. Derrière cette façade, se cache une œuvre solidement charpentée, un récit machiavélique reprenant les grandes figures du thriller classique : le mari, la femme, l’amant. Trio infernal auquel on rajoute ici une gouvernante froide comme une armoire à glace. Filmé en grande partie dans des décors hyper chargés, dans le plus pur style gothique, Le secret du professeur Hichcock doit sa force à la mise en scène stylisée de Freda mélange adroit de rigueur et de folie.

Méchant et vicieux, Le secret (titre original plus approprié) est une œuvre d’un incroyable cynisme peuplée de personnages tous plus vénaux les uns que les autres, à commencer par la sublime Barbara Steele, toujours aussi splendide en veuve éplorée essayant de manipuler son petit monde.

Ricardo Freda va jusqu’au bout de sa logique et termine  le film dans un bain de sang. Il s’interdit toute forme de censure, filmant même un meurtre à l’arme blanche d’une incroyable violence graphique. Le sang va carrément gicler sur la caméra, effet usuel aujourd’hui mais plutôt rare dans les années 60.

Si la copie proposée est plutôt moyenne, ne passez pas à côté de cette rareté absolue.

(ITA-1963) de Ricardo Freda (Robert Hampton) avec Barbara Steele, Peter Baldwin, Elio Jota

Langue : Français. Sous-titres : Français. Audio : Dolby. Format : 1.66 16/9. Durée : 91 mn.Couleur. Editeur : Artus Films.

Suppléments : Bande annonce, galerie de photo, Ricardo Freda et le fantastique par Alain Petit


A propos de Manu

Docteur ès cinéma bis, Manu est un cinévore. Il a tout vu. Sorte d'Alain Petit mais en plus jeune, son savoir encyclopédique parle aux connaisseurs de films méconnus. Il habite près de Montpellier où il peut observer la faune locale : le collectif School’s out, l’éditeur le chat qui fume et l’éditeur Artus Films. Avec son air d’Udo Kier, il n’est pas exclu qu’on le retrouve dans une production de genre.

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